Bruno Le Maire,  Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet
Bruno Le Maire,  Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet  ©AFP - LIONEL BONAVENTURE
Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet ©AFP - LIONEL BONAVENTURE
Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet ©AFP - LIONEL BONAVENTURE
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Entrée au Panthéon des formules creuses de candidats en campagne, cette expression traduit la pauvreté du débat politique. Et la défiance des citoyens à son égard.

Peu à peu cette expression s’est installée sur le podium des formules creuses de campagne, au Panthéon des éléments de langage 2016... Difficile de lire une interview, d’assister à un meeting, sans qu’elle ne fasse son apparition :

"Tout dire avant tout faire après" - billet politique

14 sec

Par ordre d'apparition, Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet. Arnaud Montebourg et Alain Juppé l'emploient aussi fréquemment.

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Alors il n’est pas ici question de remettre en cause l’intention louable de sincérité ou de volontarisme. Personne ne préfère la promesse de « ne rien dire avant pour ne rien faire après » - promesse fort peu fréquente il est vrai.

"Tout dire avant pour tout faire après", cette phrase est trompeuse parce qu’elle a toute l’apparence du bon sens politique : évidemment la campagne sert à présenter un programme, l’élection sert à lui conférer l’onction des urnes ; même si par parenthèse le mandat impératif n’existe pas en France, il n'y a pas l'obligation légale pour un candidat de mener une action prédéfinie à laquelle elle ne peut déroger.

Ce qui est intéressant avec cette mode lexicale, c’est de savoir ce qu’elle recouvre, et pourquoi elle apparaît maintenant. Tout dire avant pour tout faire après : la formule s’emploie souvent pour se démarquer du quinquennat sortant. Il est vrai que François Hollande n’avait pas verbalisé la politique de l’offre qu’il allait conduire - les allégements de cotisations pour les entreprises. A l’inverse, le traité européen devait être renégocié, ce qu’il ne fut pas.

Cette expression prospère donc sur le terreau du flou, de l’ambiguïté, et parfois des changements de pied de l’actuel président. La formule est donc avant tout "anti-Hollandaise", si l’on peut dire, tout comme l’expression « Président normal » était hier anti-Sarkozyste.

Proclamer que l’on va tout dire avant pour tout faire après, c’est aussi acter que la part de rêve est morte en politique. Tout est d'ores et déjà couché sur le papier, calibré, chiffré. "Les mesures se tiennent les unes aux autres", semblent dire les candidats, et elles s’appliqueront de manière implacable, presque mécanique. Cela correspond à l’air du temps : celui qui promet un rêve, une aspiration collective est forcément un peu suspect. Dans un pays largement convaincu de son déclin, et en proie à la dépression, il y a l’idée qu’il vaut mieux proposer des remèdes de cheval plutôt que des paroles encourageantes… Comme si la dureté des solutions proposées étaient un gage de bon diagnostic et donc de crédibilité.

S'ils ne craignent pas les clichés éculés, les candidats ajoutent généralement que la « France est à la croisée des chemins », ou que c’est « l’élection de la dernière chance ».

Cette expression répond aussi aux accusations d'impuissance politique...

Oui, avec l'idée que si le responsable politique dit vraiment tout avant, c’est qu’il va vraiment tout faire après. D’ailleurs, vous avez remarqué, désormais on ne présente plus un programme, notion qui semble devenue désuète… mais un contrat, un pacte, une plateforme, forcément plus modernes.

Il y a peut-être aussi dans l’utilisation de cette expression "tout dire avant pour tout faire après" un semblant d’autocritique, de regret postérieur. Observons qui l’emploie le plus : Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Tous deux n’ont pourtant pas toujours appliqué cette maxime. La réforme des retraites de 2010 n’avait ainsi jamais été évoquée par Nicolas Sarkozy lors de la campagne de 2007. Quant à Alain Juppé, il fut le premier ministre droit dans ses bottes après avoir porté avec Jacques Chirac une campagne contre la fracture sociale.

Cette expression « tout dire avant pour tout faire après », est aussi mensongère sur l’exercice du pouvoir…

Oui, car si la situation change, il serait donc interdit de changer ses plans ? Il faudrait en rester strictement fixé à des programmes écrits deux, trois, quatre ans auparavant ? Pourtant, pour ne prendre que quelques exemples, le Printemps arabe a rendu obsolètes toutes les stratégies diplomatiques des années 2000, la crise financière a rendu inepte les certitudes établies par temps calme sur les marchés, le terrorisme a rendu caduc les plans de réduction budgétaire dans l’armée, et on en passe.

Alors, c'est vrai, l’expression « tout dire avant pour tout faire après » sonne bien, elle est rassurante, elle a un petit côté « contrat de confiance ». Mais les candidats qui l’utilisent, à supposer qu’ils tiennent parole, se condamnent en fait à une forme d’obsolescence programmée.

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