Extrait du Rolling IFOP - Fiducial 2022 pour Paris Match, LCI et Sud Radio du 11 février 2022
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Les sondages ne sont pas un outil prédictif du vote à une élection. Ils sont, en revanche, un outil de présélection des candidats et remplacent aujourd'hui les partis politiques qui n'apparaissent plus en capacité de remplir cette fonction.

La candidature de Christiane Taubira à l’élection présidentielle n’a pas suscité l’engouement qu’elle espérait. Elle se situe désormais à 3% d’intentions de vote dans les sondages. Et son ancien parti politique, le Parti Radical de Gauche, a finalement décidé, hier, de lui retirer son soutien. Le président du PRG, Guillaume Lacroix, a dressé un constat d’échec et déclare libres les élus de sa formation politique de parrainer Christiane Taubira, ou pas.

On constate, encore une fois, que les sondages ont un effet prescripteur des comportements politiques. La dynamique est à la baisse. Il n’y a pas eu d’effet mobilisateur. L’échec est annoncé. Par conséquent, le PRG quitte le navire.

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Ce sont déjà les sondages qui avaient conduit Christiane Taubira à se présenter au mois de décembre. Elle a fait le constat, à ce moment-là, de la faiblesse de la candidature d’Anne Hidalgo. L’ancienne ministre de la Justice a considéré alors qu’il y avait une place à prendre. Et elle a saisi l’opportunité que lui offrait la primaire populaire pour se présenter.

On voit donc à quel point les sondages d’opinion dictent aujourd’hui les comportements et les engagements politiques. 

Des outils de présélection des candidats

Ils jouent aujourd'hui un rôle de présélection des candidats, remplaçant en cela des partis politiques discrédités dans l'opinion. L'échec annoncé du Parti socialiste avec sa candidate Anne Hidalgo montre que les formations politiques ne sont désormais plus vraiment en mesure de remplir cette fonction.

Et on peut aujourd’hui globalement faire ce constat que ce ne sont plus les partis qui font émerger des candidats mais les candidats qui font émerger des partis. Voyez Emmanuel Macron avec La République En Marche, Jean-Luc Mélenchon avec la France Insoumise ou encore Eric Zemmour dont la formation politique, "Reconquête !", vient tout juste d’enregistrer son cent millième adhérent. Et la sélection de ces candidats s’opère donc par les sondages d’opinion.

Pourtant, me direz-vous, ils sont très critiqués. On leur reproche assez souvent de se tromper.    Or c’est faux. Les sondages ne se trompent pas si on n’essaie pas de leur faire dire ce qu’ils ne disent pas, à savoir le résultat de l’élection qui aura lieu dans deux mois. Les sondages ne sont pas un outil prédictif du vote. 

Il est vrai qu’à l’origine, le tout premier sondage réalisé en 1936 par l’américain George Gallup a réussi à prédire la réélection de Roosevelt alors qu’il était donné perdant dans tous les pronostics. C’est d’ailleurs ce qui a popularisé l’enquête d’opinion aux Etats Unis et dans toute l’Europe. 

On oublie cependant de dire qu’en 1948, douze ans plus tard, le même George Gallup a prédit l’élection du républicain Thomas Dewey. Or, c’est le démocrate Harry Truman qui l’a emporté. George Gallup s’était complètement trompé.

On sait donc depuis le départ qu’il ne faut pas utiliser le sondage pour prédire ce qui va se passer. Et pourtant, on continue de le faire, et de dire une fois le résultat de l’élection connue : "vous voyez, les sondages se sont encore trompés". C’est faux. Ce sont les gens qui veulent y voir le résultat avant l’heure qui se trompent.

Le vote du jury et le vote du public

Les sondages n’en restent pas moins des outils intéressants et utiles. sont utiles parce qu'ils sont un outil de présélection des candidats assez efficace. Autrement dit, ils permettent, avec les parrainages, de constituer la ligne de départ de la compétition. Ils permettent aussi de prédéterminer le potentiel de chaque candidat, 5, 10, 15 ou 20%. 

Pour comprendre, il faut s’intéresser à la manière dont sont réalisés les enquêtes d'opinion. Quasi-exclusivement sur internet. Et n’y répondent que les personnes qui sont volontaires. Et donc, pour les sondages politiques, bien souvent, ce sont les personnes qui s’intéressent à la politique qui se sentent autorisées à répondre. Or, c’est une petite partie de la population, les personnes qui s’intéressent en permanence à la politique, quelques %. Ce n’est pas l’opinion publique.

Le reste de la population, elle, c’est à dire l’immense majorité, se politise à quelques semaines du scrutin, à mesure qu'elle considère que c’est un rendez-vous important. Ça veut dire que pour l’élection à venir, ça va se faire là, progressivement, dans les jours qui viennent. C’est à partir de ce moment-là qu’on peut éventuellement voir évoluer les sondages.

C’est d’ailleurs comme ça qu’on explique le croisement des courbes entre Chirac et Balladur en 1995. Ca s’est passé au mois de février, quand les classes populaires notamment se sont politisées. 

On pourrait oser une comparaison avec l’Eurovision de la chanson. A l’Eurovision, il y a d’abord le vote du jury qui établit une présélection. Et ensuite, le vote du public qui peut tout changer. Et bien la présidentielle, c’est pareil. Les sondages de départ sont un peu le vote du jury, le vote de présélection. Ensuite, il y a le vote du public, c’est à dire de l’ensemble des Français. Et ça peut changer beaucoup de choses.

Et de la même manière, à l’Eurovision, ceux qui sont en queue de peloton, qui n’ont obtenu que quelques points, n’ont aucune chance de finir en tête du classement. Eh bien à la présidentielle, c’est la même chose. Les candidats qui sont à 1, 2, 3 ou 5% dans les sondages n’ont pratiquement aucune chance de jouer les premiers rôles le jour de l’élection.

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