Des salariés de Lejaby, dont le visage était recouvert de masques blancs, expriment leur colère, le 17 janvier 2012 à Lyon.
Des salariés de Lejaby, dont le visage était recouvert de masques blancs, expriment leur colère, le 17 janvier 2012 à Lyon.
Des salariés de Lejaby, dont le visage était recouvert de masques blancs, expriment leur colère, le 17 janvier 2012 à Lyon. ©AFP - Jean-Philippe Ksiazek
Des salariés de Lejaby, dont le visage était recouvert de masques blancs, expriment leur colère, le 17 janvier 2012 à Lyon. ©AFP - Jean-Philippe Ksiazek
Des salariés de Lejaby, dont le visage était recouvert de masques blancs, expriment leur colère, le 17 janvier 2012 à Lyon. ©AFP - Jean-Philippe Ksiazek
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Résumé

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Il y a urgence. 

Au terme d’un quinquennat marqué par l’irruption des gilets jaunes, au moment, désormais, où le litre d’essence s’approche des prix records, et alors que le pouvoir d’achat est érigé en tête des priorités des électeurs, le défi se pose à tous les candidats : comment convaincre les classes populaires ? 

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Question de justice sociale, bien sûr, question aussi d’efficacité politique. 

Selon l’INSEE, les ouvriers et employés représentent un quart des Français âgés de plus de 15 ans. Si l’on ajoute les ouvriers et les employés retraités, le chiffre monte à 43% de la population âgée de plus de 15 ans. 

C’est dire si aucun candidat ne peut se permettre, cyniquement, de faire l’impasse sur cet électorat.

“Valérie Pécresse à la recherche des classes populaires”, titre d’ailleurs le journal Le Monde, sous la plume de Sarah Belouezzane. 

En l’occurrence, la candidate Les républicains est pour l’heure mal positionnée : seuls 8 % des ouvriers et 10% des employés voteraient pour elle, selon IPSOS. 

Dans ces deux catégories socio-professionnelles, Marine Le Pen arrive largement en tête. Devant Emmanuel Macron, suivi de près par Eric Zemmour. Jean-Luc Mélenchon se classe quatrième auprès des ouvriers et employés, juste devant Valérie Pécresse. 

La “droite populaire” est donc jusqu’ici davantage un slogan qu’une réalité…

Oui bien loin du mouvement gaulliste, le RPF, qui se voulait ressembler au “métro à 6 heures du soir”, mêlant les milieux socio-professionnels. 

La République en marche tente elle aussi de sortir de sa dépendance électorale aux cadres et aux retraités, deux catégories où le parti macroniste sur-performe. 

Alors le mouvement présidentiel brandit en particulier  le dédoublement des classes de CP-CE1 dans les quartiers prioritaires, et le président-pas-encore-candidat multiplie les déplacements loin des métropoles. 

Les écologistes, également, doivent prouver que la fin du monde ne fait pas oublier la fin du mois, selon la formule consacrée. Tâche difficile. Pour l’heure Yannick Jadot obtient un score deux fois plus élevé chez les cadres que chez les ouvriers, toujours selon IPSOS et cette enquête pour le CEVIPOF

Abstention

Or, la mobilisation des catégories populaires peut changer l’élection. Jusqu’ici, seuls 58% des employés et ouvriers se disent sûrs d’aller voter les 10 et 24 avril prochain, pour la présidentielle. C’est presque 10 points de moins que l’ensemble des électeurs. 

Jean-Luc Mélenchon est certain que ses principales réserves de voix se trouvent dans cet électorat. D’où cette harangue, lors de son récent meeting à Nantes : 

"Alors je demande aux gens... les femmes et les hommes des milieux populaires... Cette fois-ici il faut vous bouger... d'accord ? Si vous aidez pas, ça va pas se faire tout seul. Et nous, on peut pas tout porter sur notre dos ! Donc c'est votre tour de vous y mettre ! Et si vous me mettez au deuxième tour... alors vous disperserez la confusion [à gauche] !"

En somme, un appel aux milieux populaires. 

Curieuse formulation, d’ailleurs, avec ce “vous” et ce “nous”. Comme si les classes populaires n’irriguaient pas le mouvement des insoumis. Comme si elles y étaient extérieures. 

Peut-être cette phrase illustre t-elle, de manière assez franche, l’un des blocages globaux de la vie politique française - quels que soient les partis : la relative homogénéité sociale des dirigeants. 

Des prétendants pour qui les classes populaires apparaissent non pas comme un paysage familier, mais comme un lointain continent à conquérir.