Des femmes en burkini de bain à Sidney en Australie le 19 août 2016
Des femmes en burkini de bain à Sidney en Australie le 19 août 2016
Des femmes en burkini de bain à Sidney en Australie le 19 août 2016 ©AFP - Saeed KAHN
Des femmes en burkini de bain à Sidney en Australie le 19 août 2016 ©AFP - Saeed KAHN
Des femmes en burkini de bain à Sidney en Australie le 19 août 2016 ©AFP - Saeed KAHN
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Résumé

Faut-il autoriser le port du burkini dans les piscines ? Le maire de Grenoble, Eric Piolle, a décidé de mettre cette question, aujourd’hui, à l’ordre du jour du Conseil municipal. Une décision qui aspire à rencontrer un écho médiatique national.

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La question du burkini est de retour dans le débat public. Le conseil municipal de Grenoble s’apprête à examiner et à voter une délibération qui prévoit de modifier la règlementation en vigueur dans les piscines de la ville afin de permettre aux femmes qui le souhaitent de se baigner vêtues d’une combinaison qui recouvre entièrement leur corps.

Ce petit évènement isérois provoque un branle-bas de combat médiatique au niveau local et au niveau national.

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Au niveau local, à Grenoble, le conseil municipal se déchire et une partie de la majorité menace de ne pas voter cette délibération. Au niveau du département, le préfet a annoncé, hier soir, qu’il saisira le tribunal administratif pour faire annuler cette autorisation. Si elle est adoptée, bien entendu.

Mais cette décision, il ne l’a pas prise tout seul. Puisqu’il agira, dit-il, conformément aux instructions envoyées par le ministère de l’intérieur. C’est donc que celui qui, à cette heure, est toujours ministre, Gérald Darmanin, a décidé de s’en mêler.

Le président de la région Auvergne-Rhône Alpes, Laurent Wauquiez, est également de la partie. Il menace de supprimer toutes les subventions régionales à la ville de Grenoble si cette délibération est adoptée... 

On voit par ailleurs le maire de Grenoble, Eric Piolle, se précipiter sur les plateaux télés et radios pour expliquer pourquoi il a décidé de changer la règlementation dans sa commune. Et plus globalement, on voit à nouveau s’affronter sur cette question les défenseurs de la liberté individuelle et ceux qui souhaitent maintenir une certaine neutralité dans l’espace public au nom du principe de laïcité.

La loi n'interdit pas explicitement le port du burkini dans les piscines publiques

La loi n’interdit pas explicitement le port du burkini dans les piscines publiques. Elle demande aux collectivités locales d’y faire respecter les conditions d’hygiène et de sécurité. 

Et c’est pour répondre à cette obligation légale, hygiène et sécurité, que seules certaines tenues sont autorisées, à savoir le maillot de bain. Une pièce pour les hommes. Une ou deux pièces pour les femmes. Maintenant, la loi peut-elle être changée ? 

Oui. Ça a même déjà été le cas en France. Deux villes ont modifié la règlementation pour autoriser le port du burkini dans les piscines municipales. Rennes en Ille et Vilaine, en 2018, et Surgères en Charente Maritime, en 2019. 

Si la tenue est uniquement destinée à la baignade et qu’elle n’a pas été portée avant le moment du bain, elle est autorisée. A l’époque, il y avait eu des récriminations et des contestations mais ni le ministère ni la justice ne s’en étaient mêlés. 

La question du port du burkini s’était également déjà posée en 2016... quand il était apparu sur les plages, en bord de mer. Plusieurs maires de communes littorales avaient rédigé des arrêtés d’interdictions, lesquels avaient tous été retoqués par la justice. 

Et cette question du burkini dans les piscines rappelle le long débat sur le port du voile à l’école dans les années 1990. Un débat tranché, au bout du compte, par une loi de mars 2004 mais qui n’est, aujourd’hui comme hier, pas facile à arbitrer car le principe de laïcité n’interdit pas d’exprimer sa foi religieuse dans l’espace public. 

Cependant, la religion musulmane, dans sa forme radicale, prétend imposer ses lois et ses règles à la République, qui dans ces conditions doit prendre garde à ne pas faire trop de concessions. Il s’agit donc de trouver un juste équilibre qu’on a parfois du mal à voir émerger dans la manière dont le débat public s’organise.

Une opération à visée politique

A Grenoble, les débats s’annoncent encore une fois virulents et tranchés. Trois appels à manifester devant l’Hôtel de ville ont d’ailleurs été lancés ce qui devrait attirer les caméras de télévision.

Mais c’est vraisemblablement ce que recherche le promoteur de cette affaire, à savoir le maire de Grenoble, Eric Piolle. C’est lui qui lance ce débat en mettant cette question à l’ordre du jour du Conseil municipal. Et il le fait dans un contexte politique bien particulier. 

On est au lendemain de l’élection présidentielle. Le candidat écologiste, Yannick Jadot, a été battu sévèrement. Dès lors, la succession est ouverte. Et pas seulement à la tête du mouvement écologiste. C’est toute la gauche qui est train d’essayer de se réorganiser avec en perspective les élections législatives.

Et actuellement, ça se réorganise autour de Jean-Luc Mélenchon. Ce qui ne plait pas du tout au très ambitieux maire de Grenoble, Eric Piolle, candidat malheureux à la primaire écologiste à l’automne dernier.

Lui aussi, entre les deux tours, avait appelé à l’union de la gauche mais il n’avait pas été entendu. Quelques jours plus tard, après le second tour de la présidentielle, il avait essayé de faire savoir qu’il avait écrit au président de la République pour lui faire part de ses recommandations mais là encore, ça n’avait pas franchi le mur du son médiatique.

Cette opération Burkini constitue donc, vraisemblablement, le troisième étage d’une fusée qui vise à mettre Eric Piolle en orbite et à le faire exister politiquement. 

Parce que concrètement et localement, l'exemple rennais montre qu'il n'y a pas vraiment d'attente de la population en la matière. Sur les 80 000 nageurs qui fréquentent chaque mois les piscines de la ville bretonne, le port du burkini ne concerne que quelques personnes aux dires des agents municipaux.

Références

L'équipe

Stéphane Robert
Production