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La démission hier de Jean-François Copé ne doit pas faire oublier tout ce qui s’est passé avant. Et en particulier ce qui s’est dit, dans les semaines qui ont précédé le cataclysme que vit actuellement l’UMP. Souvenez-vous des déclarations de Jean-François Copé, au moment des premières révélations, faites par Le Point, sur l’affaire Bygmalion, c’était le 27 février dernier : “C’est un coup monté de manière absolument ignoble. Il y a derrière cette affaire, un homme, Franz Olivier Giesberg, qui depuis des mois et des mois nous attaque, Nicolas Sarkozy et moi même, pour nous détruire”.

Ce mode de défense, on le connaît par coeur. Vieux réflexe atavique des politiques lorsqu’ils sont pris au dépourvu, ou la main dans le pot de confiture : c'est d’abord la faute aux journaistes. C’est d’abord une chasse à l’homme, un complot. Plus intéressante encore, au début de l’affaire Bygmalion, était la réaction de Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé. Il avait annoncé que FOG serait poursuivi pour diffamation ! C’est ce même Jérôme Lavrilleux, qui finalement, a changé son point de vue sur la presse, en quelques jours… et qui a trouvé bien pratique, lundi, de pouvoir aller faire pénitence sur le plateau de BFM TV. C’est bon, probablement, pour sa stratégie de défense, et pour son avenir.

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Parce que oui, c’est ça : ces salauds de journalistes ne devraient pas avoir d’autre mission que celle de servir de porte-voix, de porte-micros, de porte-stratégie. Quand on ne les accuse pas de rouler pour l’adversaire politique (comme l’a fait sans vergogne NKM pendant la campagne municipale à l’encontre d’une journaliste du Monde)... on les classe en “caste, qu’il faut mépriser” (celle là est de Jean-Luc Mélenchon). Ce sont des “chiens”, avait osé Mitterrand. Ils ont des “méthodes fascistes” (ça, c’était Xavier Bertrand, à propos de Médiapart, en 2010). Ce sont des “bobos horribles, tous biberonnés à l’ENA et à Sciences-Po”, insiste Marine Le Pen, qui déroule depuis longtemps sa stratégie, contre la presse.

Stratégie, qui est enfin expliquée de manière pédagogique, claire, et franche, dans le Point, cette semaine, par son nouveau directeur de cabinet : “on va vous marcher dessus, on va vous rentrer dans le lard, il faut vous écraser. Notre plan média est de vous attaquer à mort”. Ces propos sont de Philippe Martel, plus proche collaborateur, donc, de Marine Le Pen. Ils ont été recueillis par une journaliste du Point, et sont publiés cette semaine dans l’hebdomadaire.

Tout cela, est le signe d’un climat dégradé, et pas uniquement entre journalistes et politiques. Mais ça peut être aussi des signes avant coureur d’une situation catastrophique. Alors, “les journalistes ne sont pas toujours à la hauteur de l’idéal, peut-être”, mais “un monde sans journalistes serait un monde saturé de messages de communication, de propagande”. C’est ce qu’écrivait Christophe Deloire, le secrétaire général de Reporters Sans Frontières, dans une récente tribune, dans Libération. Elle était intitulée : “la virulence contre les journalistes ne fait pas une politique”. Certes, on s'en était rendu compte.

Mais elle semble avoir un tel écho dans l’opinion en ce moment, qu’elle a probablement de l’avenir.