Les petits absents du grand débat

Le plateau du débat présidentiel, à la Plaine-Saint-Denis, le 20 mars
Le plateau du débat présidentiel, à la Plaine-Saint-Denis, le 20 mars ©AFP - Eliot Blondet
Le plateau du débat présidentiel, à la Plaine-Saint-Denis, le 20 mars ©AFP - Eliot Blondet
Le plateau du débat présidentiel, à la Plaine-Saint-Denis, le 20 mars ©AFP - Eliot Blondet
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Ce que la confrontation de TF1 a laissé de côté.

D'abord, les six autres candidats, les "petits" dont on parlait hier, exclus du débat à cause de leur faible cote dans les sondages. Une absence regrettée par les candidats présents (François Fillon : "Je sais que les sondages ont de grandes vertus pour les commentateurs, mais avec cette règle-là, je n'aurais pas été présent à la primaire de la droite et du centre"). On ne sait pas si ces lamentos sont sincères : ça fait démocrate et ça ne coûte pas cher. Les deux prochains débats - à 11 cette fois-ci - montreront si cette bienveillance perdure... Même avec des temps de parole divisés par deux.

L'autre particularité de ce débat présidentiel - on l'a presque oublié, c'est un signe - , c'est qu'il n'y avait pas de candidat sortant. Pas de sortant "direct" en tout cas, responsable de la conduite des affaires. Ce qui a empêché la traditionnelle séquence de critique du bilan, où l'on refait le match du mandat, y compris dans ses détails. L'exemple le plus caricatural en fut le débat présidentiel de 1988, Mitterrand-Chirac, l'un sortant de l’Élysée, l'autre de Matignon.

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Cela dit, Emmanuel Macron a parfois donné l'impression de reprendre l'art de la synthèse du chef de l'Etat. Sur les questions de santé, d'investissement, d'écologie, le candidat de En Marche a tenté de rassembler les positions de ses adversaires, comme s'il essayer de concilier les motions Mélenchon et Fillon :

Billet politique 3 - Macron "je partage"

10 sec

Parmi les grands absents d'hier soir également, le candidat écologiste. Pour la première fois depuis 1969, aucun prétendant issu d'un parti écolo n'est présent, après le désistement de Yannick Jadot.

Résultat : à la fois Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon se sont présentés je cite en "candidats écologistes".

Et puis il y a eu d'autres absences, sur le fond cette fois-ci...

Oui les séquences chronométrées à cinq n'ont pas permis le droit de relance des journalistes. Résultats : il a fallu se contenter des réponses brutes, parfois assorties de quelques timides contestations.

Ainsi, Emmanuel Macron est-il resté très vague sur sa vision des rapports avec les États-Unis et la Russie :

"J'aurai cette politique de crédibilité, de continuité, de l'indépendance avec les moyens...", explique-t-il, sans beaucoup plus de précisions.

Absence de détails, également, chez Marine Le Pen, sur le budget de la Défense. "[Il doit représenter] 3% à la fin du quinquennat. Tout de suite, l'effort doit être fait, car l'armée est à l'os". 3% du PIB pour l'armée, c'est actuellement 1,8 %. J'ai vérifié, cela représente au bas mot 70 milliards d'euros. Pour financer sa proposition, la candidate frontiste n'a évoqué que la suppression de l'aide médicale d’État, 1 milliard annuel, et la sortie de l'Union européenne, 9 milliards par an, si tant est qu'elle se fasse.

Enfin, parmi les absences remarquées de ce débat, les affaires judiciaires, tout juste mentionnées du bout des lèvres et expédiées en quelques constats abstraits. Il a manqué, par exemple, le détail des propositions de François Fillon sur le sujet.

"Si je suis élu président de la République, je confierai au vice-président du Conseil d'Etat, au premier président de la Cour des comptes, et au procureur près la Cour de cassation, le soin de faire des propositions sur la transparence et sur la moralisation de la vie politique."

"Pour enterrer un problème, créez une commission", dit l'adage politique. Mais peut-être que le candidat de la droite a-t-il estimé que ce n'était pas le lieu de donner davantage de détails. Après tout, qui imagine le Général de Gaulle participer à trois débats télévisés ?

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