Julien Bayou (à gauche) et Yannick Jadot s'opposent sur les alliances que doit nouer Europe-Ecologie Les Verts pour les municipales, en mars prochain.
Julien Bayou (à gauche) et Yannick Jadot s'opposent sur les alliances que doit nouer Europe-Ecologie Les Verts pour les municipales, en mars prochain.
Julien Bayou (à gauche) et Yannick Jadot s'opposent sur les alliances que doit nouer Europe-Ecologie Les Verts pour les municipales, en mars prochain.  ©AFP - Geoffroy Van der Hasselt
Julien Bayou (à gauche) et Yannick Jadot s'opposent sur les alliances que doit nouer Europe-Ecologie Les Verts pour les municipales, en mars prochain. ©AFP - Geoffroy Van der Hasselt
Julien Bayou (à gauche) et Yannick Jadot s'opposent sur les alliances que doit nouer Europe-Ecologie Les Verts pour les municipales, en mars prochain. ©AFP - Geoffroy Van der Hasselt
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Résumé

Derrière les hésitations d'Europe-Ecologie Les Verts, une question : le parti doit-il rester ancré à gauche ?

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En apparence, c'est une question de politicaillerie assez parisienne. Mais c'est bien plus que cela. 

D'abord, un petit résumé de la situation. Le candidat écologiste à Paris, David Belliard, a proposé aux autres prétendants de faire alliance autour d'un contrat écolo - en somme, une main tendue à tous ceux qui revendiquent une sensibilité "verte". 

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Cette main tendue, Cédric Villani l'a saisie. Le grand mathématicien, député, candidat macroniste dissident, en rupture avec l'appareil de La République en marche, se dit d'accord pour une alliance. 

Mais sur ces entrefaites, le patron du parti Europe-Ecologie Les Verts, Julien Bayou, ferme la porte. En substance : « Pas question, pas d'accord avec Villani, c'est un macroniste ».  

Voilà comment de la main tendue, on est passé au majeur dressé : Villani n'a qu'à aller chercher des alliés ailleurs. 

Dernier coup de théâtre, hier, Yannick Jadot, l'eurodéputé écolo, qui a obtenu le bon score de 13% aux dernières européennes, contredit le chef de son parti. C'était hier sur BFM TV : 

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Alors pendant ce temps, Cédric Villani reste mutique, tel l'amoureux éconduit qui garde espoir. 

Mais cette affaire dépasse de beaucoup la vaudeville parisien ; le Labiche des postulants à l'hôtel de ville. Il y a derrière cette algarade une question de fond. 

Les écologistes appartiennent-ils à la gauche ? Ou bien sont-ils désormais une force indépendante, une "matrice", comme l'envisage le politologue Jérôme Fourquet, c'est-à-dire une vision du monde, qui s'affranchit du clivage gauche-droite ? 

Question corollaire : Europe Ecologie-Les Verts se définit-elle comme anti-capitaliste - ou a minima comme décroissante ? 

Ou bien le parti postule-t-il que la sauvegarde de la planète peut s'accommoder voire s'aider du capitalisme, avec la course à l'innovation, le progrès technique qui peuvent y concourir ? 

Question vaste et difficile, qui mêle les idéaux, les convictions philosophiques et les stratégies électorales. 

Historiquement, c'est la première option (celle de la gauche), qui a irrigué le parti des Verts en France.

C'est moins le cas ailleurs ; il suffit de penser à l'Allemagne, où les Grünen participent à des coalitions régionales avec les conservateurs. Et plus encore à l'Autriche, où les Verts viennent de former un gouvernement commun avec Sebastian Kurz, le chancelier qui se situe à la droite de la droite. 

Cette controverse charrie quelque chose de Kantien, des interrogations sur la pureté de l'action et de ses objectifs. Vaut-il mieux gagner avec des alliés imparfaits ou rester dans l'opposition avec la satisfaction de ses idéaux ? 

En réalité, la scène de ménage à laquelle nous venons d'assister n'est qu'une répétition générale. Puisque les Verts ont le vent en poupe, qu'ils sont en capacité de peser dans de nombreuses villes, ce dilemme va se poser un peu partout. 

Un exemple à Bordeaux, où l'alliance de la gauche menée par les écolos est créditée de 30%. Pour battre la droite et le successeur d'Alain Juppé, EELV peut-elle négocier avec le candidat En Marche ? Ou est-ce inimaginable ? Cette question se déclinera dans des dizaines de villes. 

Voilà qui promet de beaux débats entre les sections locales et l'appareil national, des allers-retours d'arguments et de contre-arguments.   Voici au moins des allers-retours qui n'émettent pas de gaz à effet de serre. C'est toujours ça.

Frédéric Says

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