"Un irresponsable n'est plus un citoyen". En s'en prenant aux non-vaccinés, Emmanuel Macron fait le pari d'une bascule de l'opinion.
"Un irresponsable n'est plus un citoyen". En s'en prenant aux non-vaccinés, Emmanuel Macron fait le pari d'une bascule de l'opinion.
"Un irresponsable n'est plus un citoyen". En s'en prenant aux non-vaccinés, Emmanuel Macron fait le pari d'une bascule de l'opinion. ©AFP - John Thys
"Un irresponsable n'est plus un citoyen". En s'en prenant aux non-vaccinés, Emmanuel Macron fait le pari d'une bascule de l'opinion. ©AFP - John Thys
"Un irresponsable n'est plus un citoyen". En s'en prenant aux non-vaccinés, Emmanuel Macron fait le pari d'une bascule de l'opinion. ©AFP - John Thys
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Résumé

Pourquoi ce vocabulaire utilisé par le chef de l'Etat ?

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On s'est souvent plaint des interviews politiques trop fades. Des entretiens relus, amendés, aseptisés par les services de communication. Celui d'Emmanuel Macron, paru ce matin dans le Parisien-Aujourd'hui en France, n'est assurément pas de ce bois-là - ou plutôt de cette langue de bois-là.

Le chef de l’État, interrogé sur sa politique sanitaire, utilise même un verbe inhabituel dans la bouche présidentielle. Je cite Emmanuel Macron : « les non-vaccinés, j'ai très envie de les emmerder ».

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Alors quelle mouche a donc piqué le président de la République ?  

D'abord, sur le fond, il ne dit rien de nouveau. Que la contrainte soit mise sur les non-vaccinés, ce n'est pas un scoop. L'été dernier, il y a d'abord eu le passe sanitaire, puis à l'automne les tests payants. En décembre, Emmanuel Macron avait même reconnu qu'il s'agissait "quasiment d'une obligation vaccinale".  

Mais alors pourquoi le dire ainsi, dans ces termes ?

Plusieurs hypothèses, qui ne sont pas incompatibles entre elles :  

La première, c'est qu'il y a bien sûr une allusion à la formule de Georges Pompidou contre la bureaucratie : « arrêtez d'emmerder les Français », formule régulièrement reprise en politique [extrait sonore].

D'ailleurs Emmanuel Macron le glisse dans sa réponse au Parisien, « je ne suis pas pour emmerder les Français ». 

Sauf qu'en ne mentionnant pas expressément cette référence, Emmanuel Macron donne à sa phrase contre les non-vaccinés une tournure à la fois personnelle et agressive.

Deuxième hypothèse : le président, qui tente de décoller une image élitiste, a choisi à dessein un langage relâché pour s'exprimer dans un quotidien populaire. Peu après, il utilise l'expression « prendre un canon au bar », il parle de « restau », « de ciné ». Si c'est le cas, mauvais calcul, qui revient à confondre le langage courant et la trivialité.   

Troisième hypothèse, la plus vraisemblable : le chef de l’État pressent un basculement dans l'opinion. La veille, des images de militants anti-vaccins, agressifs, vociférant près de l'Assemblée nationale, avaient suscité une large réprobation sur les réseaux sociaux.  

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Alors Emmanuel Macron a voulu capitaliser sur le ras-le-bol.

D'ailleurs, sa petite phrase est prononcée - le contexte est important - en réponse à une lectrice du Parisien. Une lectrice qui s'indigne des opérations chirurgicales déprogrammées dans les hôpitaux, à cause, dit-elle, des non-vaccinés qui occupent majoritairement les lits de réanimation.   

Mis en confiance par la tonalité de cette question, Emmanuel Macron fustige alors une « toute petite minorité de réfractaires », qu'il faut « réduire », en « limitant pour eux l'accès aux activités de la vie sociale ». « Les emmerder, on va continuer de le faire, jusqu'au bout », assure le président.  

Pris dans son élan, il va même plus loin. Il qualifie les anti-vax d'irresponsables. « Un irresponsable n'est plus un citoyen », assène Emmanuel Macron. 

Il n'évoque pas le civisme, mais bien la citoyenneté. Comme une forme de déchéance de citoyenneté.  

Et c'est là le tort d'Emmanuel Macron...

Oui, selon l'expression consacrée, président de tous les citoyens français, il en exclut une partie.  

Erreur symbolique, erreur politique, aussi.  

Cela va à rebours des vœux présidentiels pour la nouvelle année. « Bienveillance et unité », c'étaient les mots-clés.

A rebours aussi des déclarations du mois de décembre sur TF1, où Emmanuel Macron disait vouloir en finir avec les mots qui blessent :

« Il y a des mots qui peuvent blesser, et je pense que ce n'est jamais bon... Le respect fait partie de la vie politique. Et donc j'ai appris »

L'apprentissage et la pédagogie, c'est la répétition, certes. Mais voici donc une rechute.  

Alors un président devrait-il dire cela ? Non. Un candidat ? oui.  

Par cette déclaration, Emmanuel Macron a enfilé explicitement le second costume.  

Frédéric Says

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