Les députés dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale lors des "Questions au gouvernement" le 9 février 2021
Les députés dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale lors des "Questions au gouvernement" le 9 février 2021 ©AFP - Ludovic MARIN
Les députés dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale lors des "Questions au gouvernement" le 9 février 2021 ©AFP - Ludovic MARIN
Les députés dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale lors des "Questions au gouvernement" le 9 février 2021 ©AFP - Ludovic MARIN
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Depuis quelques jours, le clivage droite/gauche semble faire sa réapparition à l'occasion de débats qui divisent la majorité présidentielle. Ministres et députés se sont opposés notamment à propos de l'islamo-gauchisme dans les universités et des menus sans viande dans les cantines scolaires à Lyon.

En déplacement à Marseille, hier, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a accordé une interview au quotidien La Provence dans laquelle il s’est fermement opposé à la légalisation du cannabis. "Légaliser serait une lâcheté" dit-il dans cet entretien, "parce qu’on sait que c’est du poison" et parce "que c’est au cœur de toutes les formes de délinquance et de trafics".

Ce faisant, Gérald Darmanin anticipe vraisemblablement le débat qui pourrait avoir lieu la semaine prochaine sur la scène médiatique. En effet, ce dimanche 28 février verra la conclusion d’une consultation citoyenne sur l’usage du cannabis récréatif. Cette consultation a été lancée sur le site de l’Assemblée Nationale à la mi-janvier et on sait d’ores que la très grande majorité des dizaines de milliers de contributions déposées plaident en faveur de la légalisation de l’usage du cannabis. 

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Or, cette question divise la majorité. Des députés y sont ostensiblement favorables, à l’image du député de la Creuse, Jean Baptiste Moreau, d’autres y sont franchement hostiles. Ces positions antagonistes recoupent en partie une césure qui apparait de façon épisodique dans le groupe majoritaire entre députés ayant une sensibilité de gauche et ceux qui, venus de la droite, n’ont pas complètement abdiqué les valeurs qui ont fondé leur engagement. Et, partant des députés, le débat pourrait contaminer l’exécutif et s’inviter à la table des ministres comme ce fut le cas toute cette semaine sur différents sujets.

L'islamo-gauchisme dans les universités et les menus sans viande à la cantine ont cristallisé les antagonismes

Il y eut le débat sur l’islamo-gauchisme dans les universités lancé par Frédérique Vidal. La ministre de l’enseignement supérieur a été soutenu par ses collègues Gérald Darmanin et Jean-Michel Blanquer. Mais de nombreux autres ministres se sont réfugiés dans un silence gêné, expliquant en privé tout le mal qu’ils pensaient de ce sujet. En conséquence, un certain nombre d’entre eux ont fait paraître une tribune, mardi, dans le journal Le Monde. 

Cette tribune était paraphée par des proches du président, Stanislas Guérini, Cédric O, Stéphane Séjourné, et s’intitulait "au secours, le clivage droite gauche revient". C’était pour eux une manière d’essayer de mettre un terme à la polémique en rappelant tout le monde aux fondamentaux, le "ni droite ni gauche" originel. Mais ça n’a pas vraiment marché, plusieurs de leurs collègues ayant refusé de s’y associer.

Il y eut le débat sur les menus sans viande proposés dans les cantines scolaires par les écologistes lyonnais. Là encore, les ministres se sont emparés de la question et se sont divisés. D’un côté, Gérald Darmanin (toujours lui) et son collègue de l’agriculture, Julien Denormandie, ont dénoncé une posture idéologique de la part des Verts. De l’autre côté, la ministre de la transition énergétique, Barbara Pompili, a dénoncé un "débat préhistorique" et a défendu la cause écologiste. Là encore, la césure partisane entre droite et gauche, entre consuméristes et environnementalistes, a semblé resurgir. 

Des députés veulent lancer une discussion sur l'interdiction de l’écriture inclusive 

Ce débat va resurgir dans les semaines à venir car il est parti d’un projet de loi déposé mardi à l’Assemblée Nationale par un groupe de 65 députés. Parmi eux, il y a des "marcheurs" (des députés de la majorité) mais aussi des députés issus des rangs de la droite républicaine. Avec ce texte, ils veulent faire interdire l’usage de l’écriture inclusive dans les documents administratifs. (L’écriture inclusive, vous voyez ce que c’est, avec le point médian : TOU.TE.S pour TOUTES ET TOUS). Elle vise à gommer la prééminence du masculin sur le féminin dans la langue française et est essentiellement utilisée par des gens qui se revendiquent de gauche. Ce projet de loi a donc un fort potentiel de réactivation du clivage droite / gauche au sein de la majorité et par conséquent un fort potentiel déflagrateur. 

Alors on peut s’interroger. Quatre ans après l’élection d’Emmanuel Macron, la résurgence du clivage droite / gauche sur différentes thématiques menace-t-elle la cohésion de la majorité ? En tous cas, on a ici une nouvelle confirmation qu’elle est hétéroclite, cette majorité, qu’elle n’est pas homogène. Et leur point commun à tous, ministres et députés, leur dénominateur commun, il n’y en a qu’un, c’est le président de la République. C’est par lui et à travers lui que continue à vivre ce qu’il a théorisé au départ et ce sur quoi il a été élu : l’effacement du clivage gauche / droite.

Emmanuel Macron aurait donc tout loisir de rappeler à l’ordre ministres et députés pour mettre un terme aux polémiques. Il s’était résolu à le faire en septembre dernier au moment du débat entre Gérald Darmanin et Eric Dupont Moretti sur l’ensauvagement de la société. Cette fois, il ne le souhaite manifestement pas. En tous cas, il ne le fait pas.

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