Un écran publicitaire numérique, dans le métro, à Paris, en 2009
Un écran publicitaire numérique, dans le métro, à Paris, en 2009 ©AFP - CAROLINE VENTEZOU / AFP
Un écran publicitaire numérique, dans le métro, à Paris, en 2009 ©AFP - CAROLINE VENTEZOU / AFP
Un écran publicitaire numérique, dans le métro, à Paris, en 2009 ©AFP - CAROLINE VENTEZOU / AFP
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Le gouvernement veut limiter les publicités lumineuses, de plus en plus nombreuses, au nom du climat des économies d'énergie. Mais sans aller plus loin.

Le gouvernement va-t-il couper la publicité ?  A l'heure de la sobriété, il veut encadrer, limiter, l'usage des panneaux lumineux...  mais sans les interdire. Ce mercredi, Elisabeth Borne doit détailler les projets du gouvernement sur l’énergie : l’approvisionnement, les tarifs, et la sobriété, avec unplan pour affronter l’automne et l’hiver, en consommant moins.

Les écrans publicitaires lumineux sont dans le viseur. Depuis quelques années, ces écrans pullulent, dans la rue, dans les transports, dans les vitrines des magasins. Ils sont des dizaines de milliers - personne ne sait combien exactement. Et ils consomment beaucoup. Selon l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, un simple écran numérique de 2 mètres carrés consomme chaque année autant d’électricité qu’un ménage qui doit s’éclairer et faire tourner ses appareils électroménagers. Cet été, le gouvernement a donc annoncé un encadrement, une limitation, et un décret qui est attendu dans les prochains jours.

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Mais hier, des associations environnementales, comme Greenpeace, ont lancé une pétition. Ces associations demandent à l’Etat d’aller plus loin et d’interdire "définitivement" les écrans numériques publicitaires. En 2020, la Convention citoyenne pour le Climat avait déjà réclamé cette mesure. Elle proposait une interdiction des écrans vidéos "dans l’espace public, les transports en commun et les points de vente". Le chef de l’Etat et le gouvernement avaient refusé.

Un encadrement plus strict

En théorie, ces supports publicitaires sont encadrés depuis dix ans, depuis un décret de 2012 ! A l’époque, l’Etat avait décidé d’éteindre les publicités lumineuses entre 1h et 6h du matin, mais pas dans toutes les villes ; les plus grandes pouvaient s’organiser comme elles le voulaient. Le nouveau décret va généraliser cette interdiction. Pas d’écran lumineux entre 1h et 6h du matin. Il prévoit une amende de 1500 euros pour ceux qui ne respectent pas la règle. Interdiction générale, donc, mais bien sûr avec des exceptions, au moins dans les gares et les aéroports, où les écrans pourront rester allumés.

Combien de panneaux seront finalement éteints ? Impossible à dire. Sans parler des écrans dans les vitrines des magasins… Ils sont de plus en plus nombreux. Seront-ils concernés ? Rien ne le dit. La loi Climat et Résilience, votée l’an dernier, donne un nouveau rôle aux élus locaux. Les maires pourront fixer les horaires d’extinction des écrans dans les vitrines. Mais vont-ils le faire ? Et qui va contrôler leur décision ? Les élus sont sous pression. Les fédérations de commerçants s’opposent à toute nouvelle mesure. Il y a quelques mois encore, elles luttaient contre "une censure des vitrines", une atteinte à la liberté du commerce, et même à la liberté d’expression ! Leur slogan : "Touche pas à ma vitrine !".

Une interdiction des écrans, un symbole politique

Eteindre les publicités lumineuses ne va pas sauver la planète, ni stopper l’inflation. Mais cette mesure, parmi d'autres, allègerait la crise climatique et énergétique. Interdire ces écrans, ou tenter de les interdire, serait surtout un signal politique. Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a annoncé "la fin de l’abondance". Le président de la République appelle à la sobriété, pour des raisons écologiques et économiques. L’exécutif s’est donné une limite : la décroissance, ce que certains continuent à appeler "l’écologie punitive". Mais avec ces panneaux lumineux, de quelle croissance parlons-nous ? Il y a vingt ans ou trente ans, la plupart de ces écrans n’existaient pas. Etions-nous moins heureux ? Est-ce que l’économie française allait moins bien ?

En 2029, la Convention citoyenne pour le Climat posait déjà ces questions. Pendant plusieurs mois, des citoyens ont travaillé sérieusement, aidés par des experts. Le chef de l’Etat s’était engagé à reprendre leurs propositions sans filtre, à les soumettre au Parlement. Il ne l’a pas fait. Il n’a retenu qu’une partie des mesures, et en les modifiant. Si le gouvernement regardait à nouveau ces propositions ? Il n’est pas trop tard. La crise que nous vivons est aussi une occasion d’avancer.