Le nouveau gouvernement composé autour de la Première ministre, Elisabeth Borne, dans les jardins de l'Elysée le 4 juillet 2022 ©AFP - Ludovic MARIN
Le nouveau gouvernement composé autour de la Première ministre, Elisabeth Borne, dans les jardins de l'Elysée le 4 juillet 2022 ©AFP - Ludovic MARIN
Le nouveau gouvernement composé autour de la Première ministre, Elisabeth Borne, dans les jardins de l'Elysée le 4 juillet 2022 ©AFP - Ludovic MARIN
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Résumé

Le nouveau gouvernement dont la composition a été dévoilée ce lundi 4 juillet n’enregistre aucun ralliement, ni à droite, ni à gauche, et traduit par là même la grande fragilité politique dans laquelle se retrouve le président de la République.

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Sur les quarante-deux membres du nouveau gouvernement nommé hier, une vingtaine sont des nouveaux entrants, c’est à dire près de la moitié, et dix-sept d’entre eux n’avaient jamais exercé de responsabilité ministérielle. Pourtant, ce nouveau gouvernement ne laisse pas l’impression d’une grande nouveauté. Au contraire, il paraît être, à quelques ajustements près, une reconduction du précédent.

D’abord parce qu’il y a très peu de changements à la tête des ministères les plus importants. Bruno Le Maire est toujours ministre de l’Économie et des finances. Gérald Darmanin reste à l’intérieur et voit même son portefeuille élargi au ministère des outre-mer. Eric Dupont-Moretti est encore une fois confirmé comme garde des sceaux.

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Et concernant les autres grands ministères, un jeu de chaises musicales s’est opéré. Déjà lors de la nomination du premier gouvernement d’Elisabeth Borne, le 20 mai dernier, et encore une fois cette fois-ci.

Ce qui fait qu’on retrouve aujourd’hui à la tête du ministère des armées, Sébastien Lecornu, à l’agriculture, Marc Fesneau, à la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, aux relations avec le parlement, Franck Riester ou encore en charge du porte parolat, l’ancien ministre de la santé, Olivier Véran. Bref, que des têtes connues. Les ministères les plus importants de ce gouvernement sont occupés par des macronistes de la première heure déjà membres des gouvernements précédents.

Les seuls changements opérés l’ont été sous la contrainte. Il a fallu remplacer les ministres battus aux élections législatives, Amélie de Montchalin et Brigitte Bourguignon, respectivement remplacées par le maire d’Angers, Christophe Béchu, et un petit nouveau, François Braun. Mais pour le reste, si vous voulez apercevoir les nouveaux visages de ce gouvernement "Borne 2", il faut plutôt se tourner vers les ministres délégués et les secrétaires d’Etat, autrement dit vers les ministres de second rang.

Les alliés du président récompensés

Et quand on se penche vers ces ministres de second rang, on aperçoit une autre caractéristique de ce gouvernement : Emmanuel Macron a fait beaucoup de place à ses alliés. Le Modem de François Bayrou obtient quatre postes ministériels. Horizons, le parti d’Edouard Philippe, en occupe trois. AGIR, le petit parti de centre droit de Franck Riester, se voit confier deux ministères délégués. Même le parti radical valoisien, l’ancien parti de Jean-Louis Borloo, se voit attribuer un ministère délégué et un secrétariat d’Etat.

Il y a, donc, dans ce nouveau gouvernement, les soutiens de la première heure, les alliés d’Emmanuel Macron, à quoi il faut ajouter une dizaine de nouveaux ministres puisés dans le vivier de députés à l’Assemblée (car il faut bien récompenser la fidélité et les bonnes volontés). Et nous distinguons, dans ce tableau d’ensemble, un gouvernement recroquevillé sur le camp présidentiel. On est dans l'entre-soi. Il y a Emmanuel Macron, ses alliés et personne d’autre.

Pourtant, de nombreux soutiens du président avaient fait part, les jours précédents le remaniement, de la nécessité qu’il y avait selon eux d’élargir l’horizon, de faire appel à des personnalités de sensibilités politiques différentes. Certains regardaient à gauche en direction de Yannick Jadot, d’Arnaud Montebourg, de Fabien Roussel.

A droite, les présidents de région Jean Rottner et Christelle Morançais avaient envoyé des signaux indiquant qu’ils étaient disponibles. Le député des Hauts de Seine et médecin urgentiste "Les Républicains", Philippe Juvin, fait savoir dans une interview au Figaro hier soir qu'il a été approché pour devenir ministre de la santé. Mais au bout du compte, rien. Aucun débauchage, aucun ralliement.

Au contraire. Emmanuel Macron a pris acte, hier, dans une brève allocution au début du conseil des ministres, de "l’absence de volonté des partis de gouvernement de participer à toute forme de coalition". Et là, il y a deux hypothèses : soit il n’a pas trouvé suffisamment d’alliés de circonstances, soit il estime que ça ne changera pas grand-chose au rapport de forces politiques à l’Assemblée nationale.

Emmanuel Macron prend acte qu'il n'aura pas de majorité à l'Assemblée

Le chef de l'Etat fait le choix fait de consolider le camp présidentiel, de s’appuyer uniquement sur ses alliés naturels et sur personne d’autre. Et ce faisant, il entérine le fait qu'il n'a pas et n'aura pas de majorité pour faire voter ses réformes. Et donc qu’il n’est pas véritablement en mesure de gouverner. C’est ce que signifie l’absence d’ouverture dans la composition de ce nouveau gouvernement. Emmanuel Macron prend acte de la grande fragilité politique dans laquelle l’ont conduit les élections législatives.

Il construit donc un gouvernement, non pas d’action mais de combat, qui aura pour mission soit de faire plier les oppositions sur des projets de loi qui font consensus dans l’opinion (typiquement, ça pourrait être le projet de loi visant à renforcer le pouvoir d’achat qui sera prochainement en discussion), ou bien qui aura pour mission de faire porter aux oppositions la responsabilité du blocage institutionnel ce qui, dès lors, pourrait conduire à une dissolution de l’Assemblée et à de nouvelles élections.

Pour le moment, on n’en est pas encore là. Mais la manière dont a été constitué ce nouvel exécutif ne donne pas l’impression qu’Emmanuel Macron ait envie de sortir de l’impasse politique dans laquelle il se trouve par le consensus et la discussion. Ce serait plutôt par la manière forte et la confrontation.