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Résumé

Il y a des airs de ressemblance avec la situation de Jacques Chirac en 2002. Voici un président réélu face à l’extrême-droite. Un chef de l'Etat, aussi, qui ne se représentera pas au terme de son mandat. Quels enseignements tirer de cette similarité ?

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A quoi va ressembler le mandat d’Emmanuel Macron ? Il n’y a guère de modèle historique ; puisque cette configuration - un président réélu hors cohabitation - ne s’est jamais vue sous la Vème république : comment gouverner dans ces cas-là ?

Il y a en revanche un anti-modèle. Le deuxième mandat de Jacques Chirac (2002-2007). 

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Avec quelques similarités qu’il faut noter - et beaucoup d’erreurs à ne pas reproduire. 

D'abord, une similitude dans les conditions de la victoire. Face à l’extrême-droite. A l’époque Jean-Marie Le Pen, aujourd’hui sa fille. 

Victoire chiraquienne à l’issue d’un front républicain plus solide, plus unanime qu’aujourd’hui. Et un soulagement partagé au moment du verdict des urnes.

Or, cette victoire du camp républicain, Jacques Chirac l’a dilapidée en quelques mois. 

En seul signe d’ouverture, il nomme un Premier ministre de centre-droit, peu connu, Jean-Pierre Raffarin. Pour le reste, le gouvernement rassemble les barons de la droite, les proches de la chiraquie et quelques personnalités de la société civile : Luc Ferry à l’éducation, Francis Mer à l’Economie. 

Cet exécutif est celui d’une famille politique, plus que celui d’une famille républicaine. 

Il n’envoie aucun signal, aucune reconnaissance, aux millions d’électeurs de gauche, qui ont fait barrage, qui ont, parfois avec difficulté, choisi le bulletin Chirac plutôt que l’abstention. 

Rassembler au-delà de son camp : voilà donc l’un des défis d’Emmanuel Macron…

Oui, d’autant que son camp a gouverné ces 5 dernières années, ce qui n’était pas le cas pour Jacques Chirac, lui sortait d’une cohabitation avec Lionel Jospin. 

Emmanuel Macron subit donc une plus grande usure du pouvoir. C’est pour cela qu’il ne bénéficiera pas - ou si peu - d’un état de grâce, l’état de grâce qui suit traditionnellement l’élection. 

Il doit donc parvenir à intégrer des sensibilités différentes, des compétences non-partisanes, des expertises extérieures, sans pour autant diluer son projet. 

La grande réflexion sur les institutions, annoncée par le candidat Macron, peut en être une occasion. 

Là encore, Jacques Chirac l’avait fait, en nommant la “Commission avril” (une commission de juristes et d'experts). Mais celle-ci avait manqué d’ambition. Sa lettre de mission se bornait à la réflexion sur le statut pénal des chefs de l’Etat. Loin du big bang démocratique espéré dans le pays.

Il y a une autre similitude avec le deuxième mandat de Jacques Chirac…

Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter. Interdit par la constitution : impossible d'accomplir plus de deux mandats consécutif. Et cela change beaucoup de choses pour la conduite des affaires.

En théorie, Jacques Chirac lui pouvait se représenter une nouvelle fois, mais dès 2002, chacun avait compris dans son camp, que le président vieillissant et un peu las, ne serait pas en situation de concourir en 2007. 

Qu’est-ce que cela change ?

Eh bien, au premier jour de ce dernier mandat, tous les ambitieux ne pensent qu’à une chose : vous succéder.

C’est ainsi que Nicolas Sarkozy est parti bille en tête, hyperactif ministre de l’intérieur en 2002, tacticien et polémique, il veut prendre de vitesse ses concurrents à droite. Il éliminera Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et quelques autres.

Mais surtout il s’émancipera du président. Lequel sera peu à peu marginalisé.

Là est l’un des enjeux pour le mandat d’Emmanuel Macron. Conserver son autorité, et refroidir les ambitions de son camp.

Aux Etats-Unis, un président qui ne peut pas se représenter, on l’appelle un lame duck, un canard boiteux. Tout est dit.

D’ailleurs, déjà on sent poindre les rivalités froides entre Edouard Philippe et Bruno Le Maire, tandis que François Bayrou ne dit jamais son dernier mot. 

2027, c’est demain. Et ces hommes qui se rêvent d’Etat pensent en secret à la maxime viriliste et animalière du jeune Jacques Chirac [extrait sonore] : 

“Il n'y a pas de place pour deux crocodiles mâles dans le même marigot”

Le "marigot" macroniste 2022 - 2027 promet d’intenses luttes sous-marines. 

D’autant qu’Emmanuel Macron a lui-même montré l’exemple.

En adepte du darwinisme politique, jeune ministre, il a rompu avec le président Hollande pour tracer son propre destin. Pourra-t-il le reprocher à ceux qui seraient tentés de l’imiter ?

Frédéric Says