Marine Le Pen à l'Assemblée Nationale le 20 octobre 2020
Marine Le Pen à l'Assemblée Nationale le 20 octobre 2020
Marine Le Pen à l'Assemblée Nationale le 20 octobre 2020 ©AFP - Christophe ARCHAMBAULT
Marine Le Pen à l'Assemblée Nationale le 20 octobre 2020 ©AFP - Christophe ARCHAMBAULT
Marine Le Pen à l'Assemblée Nationale le 20 octobre 2020 ©AFP - Christophe ARCHAMBAULT
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Résumé

Pour les élections régionales, le Rassemblement national met en avant des candidats issus des rangs de la droite républicaine. Marine Le Pen opère également une évolution sur le plan programmatique, notamment en matière économique. L'objectif est de se crédibiliser en vue de la présidentielle.

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Le parti de Marine Le Pen vient tout juste de désigner sa tête de liste pour les élections régionales en Occitanie. Et le choix qui a été fait dit beaucoup de la manière dont Marine Le Pen aborde le scrutin régional ainsi que le suivant pour lequel elle se prépare, la présidentielle de 2022. 

Le candidat désigné n’est pas celui qui présidait le groupe du Rassemblement national au Conseil Régional depuis 6 ans, Julien Sanchez. Pourtant, Julien Sanchez est un fidèle de Marine Le Pen. Il avait très envie d’y aller et il n’a pas démérité puisqu’il a brillamment été réélu au premier tour des élections municipales dans sa commune de Beaucaire dans le Gard en mars dernier… Mais la commission d'investiture lui a préféré Jean-Paul Garraud, un ex-député Les Républicains de la Gironde qui a rejoint Marine Le Pen il y a deux ans.

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Dans la région Sud, ex-région PACA, où le RN est fort et menaçant, c’est Thierry Mariani qui devrait prendre la tête de liste. Thierry Mariani, ex-LR lui aussi, ancien ministre des transports de Nicolas Sarkozy, a lui aussi rejoint Marine Le Pen il y a deux ans et, comme Jean-Paul Garraud, il n’a pas pris sa carte au parti. En Pays de la Loire, c’est également un non-encarté qui sera tête de liste, Hervé Juvin, élu député européen sur la liste du RN en 2019. Il est l’une des cautions intellectuelles de Marine Le Pen.

La mise en avant de ces candidats a pour objectif d’élargir le socle électoral du Rassemblement national et d’essayer de convaincre la droite républicaine qu’il n’y a plus de cordon sanitaire qui tienne.

Et dans les autres régions, même chose, ce sont des candidats acceptables pour une partie de la droite républicaine qui sont mis en avant.   Dans les Hauts-de-France, Sébastien Chenu mène une campagne assidue et virulente contre Xavier Bertrand mais lui aussi est un transfuge. Il avait fondé Gay Lib et avait été secrétaire national de l’UMP avant de rejoindre le FN en 2013. Dans le Grand Est, la tête de liste se nomme Laurent Jacobelli. Lui, jusqu’en 2017, était aux côtés de Nicolas Dupont Aignan à Debout La France. 

Tous ces candidats, hormis en région PACA, ont peu de chance de l’emporter. Ils ont donc pour tâche d’essayer de convaincre la droite… dans un scrutin que Marine Le Pen a l’intention de fortement politisé.

Des évolutions sur la forme et sur le fond

La Perspective de Marine Le Pen, c’est l’élection présidentielle de l’année prochaine pour laquelle elle a déclaré qu’elle était candidate il y a déjà un an. 

L’objectif est d'abord, avec le scrutin régional, de reconstituer le vivier de conseillers régionaux qui ont déserté en masse. Sur 358 élus en 2015 sous l’étiquette FN, 94 ont fait défection, soit 1 sur 4. Ils sont partis soit avec Florian Philippot, soit chez Nicolas Dupont Aignan, soit ont pris leur indépendance. Or, ces grands électeurs sont les principaux pourvoyeurs des 500 parrainages nécessaires à sa candidature. Elle a donc besoin d’en faire élire le plus possible. 

Ensuite, ces changements en façade, cette mise en avant de candidats qui ne sont pas des membres du RN ou qui en sont membres depuis peu, s’accompagnent de changements sur le fond. Marine Le Pen opère également une évolution programmatique pour être crédible auprès de ce nouvel électorat qu'elle convoite.  

Elle a déjà abandonné la sortie de l’euro depuis quelques temps. La seule présence à ses côtés d'Hervé Juvin en atteste. Il explique qu’il ne l’aurait jamais rejointe si elle était restée accrochée à son idée de Frexit. 

Ensuite, elle a très récemment pris position en faveur du remboursement de la dette COVID. Quand un "Etat souverain" emprunte, "il rembourse sa dette contre vents et marées" expliquait-elle, dans une tribune, en début de semaine. Ca aussi, c'est nouveau. Il y a, à la fois, la volonté d’offrir un visage crédible sur le plan économique et l'intention de rassurer un électorat de droite très attaché à l'idée qu'on rembourse un crédit que l'on contracte. 

Même sur la question des frontières, elle aurait ouvert son champ de vision. A propos de l’espace Schengen, notamment, elle serait prête à admettre la libre circulation des citoyens européens au sein des 26 Etats membres affirmait-elle, à la fin du mois de janvier, le journal L’Opinion

Ce sont donc d’importants changements qu’initie Marine Le Pen, à la fois sur la forme et sur le fond. Elle fait sa mue et se normalise. C’est un peu comme si on arrivait au terme de l’entreprise de dédiabolisation. 

Le risque est évidemment, pour elle, de perdre en cohérence et de dérouter son électorat traditionnel. Mais elle fait le pari qu'il lui restera fidèle et pour l’heure, elle figure encore très haut dans les enquêtes d’opinion. Un récent sondage en janvier la donnait même au coude à coude avec Emmanuel Macron en cas de nouveau duel à la présidentielle, à 48% contre 52%.