Le député du Lot, Aurélien Pradié, à Paris, le 2 février 2022 ©AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Le député du Lot, Aurélien Pradié, à Paris, le 2 février 2022 ©AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Le député du Lot, Aurélien Pradié, à Paris, le 2 février 2022 ©AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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Résumé

A trois mois de leur congrès, Les Républicains sont fragilisés. La question des alliances refait surface.

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La droite peut-elle se reconstruire seule ? Sans nouer des alliances et sans pactiser avec l’extrême-droite ? La question taraude Les Républicains, qui regardent avec intérêt, et souvent, avec inquiétude, les derniers événements en Suède et en Italie.

En Suède, pour la première fois, les conservateurs et le parti nationaliste sont en mesure de prendre le pouvoir ensemble. Ce parti anti-immigration, les "Démocrates de Suède" (SD), était marginal. Dimanche dernier, il est devenu le deuxième de Suède, derrière les Sociaux-démocrates. Si les résultats se confirment, à droite, en Suède, les nationalistes seront les maîtres du jeu. En Italie, les élections législatives auront lieu le 25 septembre. Qui est favori ? Un parti d’extrême-droite, Fratelli d’Italia, allié à La Ligue, la formation de Matteo Salvini et à la vieille droite de Silvio Berlusconi. Si la dirigeante des Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, devient première ministre, ce sera un séisme.

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La situation française est différente, mais Les Républicains sont inquiets. Ils sont sortis essorés de l’élection présidentielle et ils sont coincés entre, d’un côté, Emmanuel Macron qui a siphonné une partie de la droite et de ses dirigeants, et de l’autre, Marine Le Pen, avec ses 89 députés. Pour Les Républicains, l’espace politique est de plus en plus réduit. A la fin de l’année, les adhérents de LR éliront leur nouveau président. Eric Ciotti et Bruno Retailleau étaient déjà candidats. Hier soir, Aurélien Pradié les a rejoints, et il voit le péril pour son parti. Dans Le Figaro, ce matin, le député du Lot déclare : "Nous sommes aujourd’hui en danger de mort".

Trois scénarios

Le parti veut retrouver de l'air. A ce stade, trois scénarios sont possibles. Le premier, c'est un sursaut. Un retour de la droite avec ses propres thèmes, son propre programme, comme à l’époque de Nicolas Sarkozy et de sa victoire en 2007. Les trois candidats à la présidence de LR ont chacun leur ligne. A droite du parti pour Eric Ciotti, plus centrale et conservatrice pour Bruno Retailleau, et plus sociale, plus populaire pour Aurélien Pradié. Trois lignes, mais pas encore de candidat officiel pour 2027, même si Laurent Wauquiez est déjà sur les rangs.

Deuxième hypothèse, une alliance plus ou moins tacite avec Emmanuel Macron. Cet été, 54 députés républicains ont soutenu les mesures sur le pouvoir d’achat. A l’époque, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, avait même déclaré : "Nous avons élargi la majorité". Mais à quelques mois de leur congrès, Les Républicains ont-ils intérêt à apparaître comme la béquille du gouvernement ? Non. En tout cas pas pour l’instant. D’ailleurs, le parti ne votera pas le budget.

Reste la troisième option : un dialogue avec l’extrême-droite, pour imaginer, un jour, une coalition. Bruno Retailleau affirme que ce serait "la fin, la dilution" de la droite. Aurélien Pradié, lui, demande à son parti "d’arrêter de loucher sur la concurrence". Et Eric Ciotti appelle la droite à être "de droite", pour rester debout. Mais il y a quelques mois, le député des Alpes-Maritimes avait déclaré que s’il avait à choisir entre Emmanuel Macron et Eric Zemmour, il choisirait… Eric Zemmour - le président de Reconquête qui rêve, lui d’une "union des droites", comme en Italie.

Marine Le Pen en arbitre

Encore faudrait-il que Marine Le Pen en ait envie, et qu’elle y trouve son intérêt. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Le Rassemblement national est en position de force. Il a de plus en plus de succès. Pour l’instant, il n’a pas besoin d’allié à droite. En 2027, ce sera une autre affaire.

Aujourd'hui, Les Républicains ne sont pas seuls à décider de leur avenir, et c'est sans doute le plus dur. Ils sont spectateurs. De Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron. Et demain, des ambitions individuelles - celles de Bruno Le Maire, d’Edouard Philippe, de Gerald Darmanin, trois hommes de droite qui ont rallié Emmanuel Macron. Voilà le paradoxe pour Les Républicains. Il est cruel. La France est de plus en plus à droite... mais sans eux.

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Jean Leymarie
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