Le général De Gaulle s'adresse aux français, deux jours après le putsch des généraux à Alger ©AFP
Le général De Gaulle s'adresse aux français, deux jours après le putsch des généraux à Alger ©AFP
Le général De Gaulle s'adresse aux français, deux jours après le putsch des généraux à Alger ©AFP
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Résumé

Depuis plusieurs jours, une tribune de plusieurs centaines de militaires dont vingt-cinq généraux à la retraite suscite la polémique. Ils en appellent à un sursaut national et envisagent "l'intervention de leurs camarades d'active" pour enrayer le "délitement du pays".

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Ce ne sont apparemment pas les militaires qui auraient choisi la date du 21 avril pour publier leur tribune appelant à un sursaut national. Cette tribune était parue quelques jours plus tôt, le 14 avril, sur le site internet "place d’armes" et c’est le journal Valeurs Actuelles qui l’a reprise et publiée sur son site internet le 21 avril, mercredi de la semaine dernière, lui donnant ainsi une forte valeur symbolique. 

Cette date du 21 avril a beaucoup été commentée et a suscité de très vives réactions, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat nous dit le Canard Enchaîné ce matin.

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Et si la concordance entre cette date et la publication de cette tribune inquiète, c’est qu’elle nous ramène soixante ans en arrière, au tout début de la cinquième République, au 21 avril 1961 précisément, quand quatre généraux d’armées, Jouhaud, Salan, Challe et Zeller conduisirent un putsch et prirent le contrôle d’Alger pour s’opposer à ce qu’ils qualifièrent alors de "politique d’abandon de l’Algérie" du général de Gaulle.

Deux jours plus tard, De Gaulle prît la parole et dénonçât un coup d'Etat :

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Il fallût alors quelques jours au Général de Gaulle pour reprendre le contrôle de la situation et mettre un terme à la sédition.

Cet épisode eût un rôle non négligeable dans la redéfinition des rapports de force entre pouvoir civil et militaire. Il consacrât de fait la prééminence de l’autorité politique sur le commandement militaire et la soumission de l’armée au pouvoir civil qu’instituaient les toutes jeunes institutions de la Vème République. En effet, l’article 15 de la constitution dispose que "le président de la République est le chef des armées" et donc que les militaires lui obéissent.

C’est donc cette hiérarchie que semble contester la tribune des militaires. Leurs auteurs, des généraux en retraite, en appellent en effet à un sursaut du pouvoir politique et envisagent "l’intervention de leurs camarades d’active" pour enrayer le "délitement" de la société et protéger les "valeurs civilisationnelles" de la "nation" française. Autrement dit, ils envisagent une prise du pouvoir par les militaires, comme il y a 60 ans. 

C’est nécessairement susceptible d’inquiéter une grande majorité de citoyens français. Car si l’on consulte le dernier baromètre de la confiance politique publié par le CEVIPOF, le centre de recherches politiques de Sciences Po, on peut lire que 84% des personnes interrogées considèrent comme une bonne chose le fait de vivre en démocratie et que 20% d’entre elles, seulement, verraient d’un bon œil que l’armée dirige le pays.

Cette tribune suscite la polémique car Marine Le Pen apporte son soutien aux militaires

Marine Le Pen a apporté son soutien à cette tribune vendredi dernier, deux jours après sa publication par le journal Valeurs Actuelles. Elle a même appelé les signataires à la rejoindre.

La raison en est, d’une part, que ce que dit cette tribune correspond en partie au discours que tient le Rassemblement National. Les signataires évoquent le "délitement du pays" menacé par "l’islamisme, les hordes de banlieues et un certain antiracisme". Ça permet aussi à Marine Le Pen de poursuivre le procès en laxisme sur le plan régalien qu’elle fait au président de la République. Et il y a peut-être aussi une dimension symbolique. Car le 21 avril ne commémore pas seulement le putsch d’Alger mais également l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002. Le journal Valeurs Actuelles ne pouvait pas méconnaitre cette autre référence historique quand il a choisi de relayer cette tribune ce jour-là précisément.

Depuis la polémique s’est emballée. La ministre des armées, Florence Parly, a rappelé les militaires à leur devoir de réserve et les a menacés de sanctions. Marine Le Pen a réitéré son soutien aux signataires qui, eux, ont pris leur distance et dénoncé une tentative de récupération politique. 

Le passé du Front National a resurgi, notamment les liens de son père, Jean-Marie, avec l’Algérie et les doutes sur l’attachement de cette formation politique, et donc de sa présidente à la République et à la démocratie.

C’est d’ailleurs tout le sens des propos qu'aurait tenus Emmanuel Macron, hier matin, et que rapporte le Canard Enchaîné, ce matin. "Le RN est toujours le FN" malgré la dédiabolisation, aurait dit le président. Et Marine Le Pen, selon lui, dévoilerait son "vrai visage, celui des milices et des putschistes".  

Cette affaire est donc devenu l’objet d’une joute et de drôles de jeux politiques dont on a du mal à bien comprendre les tenants et les aboutissants. En tous cas, ils témoignent qu’à un an de la présidentielle, une bataille est engagée, pas sur le plan militaire mais sur le plan politique, qu’elle vise à discréditer l’adversaire et que tous les coups semblent être permis. 

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Stéphane Robert
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