Alice Guy en tournage. Photo tirée du film documentaire "Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché" de Pamela B. Green - © Splendor Films
Alice Guy en tournage. Photo tirée du film documentaire "Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché" de Pamela B. Green - © Splendor Films
Alice Guy en tournage. Photo tirée du film documentaire "Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché" de Pamela B. Green - © Splendor Films
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Résumé

Premier film de fiction, premier péplum, premier making-of... la réalisatrice Alice Guy est à l'initiative de nombreuses innovations dans l'histoire du cinéma. Elle a pourtant été oubliée pendant plusieurs décennies, avant une réhabilitation progressive à partir des années 1960.

avec :

Jean-Michel Frodon (Historien et critique de cinéma), José-Louis Bocquet (Ecrivain, journaliste et scénariste de bandes dessinées).

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Qui est cette vieille dame qui décède à quatre-vingt-quatorze ans, le 24 mars 1968, aux États-Unis ? Elle s’appelle Alice Guy-Blaché, dite Alice Guy. Pionnière du cinéma, elle a longtemps été laissée hors champ. Pourtant, elle nous a appris comment naissent les bébés (dans des choux), elle nous a offert des danses serpentines mais aussi des scènes de la Commune de Paris, et, à l’instar des Évangélistes, elle nous a raconté la vie de Jésus-Christ !

Les débuts du cinématographe

Raconter Alice Guy, c'est raconter les débuts de l'histoire du cinéma. C'est en ces termes que Francis Lacassin interpelle José-Louis Bocquet, auteur avec Catel Muller du roman graphique Alice Guy (Casterman, 2021) pour retracer l'histoire de celle qu'on désigne comme la première femme réalisatrice : "J'ai hérité de toutes les archives de Francis Lacassin, qui est le premier à avoir établi la filmographie d'Alice Guy en compagnie d'Alice Guy. Il m'a transmis des photos qui venaient de la collection personnelle d'Alice Guy, légendées au recto de sa main, et de sa correspondance."

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Le 28 décembre 1895 a lieu la première projection de cinéma de l’histoire. Si quelques projections privées ont déjà eu lieu, c’est la première fois qu’une projection publique et payante est organisée. Les spectateurs paient leurs places et s’installent, curieux, dans le sous-sol du Grand Café situé au 14 boulevard des Capucines à Paris. Ce soir-là, les frères Lumière diffusent une dizaine de courts métrages qui laissent l’assistance pantoise. Le cinéma est alors une attraction foraine, un divertissement de café-concert ou de grand magasin qui tient de la prouesse scientifique autant que du loisir. Cette première projection publique annonce le début d’une nouvelle ère cinématographique. 

Les salles de cinéma se multiplient rapidement et les sociétés de production comme Gaumont et Pathé deviennent de véritables empires. Les premières vedettes se font connaître du grand public tandis que les genres de films se diversifient. Alice Guy est alors la secrétaire de Louis Gaumont. Elle assiste à une projection privée en 1895 et saisit immédiatement l’étendue des possibles qu’offre le cinématographe. Elle demande la permission à Louis Gaumont de produire de petites saynètes, ce qu’il accepte à condition que la jeune femme de vingt-trois ans ne s’y consacre que lors de ses soirées et de ses dimanches. 

En savoir plus : Qui est Alice Guy ?
1h 29

Une inventivité foisonnante

Alice Guy apprend le cinéma en autodidacte et commence par mettre à contribution ses amis dans de petits films qu’elle tourne dans sa cour. Rapidement, elle se professionnalise. Entourée d'opérateurs intéressés avant tout par les progrès technique, Alice Guy comprend qu'il faut "nourrir la machine", comme le raconte José-Louis Bocquet : "Alice Guy a beaucoup lu quand elle était petite, c'est une fille de libraire-éditeur. très vite, elle a envie de raconter ses propres histoires, ce qu'elle fait dès 1896". Elle innove donc en choisissant de réaliser des films de fiction, engage des acteurs professionnels, des scénaristes, des figurants et travaille dans des studios. En 1906, elle réalise le premier péplum de l’histoire du cinéma, tout en s’intéressant à d’autres genres cinématographiques comme le mélodrame, le film fantastique ou le cinéma burlesque. Elle invente le making-of, met au point des trucages... 

