Marine Le Pen à l'occasion d'un meeting à Deols le 11 mars 2017
Marine Le Pen à l'occasion d'un meeting à Deols le 11 mars 2017
Marine Le Pen à l'occasion d'un meeting à Deols le 11 mars 2017 ©AFP - Guillaume SOUVANT
Marine Le Pen à l'occasion d'un meeting à Deols le 11 mars 2017 ©AFP - Guillaume SOUVANT
Marine Le Pen à l'occasion d'un meeting à Deols le 11 mars 2017 ©AFP - Guillaume SOUVANT
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Résumé

La Fondation Jean Jaurès, groupe d'études et de réflexion étiqueté à gauche, estime que la victoire de Marine Le Pen à la prochaine élection présidentielle est une possibilité. Il y a trois conditions pour que cette hypothèse se réalise.

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Le journal Libération publiait en février dernier une enquête qui a suscité beaucoup d'émoi et de nombreux commentaires politiques. Une quantité significative d'électeurs de gauche avaient écrit au quotidien pour expliquer qu’on ne les y reprendrait pas. Et qu’en cas de nouvel affrontement entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle, ils ne voteraient pas pour le président sortant. Autrement dit, ils ne feraient pas barrage à la candidate du Rassemblement National.

Une question avait alors surgi dans le débat public : le Front républicain serait-il en train de se fissurer au point de s’effondrer ? C’est à cette question que la Fondation Jean Jaurès, cercle de réflexion étiqueté à gauche, a tenté de répondre ces dernières semaines en menant une enquête détaillée visant à déterminer les conditions d’une éventuelle victoire de Marine Le Pen.

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Les chercheurs qui ont réalisé cette étude sont partis d’un constat : 

- Depuis plusieurs années, Le Rassemblement National et sa présidente obtiennent des scores d’au moins 20% à toutes les élections nationales. - Pour la prochaine présidentielle, les intentions de vote sont encore à ce niveau là. - Son électorat est particulièrement stable. 89% des personnes déclarant avoir l’intention de voter pour elle se disent sûres de leur choix.

Dans ces conditions, disent-ils, son accession au second tour de la présidentielle est extrêmement probable. Et partant de ce constat, trois conditions lui permettraient de l’emporter.

Il lui faudrait un important report de voix venues de la droite

La victoire est envisageable si les voix des électeurs de la droite républicaine se reportent massivement sur son nom au second tour. Est-ce possible ?

L’étude réalisée montre que les deux électorats se sont rapprochés au cours des dernières années. Sur le rejet de l’islam, par exemple, il y a des convergences. Sur le rapport à l’autorité, les sympathisants Les Républicains comme ceux du Rassemblement National considèrent qu’il faut un vrai chef pour gouverner. Sur la peine de mort également, chaque camp est aujourd’hui très majoritairement favorable à son rétablissement.

En revanche, les deux électorats divergent sur les questions économiques. Les électeurs de la droite classique sont beaucoup plus libéraux que ceux de la droite radicale. Il y a donc des porosités et des reports de voix sont possibles et même probables mais ils seront sans doute imparfaits. 

Une autre condition est liée aux effets de la "dédiabolisation" dans l’opinion. Cette entreprise, qui est menée de façon méthodique depuis des années, porte ses fruits dit la Fondation Jean Jaurès. Aujourd’hui, l’image du FN devenu RN s’est nettement améliorée. En 2019, par exemple, 50% des personnes interrogées disaient avoir une très mauvaise opinion de Marine Le Pen. Aujourd’hui, deux ans plus tard, elles ne sont plus que 34%.

D’ailleurs, il est aisé aujourd’hui de constater que les militants et les élus n’ont plus honte, n’ont plus peur, de revendiquer leur couleur partisane. Le candidat aux régionales dans les Hauts de France, Sébastien Chenu, arpente aujourd’hui le territoire à bord d’un bus sur lequel s’affichent en grand sa photo à côté de celle de Marine Le Pen. Il montre ainsi à l'ensemble de la population qu’il est au RN et qu’il en est fier.

L’image du parti à la flamme et de sa présidente reste tout de même négative mais moins que par le passé. C'est ce qui peut inciter un certain nombre d’électeurs à ne pas voter contre elle, à ne pas nécessairement se déplacer pour lui faire barrage.

L'importance du degré de détestation de son adversaire

La troisième condition suppose qu’elle se retrouverait au second tour face à Emmanuel Macron. Malgré une image qui s’est améliorée, malgré une normalisation qui s’est opérée, Marine Le Pen porte encore les stigmates de l’extrême droite et continue à susciter un fort rejet en dehors de son propre camp. Et elle peut gagner, dit la Fondation Jean Jaurès, si son adversaire déclenche lui aussi un rejet aussi important. Or, c’est potentiellement le cas avec Emmanuel Macron.

Les chercheurs de la Fondation montrent, études et graphiques à l’appui, qu’il génère dans la population des sentiments beaucoup plus négatifs que positifs, de la colère, du dégoût, de la honte. Et que si Marine Le Pen éveille encore un fort rejet à gauche, lui inspire un rejet équivalent à toute une frange de l’électorat de droite. 

On a donc un niveau de détestation élevé des deux candidats et c’est là que se situe le risque pointe cette enquête. Si la détestation de Marine Le Pen est équivalente à celle d’Emmanuel Macron, il y a un risque important que les électeurs des candidats battus au premier tour s’abstiennent.

De son côté, Marine Le Pen affiche de façon ostentatoire sa confiance et son assurance. "Je crois que je vais gagner", disait-elle le 12 mars sur BFM TV. Dans le quotidien "La Provence", hier, elle affirmait que "le Front républicain a vécu" et qu’elle ne "croit pas qu’il tienne". Ces déclarations ressemblent à un travail de psychologie collective visant à installer dans l’imaginaire commun l’idée que sa victoire est possible, comme si elle voulait habituer les esprits à cette éventualité.

À réécouter : Le Rassemblement national fait sa mue avant la présidentielle

Références

L'équipe

Stéphane Robert
Production