Retour vers le futur : sauvageon et racaille

France Culture
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Dans ce billet politique, Ludovic Piedtenu parle de transgression chez les politiques. Nouvelle marque des populistes. Ou l'on reparle en 2016 de racaille et de sauvageon, un mot repris par le Ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve qui lui vaut la colère de la droite qui réclame sa démission.

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Il a suffi d'une attaque sur des policiers à la Grande Borne en région parisienne et en l'espace de quelques jours, nous sommes revenus successivement en 1998 et en 2005.

sauvageon VS racaille

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3 ministres de l'Intérieur : Jean-Pierre Chevènement, Bernard Cazeneuve et Nicolas Sarkozy. Des sauvageons à gauche ou de la racaille à droite.

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"Sauvageon versus racaille : voilà la différence entre une politique de gauche et une politique de droite en matière de sécurité et elle n'est pas mince" - Blog de Jean-Pierre Chevènement quelques semaines avant le 1er tour de la Présidentielle de 2007.

Ces termes ont à chaque fois crée la polémique et reviennent depuis à l'orée des campagnes électorales majeures. Avant eux, en 1986, Charles Pasqua voulait "terroriser les terroristes". C'était encore un autre registre mais il semble délicat quand on occupe la Place Beauvau de ne pas tomber dans l'excès. Le socialiste Julien Dray avait en 2005 une explication au mot "racaille" que venait d'employer Nicolas Sarkozy.

Julien Dray en 2005 réagit au mot racaille

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L'excès de langage viserait donc à masquer l'absence de résultats. Très exactement 11 ans après cette scène de La Courneuve, François Fillon, candidat à la primaire de la droite, ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, le dit cette semaine de la même façon :

"On connaît son discours sur le sujet mais l'efficacité, on la connaît moins. Ce dont la France a besoin c'est de sérénité, c'est d'être gérée avec fermeté mais avec calme" - François Fillon, octobre 2016

Faut-il voir dans la transgression une nouvelle ligne de démarcation ?

Il n'est plus question en effet de droite ou de gauche mais d'outrance ou de modération. On pense évidemment outre-atlantique à Donald Trump. Mais revenons en France, en 2005, pour défendre Nicolas Sarkozy, l'ancien député de Seine-Saint-Denis, ancien ministre de la ville, Eric Raoult expliquait : "il n'a pas utilisé des mots sociologiques mais des mots qu'on utilise au quotidien dans les quartiers." Il y une décennie, cette personnalité de droite opposait donc déjà un parler du bas à un parler du haut, comme il y avait en 2002 "la France d'en bas" de Jean-Pierre Raffarin. Et aujourd'hui, dans la campagne primaire de Nicolas Sarkozy, le discours anti-élites est plus affirmé.

"Quand j'ai dit "la racaille", c'est le petit monde parisien qui a été choqué, mais les Français, ils n'ont pas été choqués. Qu'est-ce que la transgression ? interroge-t-il. Moi je suis fier de ce que j'ai dit là." - Nicolas Sarkozy, juin 2016

Et au lendemain de cette attaque sur des policiers aux portes d'Evry, la ville du Premier ministre Manuel Valls, Nicolas Sarkozy embraye en ressortant la racaille au meeting du Zénith de Paris avant-hier soir. Et le pronom "on" qu'il utilisait à l'excès quand il était Président a cédé la place dans cette campagne aux pronoms "Nous" et "Eux".

"Eux" et "Nous" - Nicolas Sarkozy au Zénith de Paris le 9 octobre 2016

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Une guerre entre nous et eux. Là encore, c'est un vocabulaire sans nuance, marque de transgression chez les politiques. Nouvelle signature des populistes. Et dans cette campagne qui s'ouvre, ce devrait être éclairant tant on y assistera : dans cette nouvelle ligne de fracture entre le peuple et les élites se confondront, outres les outrances et la modération, le mensonge et la vérité.

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