Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, en juillet 2017, à Matignon
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, en juillet 2017, à Matignon
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, en juillet 2017, à Matignon ©AFP - Bertrand Guay
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, en juillet 2017, à Matignon ©AFP - Bertrand Guay
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, en juillet 2017, à Matignon ©AFP - Bertrand Guay
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Résumé

Edouard Philippe semble avoir élaboré une stratégie qui a consisté à replacer la CFDT au centre du jeu syndical dans un conflit qui jusqu'ici était essentiellement orchestré par la CGT.

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Comment sortir du conflit sur les retraites qui dure depuis maintenant deux semaines ? Comment éviter la poursuite du blocage des transports en commun qui pourrait gâcher les fêtes de fin d'année d'un grand nombre de Français ?  

Les équipes et l'entourage d'Edouard Philippe semblent avoir élaboré un plan depuis la semaine dernière. C'est en tout cas ce que rapportent plusieurs chevilles ouvrières de la "macronie", depuis le député La République En Marche jusqu'au conseiller ministériel.  

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"Tout est calculé" nous dit-on et "c'est très malin".  

Ce conflit sur les retraites, contrairement à la crise des Gilets Jaunes, est un conflit classique, une résurgence de "l'ancien monde".  Il appelle donc des réponses de "l'ancien monde". 

Et ceux qui savent faire en la matière, ce sont les ministres les plus politiques du gouvernement Macron au premier rang desquels figure le locataire de Matignon.  

Déjà, c'est lui qui souhaitait une mesure d'âge en plus de la réforme universelle des retraites. Il estime qu'il faut bien financer un système dont on annonce qu'il sera déficitaire à partir de 2025. Et c'est lui qui aurait convaincu Emmanuel Macron alors que le chef de l'Etat n'y était pas favorable rapporte encore ce matin le Canard Enchaîné.  

Mais il y a le fond et il y a la forme, qui parfois est aussi importante que le fond. Et sur la forme, mercredi dernier, Edouard Philippe y est allé avec beaucoup de franchise :  

Nous allons devoir inciter les Français à travailler plus longtemps. Le gouvernement compte donc reprendre la proposition du rapport du Haut-Commissaire qui consiste à instaurer, au dessus de l'âge légal, un âge d'équilibre à 64 ans en 2027.  

A l'origine, ce n'est pas vraiment ce qui était prévu. Ce n'est pas comme ça qu'il devait présenter les choses.  

Le Premier ministre devait annoncer que le gouvernement laisserait les partenaires sociaux discuter de la manière de ramener le système à l'équilibre et dire qu'ensuite, si aucune solution ne se dégageait, le gouvernement mettrait en place sa solution, à savoir l'âge pivot à 64 ans.   

Et il a fait l'inverse. Nous mettrons en place l'âge d'équilibre a dit Edouard Philippe sauf si les partenaires sociaux proposent une autre solution. Auquel cas elle sera étudiée.  

La mise en avant de l'âge pivot a "deux vertus"  

Selon un conseiller ministériel, brandir cet étendard de manière aussi abrupte a "deux vertus".  La première est que ça permet, en partie, de cristalliser le débat autour de cette mesure de l'âge pivot alors que jusque là, "tout inquiétait dans cette réforme parce que tout était flou. L'âge pivot crée un abcès de fixation."  

Et puis deuxièmement, alors que le conflit était jusqu'ici orchestré par les organisations syndicales les plus contestataires, CGT en tête, cette annonce "replace Laurent Berger", la CFDT et les autres syndicats dits réformateurs "au centre du jeu".   

L'espoir est de scinder en deux une unité syndicale qu'on a contribué artificiellement à constituer et de renouer la discussion avec ceux qui veulent bien discuter. Même si la réponse de l'intéressé, Laurent Berger, sur le coup, a été aussi brutale et sans concession que l'annonce du Premier ministre :  

Pour la CFDT, vous le savez, il y avait une ligne rouge dans cette réforme. C'était la nécessité de ne pas mélanger la réforme systémique pour rendre le système plus juste et la réforme paramétrique qui demanderait aux travailleurs de travailler plus longtemps. Finalement on sait qu'il y aura un âge d'équilibre à 64 ans. Cette ligne rouge est franchie.  

Le problème de Laurent Berger est d'une part qu'il savait qu'Emmanuel Macron n'était pas complètement favorable à cette mesure (par crainte qu'elle ne mette en danger la réforme en elle-même). Il s'attendait donc, sans doute, à quelque chose de moins brutal.  

Et d'autre part, il estime que les discussions proposées par le Premier ministre entre partenaires sociaux pour essayer de trouver une autre solution sont biaisées étant donné que le MEDEF est, lui, favorable à l'âge pivot et donc qu'il s'opposera à toute autre solution, attendant le constat d'échec, afin que le gouvernement, au bout du compte, prenne la main et impose sa solution : l'âge pivot à 64 ans à partir de 2027.

Mais Laurent Berger a, malgré tout, commencé à renouer le dialogue. On a pu le constater avec cette interview accordée au journal La Croix hier. Interview dans laquelle il explique ne pas être opposé à des mesures qui permettront de remettre le régime à l'équilibre. Il a notamment mis sur la table une possible hausse des cotisations salariales.   

Il a donc commencé à entamer le dialogue par médias interposés avant les rencontres et les échanges prévus aujourd'hui et demain. Le plan du Premier ministre semble être en train de fonctionner.  

Est-ce qu'il va aboutir ? C'est encore difficile à dire étant donné qu'on marche, là, sur une ligne de crête et qu'il y a d'autres enjeux, d'autres obstacles, qui se greffent à cette bataille sur la réforme des retraites.  

Le gouvernement et Emmanuel Macron ont besoin de faire passer cette réforme coûte que coûte et de montrer qu'il n'ont pas cédé. La suite du quinquennat en dépend.  

Laurent Berger ne doit pas faire trop de concessions afin de ne pas se retrouver en décalage avec les revendications de sa base à la CFDT.  

La CGT, elle, a beaucoup à perdre si elle cède dans cette affaire avec la perspective des élections professionnelles qui auront lieu fin janvier.  

On voit dès lors que le chemin vers la résolution de ce conflit apparaît encore semé d'embûches...