Quand viendra-t-elle, la "possibilité de gauche" ?

France Culture
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La situation économique du pays est bien trop grave, bien trop préoccupante, pour qu’on envisage un seul instant de se hasarder à la livrer à une politique de gauche ! Disant cela, je ne suis pas en train de vous livrer le fond de ma pensée, non. Mais c’est probablement ce constat de l'inefficience de la gauche par temps de crise qui caractérise le mieux, de François Hollande à la fois la politique menée depuis 2012, et les nouvelles intentions, annoncées pour 2014.

Car à bien analyser, de manière objective, les mesures économiques prises par le gouvernement depuis bientôt deux ans, et, sauf “tournant dans le tournant” à bien voir venir le pacte de responsabilité qui sera détaillé cet après-midi lors de la conférence de presse du Président de la République, on constate, au delà du débat sur la définition de la social-démocratie, qu’on a une nouvelle fois remisé la gauche à plus tard. Et peut-être du même coup, à jamais…

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Car François Hollande est en train de consigner, et ça ne date pas de ses voeux aux français, le 31 décembre dernier, qu’une politique économique de gauche, c’est éventuellement pour quand ça va bien : “Oui oui, croyez-moi, je suis de gauche, et j'aurai l'occasion de vous le démontrer... un de ces jours".

On s’en souvient d’ailleurs : lors de la campagne présidentielle, il avait théorisé le quinquennat en deux temps. Redresser d’abord, par une austérité expliquée, et redistribuer ensuite. A l’époque, le consensus qui avait fait tenir le Parti Socialiste là-dessus, reposait en partie sur un calendrier que tout le monde espérait resserré : inversion de la courbe du chômage en 2013, croissance repartant à la hausse en 2014, puis redistribution dans le budget 2015.

Evidemment, plus personne ne croit à cet échéancier.

A supposer que la baisse des charges des entreprises, la baisse des dépenses publiques, la chasse aux abus à la sécu, la flexibilité dans le travail... A supposer que toutes ces mesures d’inspiration libérales qui seront détaillées aujourd’hui conduisent un jour à une “possibilité de gauche”, il faudra tellement de temps que de redistribution il n’y aura point pendant ce mandat. De perspectives de gauche encore moins.

Et ça offusque qui ? Bien peu de monde en vérité. Les signataires de la motion minoritaire au PS “Maintenant la gauche”, qui faisaient mine de s’inquiéter hier, mais pas trop fort. Ce qu'il reste du Front de Gauche. La gauche radicale, et quelques électeurs abandonnés.

Comme si une très grande partie de l’électorat et de l’opinion s’était résolue à croire que la gauche, c’est soit pour la gestion locale, soit par temps calme. De fait, sous la Vème République, les dernières mesures socio-économiques de gauche remontent aux années Jospin : la prime pour l’emploi, la réduction du temps de travail. Avant il y avait eu le RMI sous Rocard. En 81 : l’impôt sur la grande fortune, et quelques nationalisations vite oubliées. C’est vrai qu’à l’époque, la crise n’était pas si aiguë.

Depuis, qu’on le regrette comme Gérard Filoche et Emmanuel Maurel, ou qu’on s’en félicite comme Pierre Gattaz, on est bien obligés de reconnaître qu'il n'y a plus rien ! Que la gauche de combat reste à mettre en pratique.

Et c’est manifestement pas cet après-midi que ça va se faire...

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