Le 26 mai, la liste EELV emmenée par Yannick Jadot a recueilli 13% des suffrages, se hissant à la quatrième place du scrutin européen.
Le 26 mai, la liste EELV emmenée par Yannick Jadot a recueilli 13% des suffrages, se hissant à la quatrième place du scrutin européen.
Le 26 mai, la liste EELV emmenée par Yannick Jadot a recueilli 13% des suffrages, se hissant à la quatrième place du scrutin européen.  ©AFP - Stéphane de Sakutin
Le 26 mai, la liste EELV emmenée par Yannick Jadot a recueilli 13% des suffrages, se hissant à la quatrième place du scrutin européen. ©AFP - Stéphane de Sakutin
Le 26 mai, la liste EELV emmenée par Yannick Jadot a recueilli 13% des suffrages, se hissant à la quatrième place du scrutin européen. ©AFP - Stéphane de Sakutin
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Résumé

Le dirigeant d'Europe Ecologie Les Verts, auréolé d'un score flatteur aux européennes, est accusé d'arrogance par ses adversaires.

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Depuis son score de 13% aux dernières élections, le dirigeant écolo reçoit des volées de bois - de bois vert, bien sûr. 

Il aurait "un melon énorme", "pris la grosse tête", ne "passerait plus les portes", ricanent ses opposants politiques. 

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Le Canard enchaîné (dans son édition du 12 juin) lui prête même cette analyse : « Macron est à 22%, moi à 13%. Il suffit que je monte un peu et qu'il descende pour que tout soit jouable » pour 2022. Une phrase que Yannick Jadot a formellement démentie. 

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Alors pourquoi ce procès en ego surdimensionné trouve-t-il un tel écho ? 

Bien sûr, certaines formulations un peu triomphalistes ont pu agacer les autres partis de gauche. D'autant que parmi ceux-là, pas un n'a réussi à atteindre la moitié du score des écologistes. 

Par ailleurs, l'histoire politique récente invite à beaucoup de modestie : une élection européenne ne fait pas le printemps. En particulier pour les Verts. 

Au scrutin européen de 2009, EELV décolle à 16% des voix. Trois ans plus tard, lors de l'élection présidentielle, le parti plafonne à... 2%. Les scores dégonflent donc aussi vite que les égos. 

Mais ce "reproche du melon" tient selon moi à un autre facteur, une évolution plus souterraine chez les écologistes. 

Jusqu'ici, les Verts se sont construits dans un rapport ambigu au pouvoir. 

Leur attrait pour les démarches collectives, leur répulsion pour la Vème République, leur passion pour la division, aussi, les a toujours tenu dans une certaine méfiance vis-à-vis de l'idée de conquérir les responsabilités. 

Ce que Cécile Duflot appelait le "complexe du bonzaï" : petit, résistant et qui n’a pas envie de grandir. 

Peser, influencer, convaincre : oui. Se présenter, dominer, gagner : c'est plus compliqué. 

Or, Yannick Jadot est en train d'opérer un changement culturel... 

Il ne s'en cache pas : il veut faire d'Europe Ecologie Les Verts un parti de gouvernement. 

Galvanisé par la progression des thèmes écolos dans le débat public, Jadot estime que les Verts, mieux que quiconque, peuvent en récolter les fruits dans urnes. 

Ce week-end, au Conseil fédéral du parti, il a d'ailleurs évoqué les objectifs à venir : élections municipales puis présentielles. Avec cette stratégie : 

« Le temps de l’hésitation, le temps du doute, est révolu. À toutes ces élections, nous devons assumer la conquête du pouvoir ».

Or, avec les institutions de la Vème République :

Qui dit élection, dit mise en avant d'une individualité. 

Qui dit campagne présidentielle, dit personnalisation. 

Qui dit conquête du pouvoir, dit incarnation. 

Et c'est peut-être ce changement stratégique qui provoque les quolibets à l'égard de Yannick Jadot. 

La scène politique française est habituée à considérer les écologistes comme de sympathiques candidats de témoignage. Des bretteurs inoffensifs. 

Et voici qu'ils s'imaginent au pouvoir ! Pire, ils le disent ! 

On avait laissé les écologistes en Cosette des soirées électorales, les voilà en Bel-Ami de la présidentielle. 

Il fallait d'ailleurs voir, ce samedi, Yannick Jadot et son comparse David Cormand s'esbaudir dans de très télégéniques chemises blanches. Façon jeune cadres ambitieux devant les caméras. Le message sous-entendu est clair, comme l'a noté mon confrère Arthur Nazaret du Journal du dimanche : 

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Fini le relâchement, jusque dans la forme : nous visons l'accès aux responsabilités. 

C'est l'épicier du coin qui se rêve en patron d'hypermarché bio ; qui voit dans les moqueries le salaire de son audace. 

Remarquons d'ailleurs une chose : ce procès en suffisance ne touche que les écologistes. 

Chaque fois que Marine Le Pen se dit "prête à gouverner", chaque fois qu'elle prétend diriger le "premier parti de France" : qui lui reproche de prendre la grosse tête ? Qui ricane sur sa tendance à cultiver le melon made in France ? 

Personne ou pas grand monde. 

Comme si la conquête lepéniste paraissait au fond moins incongrue, plus logique, que l'aspiration des écologistes aux responsabilités suprêmes. 

Comme si l'idée que le Rassemblement national est un parti de gouvernement avait déjà fait son chemin dans les esprits...

Frédéric Says

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