Alice Zeniter le 22 septembre 2017
Alice Zeniter le 22 septembre 2017 ©AFP - Joël Saget
Alice Zeniter le 22 septembre 2017 ©AFP - Joël Saget
Alice Zeniter le 22 septembre 2017 ©AFP - Joël Saget
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Morceaux de souvenirs racontés à peu de mots, films d'archives ou livres d'histoire, l'écrivaine Alice Zeniter se plonge dans les documents pour donner corps à l'histoire. Au fil de l'écriture, elle interroge dans quelle mesure l'histoire influe sur chacune de nos vies.

Avec

Fou d’histoire, pour donner la parole à ceux et à celles qui ne sont pas historiens, pas historiennes, mais qui portent une histoire, celle de leur vie, celle de leur famille, mais aussi une histoire collective, la nôtre. Je suis une fille sans histoire, Comme un empire dans un empire… C’est aussi L’Art de perdre, Juste avant l’Oubli... C’est un Sombre Dimanche, Jusque dans nos bras : l’écrivaine Alice Zeniter est folle d'histoire.

Les mémoires d'hommes et de femmes

"Personne ne t'a transmis l'Algérie. Qu'est-ce que tu croyais ? Qu'un pays, ça passe dans le sang ? Que tu avais la langue kabyle enfouie quelque part dans tes chromosomes et qu'elle se réveillerait quand tu toucherais le sol ?", lance Ifren, artiste de rue algérien, à Naïma, héroïne en quête de son histoire familiale dans L'Art de perdre, le roman d'Alice Zeniter.

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"Je crois que j'ai cette volonté de raconter comment les mémoires qui sont portées par certains et certaines oubliées vont avoir tendance à sortir du cadre officiel, national, ou géopolitique qu'on attache à certains événements, et prendre des formes beaucoup plus petites, parfois absurdes (...), explique Alice ZeniterSe mêlent très souvent dans la mémoire des pays et des territoires perdus, la mémoire d'un temps qui est aussi celui d'une époque de vie qu'on ne pourra jamais retrouver. C'est très difficile de faire la part des choses et de savoir : est-ce qu'on regrette l'Algérie, ou est-ce qu'on regrette l'enfance ? Est-ce qu'on regrette cette insouciance qui, après, n'arrivera plus jamais ? Tout se mêle et j'aime beaucoup ces sortes de fruits de cristallisation et de scories minuscules que fait la mémoire autour de points très matériels et dont on ne pourra plus jamais la déloger".

Transmettre une histoire

Dans L'Art de perdre, Alice Zeniter comble les trous d'une histoire manquante, parce que tue à cause de la honte ou bien effacée par les discours politiques, des deux côtés de la Méditerranée. C'est l'histoire de son grand-père "harki" qui a fui l'Algérie avec sa famille à la fin de la guerre d'indépendance, parce qu'ils étaient dans le "mauvais camp", celui des colons.

"L'histoire de ma famille n'est pas quelque chose dont on parlait beaucoup, surtout du côté paternel, le côté algérien. C'était quelque chose qui était très secret, c'était difficile d'obtenir des réponses à des questions. Du côté maternel, c'était un peu différent, mes grands-parents avaient connu la Seconde Guerre mondiale en Normandie et avaient à cœur, notamment mon grand-père, que ce soit une histoire qu'on connaisse", nous raconte Alice Zeniter.

"Si je veux me renseigner sur ce qu'était la vie de mes grands-parents et de mon père avant la guerre, je dois passer par des archives qui sont tenues par les Français. Si je remonte encore plus loin, j'ai accès aux ouvrages qui ont été écrits par les géographes, par les botanistes, par les juristes, par les militaires qui sont montés sur les monts de Kabylie et qui ont documenté cette arrivée à la fin du XIXe siècle. J'ai accès dans les villes où il y avait des Européens d'Algérie à leurs archives, leurs photos, leurs journaux, mais rien qui ne vienne de ma famille, à part des moments qui sont là aussi pris dans le temps de l'Algérie française, à savoir mon grand-père en uniforme militaire", nous dit encore Alice Zeniter.

Par quels moyens reconstituer une histoire effacée ? Comment rendre compte des zones d'ombre, des points aveugles et d'une histoire sensible, au plus près de celles et ceux qui l'ont vécue ? Comment se transmet la mémoire ? D'ailleurs, des mémoires irréconciliables peuvent-elles coexister ? Enfin, dans quelle mesure l'histoire influe-t-elle sur chacun de nous ?

Notre invitée

Alice Zeniter est romancière, traductrice, dramaturge et metteuse en scène de théâtre.

Bibliographie

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive sur une troupe de théâtre de Champfleur dans le journal de France 3 Basse Normandie le 27 mai 1993
  • Archive de propagande coloniale sur la Kabylie dans les Actualités françaises en 1947
  • Montage d'un extrait de l'adaptation en 1973 des Trois sœurs d'Anton Tchekov, du film d'animation Josep d'Aurel, du film L'Ennemi intime de Florent-Emilio Siri et de la chanson Dis quand reviendras-tu ? de Barbara
  • Chanson Lettre à ma fille interprétée par Idir
  • Chanson Nos absents par Grand Corps Malade

Générique de l'émission : Origami de Rone

Cette émission a été diffusée pour la première fois le vendredi 1er avril 2022.

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