Edouard Philippe sur France 2 le 4 avril 2021
Edouard Philippe sur France 2 le 4 avril 2021
Edouard Philippe sur France 2 le 4 avril 2021 ©AFP - Thomas COEX
Edouard Philippe sur France 2 le 4 avril 2021 ©AFP - Thomas COEX
Edouard Philippe sur France 2 le 4 avril 2021 ©AFP - Thomas COEX
Publicité
Résumé

Des tensions sont apparues ces derniers jours entre Edouard Philippe et Emmanuel Macron. Au point que l’ex-Premier ministre a suspendu pendant quelques jours sa participation à la Maison commune qui regroupe toutes les forces de la majorité présidentielle.

En savoir plus

Pour Edouard Philippe, “l'incident est clos”. L’ex-premier ministre a réuni mardi le bureau de son nouveau parti politique, _Horizons, e_t devant la trentaine de cadres et d’élus réunis à cette occasion, il a employé cette formule, “l’incident est clos”, signifiant ainsi qu’il mettait un terme au conflit qui l’opposait depuis plusieurs semaines au président de la République et à une partie de la majorité présidentielle.

Par conséquent, son parti réintègre la Maison commune, la structure regroupant toutes les composantes de la majorité dont il s’était mis en retrait une semaine plus tôt. Que s’est-il passé ?

Publicité

Tout a commencé au mois de décembre. L’ex-premier ministre avait décidé de fusionner sa formation politique flambant neuve avec le parti de centre droit du ministre du commerce extérieur, Franck Riester, baptisé AGIR.

Ceci afin de récupérer une structure et des moyens humains et financiers. AGIR dispose en effet d’un groupe à l’Assemblée nationale de 22 députés et bénéficie de financements publics, ce qui n’est pas le cas d’Horizons.

Et puis cette fusion paraissait naturelle puisqu’AGIR a été fondé en 2017 sur les cendres du Juppéisme. Ce sont d’ailleurs les initiales d’Alain Juppé qui ont donné son nom au parti, AJ a donné AGIR. (Oui, ça rappelle En Marche et Emmanuel Macron). Edouard Philippe estimait de ce fait légitime de récupérer l’héritage de son mentor politique.

Emmanuel Macron refuse la fusion d'AGIR et d'HORIZONS

Franck Riester, président d’AGIR, le fait savoir une première fois le 15 décembre. “Le président ne veut pas de cette union” indique-t-il lors d’une réunion, on en “reparle” au mois de “janvier” élude-t-il alors. Et la semaine dernière, le 11 janvier, il fait le même même constat. Ca coince toujours du côté de l’Elysée. AGIR et HORIZONS ne peuvent pas fusionner.

C’est là qu’Edouard Philippe s’est emporté, suspendant sa participation à la Maison commune de la majorité et déclarant au journal L’Opinion qu’il restait “loyal” envers le président mais qu’il était “libre. Et surtout qu’il ne voulait “pas qu’on l’emmerde”, reprenant la formule employée quelques jours plus tôt à destination des non-vaccinés par Emmanuel Macron.

Aujourd’hui, il est donc officiellement revenu à de meilleurs sentiments puisqu’il considère que “l’incident est clos” et réintègre le camp présidentiel. En réalité il n’en est rien car ce qui vient de se passer est l'un des épisodes d’une bataille de longue haleine.

Dans un premier temps, toutes les composantes de la majorité ont un intérêt commun : la réélection d’Emmanuel Macron en avril prochain. Elles doivent donc travailler de concert. Mais au-delà de cette échéance, si l’actuel président évidemment est réélu, ça se complique singulièrement. Car se profileront alors les élections législatives et les forces politiques du camp présidentiel vont devenir concurrentes.

Les législatives, source de tensions

les législatives sont les élections qui attribuent aux formations politiques des financements publics. Plus vous obtenez de voix et plus vous avez d’élus, plus votre parti reçoit d’argent. Le MODEM, qui compte 57 députés, reçoit ainsi 4 millions d’euros par an. La République en Marche, qui en compte 268, perçoit près de 20 millions d’euros chaque année.

C’est la raison pour laquelle Edouard Philippe, qui ne cache pas préparer l’après Macron et notamment la présidentielle de 2027, aspire à faire élire des députés sous les couleurs de son parti “Horizons”. 

Il va donc réclamer des circonscriptions en échange de son soutien au président et en échange de sa participation à sa réélection si jamais celui-ci devait être réélu. Mais les places seront chères. Car ni La République En Marche ni le MODEM n’ont à ce stade l’intention de céder leurs circonscriptions aux candidats du parti d’Edouard Philippe.

Par ailleurs, Emmanuel Macron craint sans doute que son ancien Premier ministre prenne trop de poids, devienne trop puissant au sein de la majorité. Il pourrait devenir gênant pour l'exercice du pouvoir en cas de rélection. C’est sans doute l’une des raisons qui l’ont conduit à opposer son véto à la fusion avec AGIR.

Enfin, les tensions actuelles au sein de la Maison Commune sont aussi vraisemblablement le fruit d’une lutte d’influence. Entre, d’un côté, François Bayrou, qui fait actuellement figure de principal allié du président et Edouard Philippe qui a besoin de s’imposer pour préparer la suite et capter une partie de l’héritage.

Entre ces deux-là, la guerre est déclarée. Pour l’instant, elle en est à un stade embryonnaire mais elle va s’intensifier autour de la question des investitures à l’approche des élections législatives prévues en juin prochain.