Pour le journaliste et historien du cinéma Jean-Michel Frodon, les films d'Alice Guy méritent d'être regardés, non seulement comme des documents d'époque mais surtout parce qu'ils sont drôles, inventifs, provocateurs et explorent de multiples directions : "Il y a des inventions formelles aussi bien que des propositions de transgression du conformisme de l'époque". Jean-Michel Frodon ajoute qu'Alice Guy est précurseure dans ce qu'on appelle aujourd'hui la direction d'acteur. L'historien du cinéma rappelle que le rapport des comédiens à la caméra est à construire car jouer face à une machine n'est pas une évidence : "Alice Guy joue un rôle important quand elle écrit dans ses studios américains 'Be Natural'/'Jouez naturellement' pour ses acteurs".

Son combat pour figurer dans l'histoire du cinéma

Arrivée aux États-Unis en 1907, Alice Guy crée sa propre société de production, avant qu’un divorce difficile et des problèmes financiers ne mettent un terme à sa carrière.Tombée dans l’oublidurant de nombreuses années, Alice Guy voit son existence effacée de l'histoire du cinéma et son travail attribué à d'autres personnes, comme dans l'histoire du cinéma écrite par Georges Sadoul. José-Louis Bocquet explique qu'Alice Guy s'est battu pour sa propre reconnaissance : "Dès les années 1930, un article dans un grand quotidien parle de la première réalisatrice du cinéma français, Germaine Dulac. [...] Alice Guy écrit une lettre argumentée, avec des photos à l'appui pour dire que c'est elle, la première réalisatrice de l'histoire du cinéma". Elle reçoit la Légion d’honneur durant les années 1950 tandis que son travail est peu à peu réhabilité par des historiens et des passionnés à partir des années 1960 et 1970. 

Comment expliquer que le nom de la première réalisatrice de cinéma de l’histoire soit encore si peu connu ? Comment fut-il possible pour Alice Guy de mener à bien une telle carrière de réalisatrice et de productrice durant les années 1900 ?

58 min

Intervenants

José-Louis Bocquet est romancier, biographe, journaliste, éditeur et scénariste de bandes dessinées. Il signe notamment le scénario de nombreuses bandes-dessinées illustrées par Catel comme Edith Piaf (Nocturne, 2005), Kiki de Montparnasse (Casterman, 2007), Olympe de Gouges (Casterman, 2012), Joséphine Baker (Casterman, 2016) et Alice Guy (Casterman, 2021).

Jean-Michel Frodon est historien du cinéma, journaliste, critique de cinéma et professeur associé à Sciences Po Paris. Il a été directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma de 2003 à 2009. Il a publié de nombreux ouvrages dont Le Cinéma français, de la Nouvelle Vague à nos jours (Cahiers du cinéma, 2010), Que fait le cinéma ? (Riveneuve, 2015), Cinémas de Paris (co-dirigé avec Dina Iordanova, CNRS Éditions, 2017), Abbas Kiarostami, l'œuvre ouverte (avec Agnès Devictor, Gallimard, 2021) et Le Cinéma à l’épreuve du divers. Politiques du regard (CNRS Éditions, 2021).

Références sonores

  • Archive sur Jean-François Clerc, le jardinier de L'Arroseur arrosé, dans le Journal - Les Actualités Françaises, 8 septembre 1949
  • Archive de l'actrice Musidora livre ses souvenirs de Louis Feuillade - RDF, 1er janvier 1945
  • Musique "Au cinéma" par Raymond Souplex
  • Archive de Delphine Seyrig qui lit un extrait de l'autobiographie d'Alice Guy dans Qui est Alice Guy ? - France Culture, 2 juillet 1975
  • Archive d'Alice Guy à l’occasion de la remise de sa légion d’honneur dans Rendez-vous à cinq heures - RDF, 15 avril 1959
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Sophie-Catherine Gallet
Production déléguée
Maïwenn Guiziou
Production déléguée
Anna Grumbach
Collaboration