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- ©Getty - Tommy
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Résumé

Et comment sortir de la violence qui gangrène la sphère publique ?

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C’est une image qui restera. Sur la vidéo tournée sur un téléphone, l’on voit un député, face à une foule hostile. Il agite les mains, comme pour calmer la colère. Mais très vite, il reçoit des projectiles, et tente de rester imperturbable, malgré l’agression. 

La scène se passe à Saint-Pierre-et-Miquelon. Le député se nomme Stéphane Claireaux. Ce jour-là, samedi dernier, il est pris à partie par des manifestants anti-passe sanitaire. Les projectiles sont des algues et des pierres. Et l’agression se passe devant chez lui. 

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Effet de choc, jusqu’à l’Assemblée nationale. Hier, pour protester, les présidents de tous les groupes parlementaires, majorité et oppositions, ont fait leur entrée ensemble, groupés dans l’hémicycle. Un symbole de concorde. Derrière les images spectaculaires de Saint-Pierre-et-Miquelon, se dresse hélas le constat d’une banalisation de la violence contre les élus. 

Toutes ne sont pas filmées, toutes ne sont pas médiatisées. Il suffit pourtant de lire la presse locale. Les exemples se comptent par dizaines : tel député a vu sa permanence dégradée, tel maire a vu sa voiture brûlée, telle candidate a vu son nom injurié par graffiti interposés. 

L’information suivante est passée relativement inaperçue : en novembre dernier, l’Assemblée nationale a nommé une référente spécialisée dans les menaces de mort.   C'est-à-dire qu’il existe aujourd’hui en France une fonctionnaire dont le rôle est d’écouter et de conseiller les parlementaires face aux menaces de mort. 

Sait-on comment expliquer cette violence politique qui s’exacerbe ces temps-ci ? 

Effectivement, elle n’est pas neuve. 

L’hémicycle de l’Assemblée nationale a été le théâtre des pires injures personnelles. Les meetings finissaient parfois en affrontements physiques. Et jadis nombre de parlementaires ont réglé leurs différends en duel armé.

Mais justement, tout doit être fait pour éviter une régression des mœurs démocratiques. D’autant qu’à la faveur des réseaux sociaux, l’injure et la diffamation se fixent, s’ancrent et s’amplifient.

A l’évidence, le moment que nous vivons est particulier, par la conjonction de trois phénomènes : la campagne présidentielle, qui alimente la nervosité ambiante. Le débat sur le passe vaccinal, qui mobilise des communautés d’ultras. Et de manière plus structurelle, la désacralisation de la politique et du personnel politique, à laquelle nous assistons depuis plusieurs années, et qui s’est concrétisée par une gifle au président de la République lui-même, il y a un peu plus de six mois. 

Mais alors que faire ? 

Renforcer les sanctions, elles l’ont déjà été, elles peuvent l’être encore. Miser sur l’exemplarité des responsables politiques, aussi. Il y a une semaine, deux députés ont failli en venir aux mains dans l’hémicycle. Il est ensuite difficile de protester contre la violence. 

Bannir aussi les propos violents : le mot “emmerder” était-il le mieux choisi dans la bouche présidentielle pour apaiser la situation ? Sans doute pas. 

La justification de la haine contre les journalistes, avant-hier par Eric Zemmour, attise aussi le feu. Tout comme les injures de Jean-Luc Mélenchon contre des reporters de France Info, traités je cite d'“abrutis” et de “menteurs” après une enquête sur la campagne 2017. “Pourrissez-les partout où vous le pouvez”, avait intimé le dirigeant insoumis à ses partisans. Propos pour lesquels il a d’ailleurs été condamné en justice pas plus tard qu’hier. 

Alors il convient de retrouver de la sérénité. D’échanger sur le fond. De se refaire une santé démocratique. 

La généralisation de la violence politique n’a pas seulement pour effet d’hystériser le pays. Elle le fatigue également. Effet collatéral : cette fatigue démocratique pousse les maires à refuser de s’engager. A ne pas offrir leur parrainage à des candidats, par peur de réveiller les clivages dans leur commune. 

D’ailleurs, la présidentielle crée un miroir déformant sur la vie politique. La présidentielle, ce sont des kyrielles de candidats prêts à tout pour prendre le fauteuil. Une image en décalage. La réalité des autres élections, c’est plutôt une démotivation, une crise des vocations. 

Avec, dans certains territoires, des difficultés à boucler les listes aux scrutins locaux. Ce qui pose un enjeu moins visible, mais pas moins majeur : demain, qui s’occupera de la démocratie du quotidien ?

Références

L'équipe

Frédéric Says
Production