L'écologiste Karima Delli conduira la liste de rassemblement de la gauche dans les Hauts-de-France. ©AFP - Stépahen de Sakutin
L'écologiste Karima Delli conduira la liste de rassemblement de la gauche dans les Hauts-de-France. ©AFP - Stépahen de Sakutin
L'écologiste Karima Delli conduira la liste de rassemblement de la gauche dans les Hauts-de-France. ©AFP - Stépahen de Sakutin
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Résumé

Europe Ecologie-Les Verts, le Parti socialiste, le Parti communiste et la France insoumise partiront ensemble, dès le premier tour, pour les élections régionales dans les Hauts-de-France. Ce modèle est-il duplicable ?

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Hauts les cœurs dans les Hauts-de-France. La région nordiste, anciennement Nord-Pas-de-Calais et Picardie, est le théâtre d'un exploit politique. 

Hier, les principales forces de gauche ont scellé une union. Elles partiront ensemble pour le scrutin régional du mois de juin. 

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Alors pour être franc, quand on a reçu le communiqué commun, on s'est un peu frotté les yeux. 

Sur le papier à en tête, tous ces logos alignés de la France insoumise et du Parti socialiste, des Verts et du Parti communiste... on n'était plus habitués !

S'il y a deux gauches irréconciliables, eh bien pas dans le Nord. Halte aux divisions stériles près des terrils, semblent nous dire les dirigeants locaux de ces quatre formations politiques.

Alors dans le détail, de quoi s'agit-il ? Les socialistes, les communistes, les verts et les insoumis vont faire liste commune au mois de juin. Liste commune face à Xavier Bertrand, à droite, le président sortant de la région, et face au Rassemblement national emmené par Sébastien Chenu. 

La gauche unie, ça semble impossible au niveau national, ça a donc été possible au niveau local. 

Pourquoi ? 

D'abord, cette alliance s'appuie sur un traumatisme. En 2015, pour la dernière élection régionale, Marine Le Pen était en passe de gagner les Hauts-de-France. Au premier tour, les partis de gauche, dispersés, avaient été laminés. Seul survivant, le PS avait choisi de se désister pour assurer un barrage républicain contre le RN. Résultat de ce désistement : pas un seul élu de gauche depuis six ans dans l'hémicycle régional. 

Un traumatisme que les élus ne veulent pas revivre. On sait que la peur et l'effroi sont un puissant vecteur de cohésion. En 1936, le Front populaire se constitue parce qu'il craint l'essor des Ligues, de l'extrême-droite anti-parlementaire.

Toute proportion gardée, cette fois aussi les quatre partis de gauche sont ainsi tombés d'accord pour éviter le pire. Ils ont même réussi à s'entendre sur la répartition des places sur les listes... ce qui est en général le moment le plus compliqué d'une négociation. 

Pour sceller cet accord, les forces de gauche des Hauts-de-France ont aussi dû mettre de côté certains thèmes de programme...

Oui, le nucléaire par exemple. Europe écologie est contre, comme la France insoumise, le PS est plus mitigé, le Parti communiste est pour. 

Voilà une thématique qui sera mise sous le boisseau. Ca tombe bien, ce n'est pas une compétence régionale. Pour autant, leur adversaire Xavier Bertrand va mettre ce thème sur la table. Il souhaite ainsi que la centrale de Gravelines accueille un réacteur EPR. 

La gauche, elle, a prévu de mettre l'accent sur les trains régionaux, l'écologie, le social.

Cette alliance est aussi due à la personnalité de la cheffe de file, Karima Delli, écologiste, députée européenne, figure charismatique et ouverte. 

Depuis plusieurs mois, elle rencontre les différents chefs de file dans le Nord. « Avec elle, on a eu le sentiment d'être respectés », me disait hier un cadre de la France insoumise. 

En somme, dans les Hauts-de-France, les représentants de la gauche ont choisi de mettre de l'huile dans le moteur plutôt que sur le feu ; en espérant que cette initiative fera tâche d'huile, justement.

Mais cette union de la gauche est-elle duplicable ?

Pas simple. Dans le Grand Est, l'ancienne ministre Aurélie Filippetti tente de pousser un rassemblement similaire, avec la députée insoumise Caroline Fiat et la trésorière du PS Pernelle Richardot. Mais les négociations achoppent, pour l'instant. 

Chaque parti a envie de se tester, de compter ses soutiens dans les urnes, quitte à fusionner au deuxième tour.

Et puis il y a la question nationale. On connait les divisions qui existent aujourd'hui à gauche.

Alors la recette des Hauts-de-France peut-elle fonctionner pour la présidentielle, avec un candidat unique ?

Autrement dit, le Nord peut-il faire office de boussole pour une gauche souvent à l'Ouest ? 

Là encore, gardons-nous d'extrapoler. Une élection régionale n'est pas la présidentielle. 

D'abord par sa configuration : par exemple, dans les Hauts-de-France, il y a 113 sièges à pourvoir au conseil régional... A l’Élysée, a priori il n'y en a qu'un seul siège. Le bal des égos est donc bien supérieur. 

Les querelles de fond également. On parlait tout à l'heure du nucléaire, on pourrait aussi évoquer le rapport à la laïcité ou à l'Union européenne. Pas certains que tous les programmes soient compatibles.

Néanmoins, le cas des Hauts-de-France sera nécessairement vu comme un laboratoire.

Les électeurs vont-ils encourager ce rassemblement, ou au contraire y voir une tambouille politique ?

Dans le premier cas, ce sera une pression supplémentaire pour une alliance dès le premier tour en 2022.

Dans le second cas, celui de la défaite, cela provoquera un certain écœurement pour l'union. 

Comme un haut-le-cœur dans les Hauts-de-France. 

Frédéric Says