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Résumé

Quelles ressemblances entre François Mitterrand en 1994, Jacques Chirac en 2006 et François Hollande en 2016 ?

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Ce fut sans doute, samedi soir, la meilleure prestation de François Hollande en 5 ans de vœux présidentiels. Gestuelle affirmée, voix posée, bilan revendiqué : le chef de l'Etat a donné l'impression de s'être enfin libéré, depuis sa décision de ne pas se représenter. Il a su vanter son action, dessiner son empreinte, sans pour autant tomber dans le syndrome Néron : "Ah, quel président périt avec moi !"

Seules ce tic de langage du redoublement du sujet ("La France elle a...", "la France elle fait..."), dont François Hollande ne s'est jamais départi, a un gâché l'exercice. Tout comme les fautes d'orthographe flagrantes dans les tweets de l’Élysée qui relayait l'allocution présidentielle.

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Les voeux du 31 décembre ont été institutionnalisés en 1960 par le Général de Gaulle, comme l'a relevé l'Atelier du Pouvoir. Il est intéressant de comparer ces ultimes vœux d'un président qui s'en va à deux de ses prédecesseurs dans le même cas : les derniers vœux de François Mitterrand le 31 décembre 1994. et ceux de Jacques Chirac le 31 décembre 2006.

Quels sont les points communs dans ces derniers vœux à l’Élysée ?

Il y a d'abord un testament politique, pour l'histoire, qui montre qu'à défaut d'avoir repoussé les périls, le président les a au moins identifié. Ici François Hollande emprunte davantage à Jacques Chirac, dans sa mise en garde contre les tourments de l'Histoire :

Testaments / J. Chirac / F. Hollande

24 sec

Ce dernier rendez-vous, les yeux dans les yeux avec les électeurs, permet de mettre des mots plus personnels, sur cette relation singulière, presque d'un couple, avec l'onction du suffrage universel. Ici, c'est plus de François Mitterrand que l'actuel président s'est inspiré :

Mots personnels / Mitterrand / Hollande

23 sec

On pourrait presque déceler une once de regret dans les mots de François Hollande...

Il y a aussi des évolutions notables dans les thèmes abordés. Par exemple, sur la construction européenne...

Oui, il est frappant de voir à quel point en 3 décennies, le ton vis à vis de la construction européenne a changé. L'Europe est cité comme le plus grand espoir par François Mitterrand...

F. Mitterrand et l'Europe

8 sec

La construction européenne est aussi citée par Jacques Chirac, avec un peu moins d'enthousiasme, la défaite au référendum de 2005 est passée par là :

J. Chirac / Europe

12 sec

Et chez François Hollande, l'Europe est quasi absente du discours. Le président sortant ne peut pas être soupçonné d'euroscepticisme, lui l'ancien président du club Témoins de Jacques Delors, mais signe de l'époque, traduction des désillusions successives, c'est le concept de souveraineté qui est mis en avant.

F. Hollande / Souveraineté

10 sec

La souveraineté et la construction européenne qui ne sont d'ailleurs pas forcément contradictoires, mais les mots pour le dire trahissent la difficulté qu'il y a désormais à vanter l'Europe dans un discours politique.

Dans ces allocutions très formelles, où l'on fait le bilan de l'année, on note au fil des époques des thèmes qui apparaissent, bien sûr comme le développement du web :

L'Internet / J. Chirac

21 sec

On passe de l'essor de la souris, ou plutôt du mulot comme le disait Jacques Chirac, au danger de l'uberisation chez François Hollande. Dernier changement, médiatique celui-là, Ecoutez :

Voeux / Commentaires en plateau

10 sec

En visionnant ces archives, on est tout surpris qu'il n'y ait même pas un commentateur en plateau, à la fin des vœux, pour tirer dans l'instant et sans recul la substantifique moelle de la parole présidentielle. Mais c'était avant les chaines d'info en continu.

Références

L'équipe

Frédéric Says
Production