Fabien Roussel à la Fête de l'Humanité, le 10 septembre 2022 ©AFP - THOMAS SAMSON / AFP
Fabien Roussel à la Fête de l'Humanité, le 10 septembre 2022 ©AFP - THOMAS SAMSON / AFP
Fabien Roussel à la Fête de l'Humanité, le 10 septembre 2022 ©AFP - THOMAS SAMSON / AFP
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Résumé

A la Fête de l'Humanité, le dirigeant communiste a dénoncé "l'assistanat" et provoqué la colère de ses partenaires de gauche.

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Fabien Roussel veut qu’on l’entende. C’est réussi. Tout le week-end, le dirigeant communiste a animé la Fête de l'Humanité... mais pas comme prévu. Ses déclarations sur "la gauche des allocations" ont créé un puissant tintamarre. Tout a commencé vendredi : "Les Français nous parlent d’assistanat", note Fabien Roussel. Le mot - assistanat - est lâché, avec un succès garanti : il y aurait d’un côté les travailleurs, et de l’autre les profiteurs. Vieux discours, vieux débat, et conclusion du dirigeant communiste : "La gauche doit défendre le travail. Elle ne doit pas être la gauche des allocations et des minima sociaux". Les réactions n'ont pas tardé. A La France Insoumise, Manuel Bompard accuse Fabien  Roussel de "tourner le dos aux combats historiques de la gauche" ; Mathilde Panot, cheffe de file des députés insoumis, lui reproche de "reprendre les mots de la droite et de l'extrême-droite".

L’extrême-droite ? Fabien Roussel affirme précisément que c'est son combat, et qu'il affronte le Rassemblement national là où celui-ci est puissant, dans la 20ème circonscription du Nord. Pour le vaincre, il faudrait commencer par "entendre" les électeurs, y compris quand ceux-ci parlent du travail et des allocations. Le secrétaire national du PCF n’est pas le seul à s’engager sur ce terrain. A La France insoumise, en ce moment, François Ruffin, demande que "la valeur travail revienne à gauche". Autrement dit, pour lui, elle n’y est plus.

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Les électeurs perdus de la gauche

Ce débat est ancien. A qui la gauche doit-elle s’adresser ? Quels combats doit-elle mener ? Il y a plus de dix ans, en 2011, le groupe de réflexion Terra Nova, qui inspirait, déjà, une partie de la gauche, appelait ses dirigeants à regarder ce qu’il appelait "le visage de la France de demain : plus jeune, plus féminin, plus divers, plus diplômé". Pour les ouvriers, les employés, les victimes de la mondialisation, c’était trop tard. Le divorce était consommé. A l’époque, cette note avait provoqué des affrontements vifs.

Plus de dix ans après, les mêmes doutes traversent la gauche. Jean-Luc Mélenchon a beau dire : "Nous sommes le peuple des humiliés et des opprimés", Marine Le Pen le devance largement chez les ouvriers et les employés, notamment aux périphéries des villes et à la campagne.  C'est souvent la France des gilets jaunes… Fabien Roussel et François Ruffin ont chacun leurs mots, chacun leur style. Mais en cette rentrée, ils appuient sur le même point. Pour eux, le travail est un sujet central et la gauche doit s’en préoccuper.

Reste à savoir comment, et quand. Les partenaires de Fabien Roussel lui reprochent d’avoir très mal choisi son moment, alors que le gouvernement veut à nouveau réformer l’Assurance chômage. L'exécutif souhaite durcir les conditions d’indemnisation quand la conjoncture est plus favorable, pour inciter les demandeurs d’emploi à trouver un travail. Les syndicats y sont très opposés. La concertation débute cette semaine. Les allocations et les minima sociaux reviennent dans le débat. Il y a quatre ans, Emmanuel Macron s'était emporté contre "le pognon de dingue" des minima sociaux, jugés inefficaces. Aujourd'hui, Fabien Roussel rejette, lui, ce qu’il appelle "la France du RSA".

Travailler... le travail

Mais quelle vision du travail veut-il défendre ? Le dirigeant communiste plaide pour des hausses de salaires - sujet majeur, surtout quand l’inflation galope. Mais il n'est pas le seul, loin de là, ni à gauche ni à droite. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, appelle, lui aussi, les entreprises à augmenter les salaires quand elles le peuvent, surtout lorsque elles ont, comme en ce moment, des difficultés à recruter.

Sur le travail, beaucoup d’autres questions aigues ont surgi. Quelles sont les réponses de la classe politique ? De nombreux salariés se plaignent de la mauvaise organisation du travail, de conditions dégradées. Pourquoi ? Pourquoi ont-ils parfois l’impression de n’être que des pions dans un système désincarné ? Pourquoi prennent-ils leur distance avec le monde professionnel ? Ce week-end, le numéro un d’Europe Ecologie Les Verts, Julien Bayou, en répondant à Fabien Roussel, a souhaité "une société où l’on peut s’émanciper du travail". Mais pour des millions de salariés, cette réponse risque d’apparaître bien lointaine. Sur ce sujet, la gauche, comme la droite d’ailleurs, va devoir se mettre… au travail.

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Jean Leymarie
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