Drapeau français flottant au dessus du palais de l'Elysée - 25 février 2022
Drapeau français flottant au dessus du palais de l'Elysée - 25 février 2022 ©AFP - Ludovic MARIN
Drapeau français flottant au dessus du palais de l'Elysée - 25 février 2022 ©AFP - Ludovic MARIN
Drapeau français flottant au dessus du palais de l'Elysée - 25 février 2022 ©AFP - Ludovic MARIN
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Depuis quelques jours, une expression est apparue pour décrire la forte progression d’Emmanuel Macron dans les sondages. On parle d’un “effet drapeau” pour expliquer le soutien des Français au président face à la menace que représente la guerre en Ukraine. Il perturbe la campagne présidentielle.

Depuis quelques jours, Emmanuel Macron a fait un bond spectaculaire dans les intentions de vote mesurées par les enquêtes d’opinion. Il est à 31, 32, 33% parfois, très loin devant tous ses concurrents pour l’élection présidentielle. La mieux placée dans ces enquêtes, Marine Le Pen, en deuxième position, ne dépasse jamais les 18%.

Une expression a récemment fait son apparition dans la bouche des observateurs et commentateurs de la vie politique pour nommer ce phénomène. Ils le qualifient d’ "effet drapeau", ce qui permet de décrire une forme de rassemblement politique autour du président à la faveur du déclenchement soudain de la guerre en Ukraine.

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Face à la menace d’un embrasement du conflit et d’un effondrement de l’économie, une sorte de regroupement s’opère autour de la figure du chef de l’Etat, celui-ci étant considéré à la fois comme le chef des armées et comme l’incarnation de la nation.

Cette locution est la traduction française d’une expression anglaise : “rally around the flag”, c'est à dire “rassemblement autour du drapeau”. Expression qui a permis de décrire aux Etats Unis le brusque regain de popularité des présidents américains au moment des grandes crises traversées par le pays.

Au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor, par exemple, en 1941, le soutien à Franklin D Roosevelt grimpât à 84%. Ce fût plus spectaculaire encore pour Georges W Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. 90% des Américains lui apportèrent leur soutien. "Rally around the flag", ça signifie qu’on fait corps autour du drapeau et de celui qui incarne l’unité nationale.

Plusieurs exemples d'effets drapeaux par le passé

Emmanuel Macron n’atteint pas ce niveau de soutien et d’approbation parce que la France n’est pas directement attaquée. Mais la menace est là et le phénomène qui s'exprime dans les sondages est bien réel. Le chef de l’Etat bénéficie d’un effet drapeau assez conséquent.

De nombreux Français semblent considérer qu’il joue son rôle et surtout qu’il est le seul à pouvoir faire face à la menace qui a brutalement surgi aux portes de l’Europe.

La France, également, a connu par le passé ce phénomène d’effet drapeau (même si à l’époque ce n’est pas le nom qu’on lui a donné). En 1914, par exemple, au lendemain de la déclaration de guerre à la France par l’Allemagne, le 4 août 1914, le tocsin a sonné dans toutes les communes et le président Raymond Poincaré en a appelé, dans un discours aux parlementaires, à l’ "Union sacrée". Et cette union s'est politiquement réalisée et a duré plusieurs années. Même les socialistes qui, à l’époque, étaient pacifistes ont approuvé cette union et la mobilisation générale. 

Ce fut la même chose au lendemain des manifestations d’extrême droite qui ont fait trembler la République en février 1934. La nation s‘est rassemblée et un gouvernement d’union nationale s’est constitué autour de Gaston Doumergue. Le Conseil National de la résistance, également, qui s'est constitué face à l’occupant nazi, est un exemple d’effet drapeau. “Rally around the flag”. Toutes les sensibilités politiques, ou presque, y étaient représentées.

En France, l’effet drapeau, face à une menace, se traduit la plupart du temps par une approbation et un soutien populaire puis par une union des forces politiques. La nouveauté aujourd’hui est que la menace a surgi en pleine campagne électorale. Il ne peut donc pas y avoir de réunion des forces politiques. Mais pas de confrontation non plus, à cause de l’effet drapeau.

La guerre en Ukraine est dans toutes les conversations. C’est un sujet de préoccupation omniprésent. Il est donc très difficile pour les candidats à la présidentielle de débattre et de confronter leurs idées ou leurs projets de société. Ils ne sont pas écoutés. 

Dans ces conditions, la campagne électorale n'existe plus. Elle est anesthésiée.

L'équipe

Stéphane Robert
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