France Culture
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Résumé

Le parti de Marine Le Pen se fait volontairement discret pour pouvoir saturer les écrans au mois de janvier, en vertu de l'équité des temps de parole.

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Encéphalogramme médiatique plat. Hormis le service minimum pour commenter l’élection de François Fillon, qualifié d'"ultra-libéral", les prises de parole sont rares. Au moment où la droite et le PS guerroient pour choisir leur candidat, le FN choisit la discrétion. Pendant que les autres se fauchent, Marine Le Pen moissonne : elle est en ce moment en tournée dans l'océan indien, pour présenter ses propositions pour les Outre-mers.

Sa dernière apparition médiatique longue remonte au 22 novembre sur la télévision américaine CNBC. Marion Maréchal-Le Pen, elle, s'est décommandée de l’"Émission politique" sur France 2. Les leaders frontistes déclinent quasiment toutes les invitations. Il s'agit d'une stratégie concertée. Pour l'expliquer, il faut entrer dans la réglementation des temps de parole médiatiques.

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Le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) impose une équité entre les candidats sur la période qui va jusqu'au 31 janvier (ensuite, les règles changent, car on entre de plain-pied dans la campagne).

Or, avec l'actuelle surexposition de la droite (à cause des primaires), la surexposition du PS (à cause des divisions), et la sous-exposition (volontaire) du parti de Marine Le Pen, un rééquilibrage sera nécessaire.

Pour rétablir l'équité, les antennes des télévisions et des radios seront obligées, en janvier, d'inviter massivement des responsables du Front national.

Le FN thésaurise donc son "droit de tirage" médiatique pour l'utiliser dans la dernière ligne droite. Stratégie imparable. A tel point que France Télévisions a protesté auprès du CSA, il y a quinze jours. Réponse du Conseil : les refus de participer à des émissions pourraient être pris en compte dans l'évaluation finale des temps de parole. Rafistolage précaire. Mais difficile de faire autrement, face à cette situation non-prévue...

C’est tout le paradoxe : le parti politique qui a longtemps dénoncé la censure médiatique à son égard... l’organise désormais lui-même.

Le Front national joue avec les règles, certes, mais à quelques exceptions près, les organes de presse parlent peu du FN en ce moment. Comment l'expliquer ?

Oui, même si les ténors du parti refusent de s'exprimer, il y aurait beaucoup de sujets à interroger. C'est même précisément quand un parti ne veut pas faire parler de lui qu'il est intéressant de le mettre sous la lumière, de refuser qu'il nous impose son agenda - ou plutôt son non-agenda...

Sur le FN, les sujets ne manquent pas : le programme encore inconnu, les liens avec la Russie, les contradictions économiques entre le FN du Nord (étatiste), et de FN du Sud (libéral), l'absence de primaire... Tout cela pourrait être interrogé. Comment expliquer que ce soit si peu le cas ?

Il y a d'abord un phénomène d'hypnose avec la primaire de la droite : c'est une série avec ses rebondissements, ses acteurs, et ses drames. Une série clé en main, facile, à peu de frais.

Il y a peut-être aussi l'idée que ce genre d'enquêtes est contre-productif, qu'elles participeraient d'une "diabolisation" dont se plaignent ensuite les leaders du parti.

Enfin, peut-être y a-t-il une forme de découragement chez les journalistes. L'élection américaine récente l'a montré, les articles de fact-checking, de vérification des faits, ne semblent pas avoir d'impact majeur. Les éléments factuels étant devenus des vérités relatives, ces articles n'ont convaincu que ceux qui étaient déjà convaincus. Alors à quoi bon ?

De cela, le Front national tire parti : il peut choisir les moments où il devient invisible et les séquences où il se surexpose. Avant d’écrire ce billet, nous avons bien sûr contacté plusieurs responsables du FN pour qu’ils s’expriment. Ils n’ont pas souhaité répondre… CQFD.

Références

L'équipe

Frédéric Says
Production