Quels étaient les bruits de Paris au XVIIIe siècle ? "La Conduite des filles de joie à la Salpêtrière", tableau d'Étienne Jeaurat, 1757 ©Getty - PHAS/Universal Images Group
Quels étaient les bruits de Paris au XVIIIe siècle ? "La Conduite des filles de joie à la Salpêtrière", tableau d'Étienne Jeaurat, 1757 ©Getty - PHAS/Universal Images Group
Quels étaient les bruits de Paris au XVIIIe siècle ? "La Conduite des filles de joie à la Salpêtrière", tableau d'Étienne Jeaurat, 1757 ©Getty - PHAS/Universal Images Group
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Résumé

Faire l'histoire des paysages sonores, c'est proposer une approche sensible et immersive des époques passées. De la Rome antique au Paris des Lumières, quels bruits peuplaient le quotidien des hommes et des femmes d'antan ?

avec :

Mylène Pardoen (Archéologue du paysage sonore, ingénieure de recherche au CNRS), Alexandre Vincent (Maître de conférences en histoire romaine à l'université de Poitiers).

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"Échaudés, gâteaux, petits choux chauds", "Achetez mes lardoires, mes cuillères à pot", "Marrons, marrons ! Chauds les marrons, chauds !". Les cris du passé, dans les villes, sont connus, ceux des vendeurs ambulants et des marchands. Des ouvrages entiers leur sont consacrés, mais qu’en est-il des sons qui leur sont associés ? Celui du froissement de l’étoffe ou du panier que l’on pose, celui du moulin ou de la scie antique. Même l’étal de boucher produit des sons, de la feuille et des mouches. Passionnante enquête que celle de la recherche des sons du passé.

Reconstruire les sons du passé

En 1969, le musicologue canadien Robert Murray Schafer publie The New Soundscape. Il propose de considérer le son comme un objet d’histoire à part entière. Il ne s’agit pas seulement de décrire les sons du passé, mais aussi de comprendre la manière dont nos ancêtres pouvaient les percevoir et les considérer. L’étude des paysages sonores n’a cessé de se développer, pour mieux proposer une approche sensible et immersive des époques passées

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Mylène Pardoen, archéologue du paysage sonore et ingénieure de recherche au CNRS, a reconstitué le paysage sonore de Paris au XVIIIe siècle : "Quand on remonte le temps pour essayer de reconstruire des ambiances sonores, on est obligé de faire une sorte de millefeuilles parce qu'il y a ce qu'on appelle la géophonie (ce qui est attenant au lieu), la biophonie (les poules, les dindons, les oiseaux, les chiens). Au-dessus, il y a les plus gros pollueurs, nous, avec l'anthrophonie. [...] C'est une articulation complète de tout ce qui peut se passer à un moment donné, dans un espace donné.

53 min

L'oreille classe les sons

Pour réussir à écouter les sons du passé, il faut se détacher de nos propres sens : les bruits qui nous incommodent n’étaient pas forcément considérés comme des nuisances par les femmes et les hommes du passé. Le goût ou la répulsion pour un son est toujours à considérer dans un certain contexte social et culturel, car un paysage sonore est avant tout un paysage humain

Alexandre Vincent, maître de conférences en histoire romaine à l'université de Poitiers, emprunte l'expression "oreille morale" au sociologue Anthony Pecqueux, pour insister sur l'importance de l'étude de la perception des sons : "Notre oreille classe, notre oreille définit ce qui est une pollution sonore, ce qui est quelque chose de gênant ou au contraire, d'agréable."

Est-il possible de reconstituer les environnements sonores d’époques lointaines qui ont laissé peu de témoignages ? Quel type de source mobiliser pour parvenir à entendre et faire entendre le passé ? De la Rome antique au Paris des Lumières, quels bruits peuplaient le quotidien des hommes et des femmes d’autres époques ? Vivons-nous dans une époque particulièrement bruyante, ou sommes-nous au contraire devenus plus intolérants au bruit ?

5 min

Intervenant·e·s

Mylène Pardoen est musicologue spécialiste des musiques militaires, ingénieure de recherche au CNRS, archéologue du paysage sonore et experte acoustique sur le chantier de rénovation de Notre-Dame. En mai 2020, ses recherches ont été récompensées par la médaille de cristal, la plus haute distinction du CNRS.

Alexandre Vincent est maître de conférences en histoire romaine à l'université de Poitiers, membre junior de l'Institut Universitaire de France et spécialiste de la pratique musicale dans le monde romain. Il a publié Musiques ! Échos de l’antiquité (catalogue de l’exposition au musée du Louvre-Lens, 13 septembre 2017-15 janvier 2018, Gand, 2017), Jouer pour la Cité. Une histoire sociale et politique des musiciens professionnels de l’Occident romain (Éditions de l'école française de Rome, 2016) et Le Paysage sonore de l’Antiquité. Méthodologie, historiographie, perspectives (co-dirigé avec Sybille Emerit et Sylvain Perrot, Éditions de l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO), 2015).

Pour aller plus loin

Références sonores

  • Extrait du film Jules César de Joseph Mankiewicz, 1953
  • Archive d'un meunier qui évoque les sons du moulin dans La lorgnette - Antenne 2, 3 juillet 1977
  • Extrait de la reconstitution de Paris du XVIIIe siècle dans le quartier du Grand Châtelet, résultats de recherches de Mylène Pardoen pour le projet Bretez
  • Archive d'Alain Corbin dans Les Nuits magnétiques - France Culture, 28 juin 1995
  • Ambiance des rues de Paris au temps de la Révolution sonore extraite du jeu vidéo Assassin's Creed Unity
  • Extrait de la reconstitution virtuelle du théâtre d’Orange, travail de recherche d'Alexandre Vincent, dans le cadre du programme Sonat (Sorbonne Université - Institut Universitaire de France)
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Milena Aellig
Réalisation
Sophie-Catherine Gallet
Production déléguée
Maïwenn Guiziou
Production déléguée
Anna Grumbach
Collaboration