L'historienne Annette Wieviorka se plonge dans sa propre histoire avec "Mes années chinoises" et "Tombeaux. Autobiographie de ma famille".
L'historienne Annette Wieviorka se plonge dans sa propre histoire avec "Mes années chinoises" et "Tombeaux. Autobiographie de ma famille". - ©Hermance Triay
L'historienne Annette Wieviorka se plonge dans sa propre histoire avec "Mes années chinoises" et "Tombeaux. Autobiographie de ma famille". - ©Hermance Triay
L'historienne Annette Wieviorka se plonge dans sa propre histoire avec "Mes années chinoises" et "Tombeaux. Autobiographie de ma famille". - ©Hermance Triay
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Dans "Mes années chinoises" et "Tombeaux. Autobiographie de ma famille", Annette Wieviorka réfléchit à son histoire personnelle et familiale. De la persécution des juifs durant la Seconde Guerre mondiale à la Chine de Mao, l’historienne peut-elle travailler sur des archives qui touchent à l'intime ?

Avec
  • Annette Wieviorka Historienne, directrice de recherche honoraire au CNRS et vice-présidente du Conseil supérieur des Archives

Le 7 novembre, l'historienne Annette Wieviorka a été couronnée d'une récompense littéraire pour son ouvrage Tombeaux. Autobiographie de ma famille : le prix Femina de l'essai 2022.

Historiennes, historiens, écrivent leur propre histoire. Annette Wieviorka relève le défi, des années chinoises à l’enquête familiale. L’historienne maîtrise la rigueur qu’exige la science historique : la recherche des sources qu’il faut confronter et analyser. Les articles, les ouvrages, les travaux qu’il faut consulter. Les heures passées dans les colloques et les journées d’étude… et les semaines, les années, dans les bibliothèques et les dépôts d’archives. Puis, un jour, l’envie d’écrire sur soi, sur sa famille, de la Shoah à Mao.

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Les années chinoises

Au cours des années 1970, une propagande prochinoise se diffuse en France. Annette Wieviorka est alors une militante communiste fascinée par la Révolution culturelle. Elle entreprend de partir vivre le rêve maoïste dans la ville de Canton. S’ensuit une découverte du pays sous le régime autoritaire de Mao Zedong.

La désillusion de la jeune militante ne se fait pas attendre. Annette Wieviorka constate la misère, l'absence de liberté et la propagande qui règnent dans la République populaire de Chine. Lorsqu’elle quitte le pays, elle prend conscience des crimes de masses commis par le régime totalitaire.

La recherche sur la Shoah

De retour en France en 1976, Annette Wieviorka s'intéresse aux conséquences d'un autre totalitarisme, le nazisme, sur sa famille juive originaire de Pologne. L'historienne confie : "il y avait une double cassure dans l’histoire de ma famille : celle de l’immigration et celle de la Shoah." Elle se lance dans des recherches sur son grand-père Wolf Wieviorka, journaliste et écrivain émigré à Paris en 1924 : "J’ai entrepris la biographie de mon grand-père. Pour cela, j’ai interrogé très longuement mon père, mon oncle et puis d’autres personnes qui avaient vécu la guerre avec eux." L'historienne travaille sur des archives, reconstruit sa généalogie, recueille des témoignages et s'appuie sur ses propres souvenirs ; elle apprend également le yiddish, langue germanique employée par les communautés juive de l’Europe de l’est.

Annette Wieviorka, spécialiste de la mémoire de la Shoah, estime qu'être historienne, "ce n’est pas une profession, c’est une identité (…), quand on écrit sur quelqu’un, il y a toujours une part d’identification." La chercheuse estime qu'elle appartient à "la dernière génération à être en interface avec une mémoire vive, une mémoire qui est transmise par les récits et par la présence des gens de la famille. L’idée est de faire connaître ce qu’a été ce monde, celui de mes parents, de mes grands-parents et qu’on se souvienne d’eux. (…) J’avais le désir, que ces gens dont la vie avait été écourtée, aient une nouvelle vie."

Dans ses ouvrages Mes années chinoises et Tombeaux. Autobiographie de ma famille, Annette Wieviorka observe comment l'histoire s'entremêle avec son propre récit familial. Tantôt historienne, militante ou témoin, l'enjeu méthodologique pour la recherche historique affleure. L'historienne évoque son travail de recherche : "Au fil des années, un peu comme des petits cailloux, j’ai rassemblé toute une documentation ; c’est le fruit de ces récits, de ces témoignages, (…) qui étaient souvent d’une grande fiabilité, (…) et des archives qui m’ont permis d’écrire cet ouvrage."

Notre invitée

Annette Wieviorka est directrice de recherche au CNRS et spécialiste de la perception et la mémoire de la Shoah, ainsi que de la Seconde Guerre mondiale.

Bibliographie

Références sonores

  • Archive du ministre André Bettencourt de retour de Chine dans le JT 20h, ORTF, 23 juillet 1970
  • Chanson Amerike hot erklert (ghetto de Lodz), album Ghetto tango de Zalmen Mlotek et Adrienne Cooper, 2000

Générique de l'émission : Origami de Rone