Siège de la Commission européenne
Siège de la Commission européenne ©Radio France
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Êtes-vous plutôt Margrethe Vestager ou José Manuel Barroso ?

D’un côté, il y a le visage de Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, ancienne ministre danoise, qui a inspiré la série Borgen. Depuis son bureau à Bruxelles, la très médiatique commissaire s’est mise en tête de faire payer Apple et toutes les multinationales qui cherchent à contourner l’impôt. 13 milliards d’euros sont demandés à la firme fondée par Steve Jobs. Le message est clair : pas d’impunité pour l’optimisation fiscale.

De l’autre côté, il y a l'ancien président de la Commission, José Manuel Barroso, reconverti chez Goldman Sachs, une banque au rôle plus que controversé dans la crise de la dette grecque.
Il y aussi Connie Hedegaard, ancienne commissaire européenne chargée du climat, qui devient conseillère - bénévole - chez Volkswagen. C’était il y a un mois. Rappelons qu’elle était chargée de surveiller les émissions de Co2 des automobiles.
Il y a encore Neelie Kroes, ancienne commissaire européenne au numérique, partie chez le géant américain du Cloud Salesforce. Selon les révélations des "Bahamas Leaks", Neelie Kroes fut aussi détentrice d'une société offshore enregistrée aux Bahamas, et jamais déclarée aux autorités bruxelloises. Des visages contrastés qui interrogent le citoyen, qui instillent le doute sur ceux qui dirigent : se sont-ils servi de la fonction plutôt qui ne l’ont servie ?

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Cette dualité n’est pas la seule. D’un côté, la lutte contre les paradis fiscaux, un succès tardif mais un succès à l’échelle européenne : la Suisse n’est plus un endroit sûr pour cacher son argent. La Commission a fait adopter une législation sur la transparence pour les rescrits fiscaux.

De l’autre côté, cette même Commission est dirigée par Jean-Claude Juncker, l’ancien premier ministre du Luxembourg, un pays dont l’affaire des Luxleaks a révélé qu’il avait passé des centaines d’accords fiscaux secrets avec des multinationales.

Ce double visage s’est aussi illustré vis-à-vis de la Wallonie, à propos de la signature du traité CETA…

Oui, d’un côté, officiellement la Commission européenne s’est dit "patiente", et "respectueuse" du processus de décision wallon, selon les mots de son porte-parole la semaine dernière.

De l’autre côté, il y a ces déclarations du tout nouveau commissaire européen au Budget, Günther Oettinger : selon lui, la Wallonie est « une micro-région gérée par des communistes qui bloque toute l'Europe », propos tenus mercredi dernier, au gala de la fédération patronale allemande et rapportés par plusieurs témoins.

Certes, l’Union européenne a pâti, aussi souvent qu’à son tour, d’une démagogie ordinaire des responsables publics nationaux, qui ont fait de cette institution lointaine une cible de choix. Et ça ne date pas d’hier. Écoutez, nous sommes en 1979 :

Billet politique - J. Chirac sur l'Europe en 1979

25 sec

On s’est trop peu interrogé sur la signification des élections européennes, souvent considérées à tort comme des élections secondaires. Observons le scrutin de 2014 en France :

sur 46,5 millions d’inscrits, plus de 27 millions de citoyens se sont abstenus. Par ailleurs, on a comptabilisé 900 000 bulletins blancs. Et le premier parti dans les urnes fut le Front national, avec 4,7 millions de voix.

Autrement dit, sur 100 Français inscrits sur les listes électorales, 69 se sont abstenus, ont voté blanc ou ont voté FN. Voilà aussi l'une des conséquences de ce "double visage".

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