Le livre d'Emmanuel Macron "Révolution", ici dans une librairie de Guyane, le 20 décembre 2016.
Le livre d'Emmanuel Macron "Révolution", ici dans une librairie de Guyane, le 20 décembre 2016.
Le livre d'Emmanuel Macron "Révolution", ici dans une librairie de Guyane, le 20 décembre 2016. ©AFP - Jody Amiet / AFP
Le livre d'Emmanuel Macron "Révolution", ici dans une librairie de Guyane, le 20 décembre 2016. ©AFP - Jody Amiet / AFP
Le livre d'Emmanuel Macron "Révolution", ici dans une librairie de Guyane, le 20 décembre 2016. ©AFP - Jody Amiet / AFP
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Résumé

A chaque quinquennat sa langue ou plutôt sa "novlangue" ! Dans celle utilisée par les marcheurs et souvent faite d'anglicismes, on retrouve souvent deux substantifs bien français : la révolution et le quotidien.

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La Révolution de notre quotidien !  

Ces deux noms s'accordent très bien pour résumer la promesse d'Emmanuel Macron et de ses ministres. Ils entendent s'atteler à que ce qui vous arrive quotidiennement, tous les jours, va changer, va connaître une révolution.  

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Emmanuel Macron avec Laurent Delahousse : "révolution profonde"

4 sec

Et comme "on est bien dedans" comme le suggérait le journaliste Laurent Delahousse, il est important de le répéter. C'est performatif. Emmanuel Macron réaffirme qu'il fait ce qu'il a dit. Peut-être se dit-il qu'en se répétant aussi, cela finira par se produire. C'est ainsi qu'il étiquette chacune de ses actions. C'est comme si vous colliez "PROMOTION" en rouge sur un produit au supermarché. Là, vous collez "RÉVOLUTION" à peu près partout.  

Emmanuel Macron lors de ses voeux aux armées à Toulon le 19 janvier 2018

9 sec

Qu'Emmanuel Macron s'adresse ici à des militaires à Toulon ou à des agriculteurs à Clermont-Ferrand, ce substantif "révolution" revient régulièrement dans ses discours. Et comme tout élément de langage, l'ensemble du gouvernement reprend le terme comme hier après-midi, le ministre de l'intérieur Gérard Collomb.  

Gérard Collomb présente la "Police de Sécurité du Quotidien" le 8 février 2018

10 sec

Gérard Collomb, parmi les premiers convaincus du macronisme et parmi les plus assidus aussi, reprend les mots de son patron. "Révolution" et "quotidien", en nommant cette nouvelle police, la "Police de Sécurité du Quotidien" (PSQ). Carton plein ! 

Hier encore, on nous expliquait que la Loi de Programmation Militaire (LPM) présentée en conseil des ministres visait principalement "à améliorer le quotidien des militaires". Quand il est question d'un projet de loi autour des transports, la ministre Elisabeth Borne préfère parler de réforme de la "mobilité du quotidien". 

Quotidien et révolution, la révolution de votre vie de tous les jours est promise tous les jours ! Tout à l'heure dans la matinée, Edouard Philippe et sa ministre du travail Muriel Pénicaud présenteront - je cite le communiqué de presse - "les principaux axes de la transformation de l'apprentissage". Ici, un autre substantif, "transformation" remplace de temps en temps "révolution"... mais qui n'est jamais très loin. Il n'y a qu'à lire les interviews de Muriel Pénicaud sur ce sujet, elle promet une "révolution copernicienne" sur l'apprentissage. 

Nous assisterions donc ni plus, ni moins qu'à un bouleversement des théories, comme quand Copernic affirmait contre tous que la terre tourne bien autour du soleil. C'est ça la révolution copernicienne. Emmanuel Macron utilisait l'an dernier cette même expression pour parler de sa réforme du travail.  Ce serait donc à tous les étages et dans tous les champs de nos vies, et dans nos vies de chaque jour, dans nos vies du quotidien. 

L'écrivain Georges Orwell qui inventait dans 1984 la "novlangue" disait aussi dans un essai de 1946 :

Penser clairement est un premier pas vers la régénération politique. 

Il avait le sentiment de vivre à une époque où la langue se dégradait, ce qui rendait plus difficile de décrire honnêtement la réalité. 

30 min

Il mettait en accusation le flou qui dissimule la pensée, la tendance au slogan qui tend à imposer des idées fausses par la simple répétition, en résumé l'usage malhonnête des mots. Il sera temps de juger sur pièce dans 4 ans.

Références

L'équipe

Frédéric Says
Production