Des travailleurs de la Croix-Rouge hongroise traversent Budapest en direction du lieu des combats le 28 octobre 1956.
Des travailleurs de la Croix-Rouge hongroise traversent Budapest en direction du lieu des combats le 28 octobre 1956. ©Getty - Bettmann
Des travailleurs de la Croix-Rouge hongroise traversent Budapest en direction du lieu des combats le 28 octobre 1956. ©Getty - Bettmann
Des travailleurs de la Croix-Rouge hongroise traversent Budapest en direction du lieu des combats le 28 octobre 1956. ©Getty - Bettmann
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Le 23 octobre 1956, en l’espace d’une nuit, des manifestations étudiantes à Budapest se transforment en une véritable révolution populaire. Violemment réprimée par les forces soviétiques, cette révolte laisse un souvenir vif dans la mémoire hongroise.

Avec
  • Paul Gradvohl Historien, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la Hongrie
  • Joanna Nowicki Professeure de sciences de l’Information et de la communication à CY Cergy Paris Université et à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye

Le vendredi 26 octobre 1956, le journal Le Monde titre en grosses lettres : "L’insurrection hongroise est écrasée" avec, en plus petit, "mais des groupes isolés combattent encore". La réaction soviétique à l’insurrection hongroise est connue : des chars sont envoyés. Quant aux Occidentaux, il ne se passe rien, ou presque rien. Le Monde précise que "la vie commence à reprendre sa physionomie normale à Budapest. Les rues sont pleines de gens qui se hâtent. Il y a de longues files d’attente devant les boulangerie". Quelle place pour l'insurrection de Budapest en 1956 dans la construction de l'identité nationale hongroise ?

Une brèche ouverte dans le bloc de l'Est

La Hongrie, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est un pays déchu. Les Alliés ne lui pardonnent pas son étroite collaboration avec l’Allemagne nazie et tout le pays est à reconstruire. Les Soviétiques et les Roumains chassent les Allemands de Hongrie en avril 1945 et l'URSS prend peu à peu le pouvoir. La République populaire de Hongrie, menée par Mátyás Rákosi, est officiellement proclamée le 20 août 1949. Ce nouveau régime annonce des années de purges, d’emprisonnements récurrents, de répression et de violence pour la Hongrie. 

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À l’automne 1956, quelques étudiants manifestent par solidarité avec les Polonais, qui se révoltent alors contre la tutelle soviétique. En l’espace de quelques heures, la foule grossit et la manifestation étudiante prend rapidement des airs de révolution populaire. Le gouvernement tire sur la foule et inaugure ainsi plusieurs journées de violents affrontements. Les volontés des insurgés sont multiples et parfois contradictoires. Certains veulent retrouver un pluralisme dans l'offre politique. "Parallèlement, note l'historien Paul Gradvohl, 1956 est aussi une révolution des conseils ouvriers. Les usines ont été reprises en charge par des conseils ouvriers qui avaient un peu existé après la Deuxième Guerre mondiale". Il ajoute la volonté d'autres groupes, par le biais du cardinal Mindszenty, de revenir à des traditions antérieures à la Première Guerre mondiale.

Imre Nagy est nommé Président du Conseil des Ministres, mais il choisit de se ranger lui-même du côté des insurgés et proclame à la radio la neutralité de la Hongrie. Ses décisions sont une vraie fracture dans la construction d'un bloc de l'Est. "C'est bien pour ça qu'il a fallu écraser la révolution hongroise du point de vue des Soviétiques, explique Joanna Nowicki, parce que ce n'était pas des petites réformettes, ni une réflexion sur l'amélioration du système. C'était une brèche ouverte, clairement, qui donnait l'exemple aux autres et qui pouvait faire s'écrouler le régime".

János Kádár, alors premier secrétaire du Parti communiste hongrois et proche des insurgés durant les premiers jours du mouvement, fait volte-face et forme un contre-gouvernement favorable à la répression soviétique. C’est lui qui demande à l’Armée rouge d’intervenir. 

À l'Ouest, personne ne bouge

Les affrontements perdurent, sans que les insurgés puissent espérer la moindre forme d’aide de la part des puissances de l’Ouest. La France et la Grande-Bretagne sont occupées par la crise du canal de Suez, tandis que le président Eisenhower travaille ardemment à sa réélection et ne souhaite pas s’impliquer dans le conflit qui oppose la Hongrie à l’URSS. Face au déséquilibre criant des forces en puissance, l’insurrection s'essouffle et le pouvoir soviétique réaffirme son contrôle sur le territoire hongrois. Au lendemain de l’insurrection, on compte 2500 morts, 20 000 blessés, 26 000 personnes arrêtées. Imre Nagy sera jugé puis exécuté lors de procès sans témoins ni journalistes, qui ne sont pas sans rappeler l’époque des Grandes Purges. 

Largement passé sous silence durant le régime de János Kádár qui ne s’achève qu’en 1988, le souvenir de l’insurrection de 1956 a été largement exhumé et célébré et fait aujourd’hui l’objet de récupérations politiques nombreuses. Comment cette insurrection a-t-elle façonné l’identité et le récit national hongrois ? Comment expliquer l’inertie des puissances occidentales face à la violence de la répression soviétique ? Comment le sentiment d’européanité de la Hongrie s’est-il recomposé lors de cet événement ? 

58 min

Intervenant·e·s

Paul Gradvohl est historien, professeur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste de la Hongrie. Il a participé à l'ouvrage Charlotte Delbo. Œuvre et engagements (sous la direction de Christiane Page, Presses universitaires de Rennes, 2013) ainsi que de nombreux articles et chapitres d’ouvrages sur l’histoire culturelle de l’Europe de l’Est. 

Joanna Nowicki est professeur en sciences de l’information et de la communication à CY Cergy Paris Université et à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye. Elle a publié La Vie de l'esprit en Europe centrale et orientale depuis 1945, dictionnaire encyclopédique (co-dirigé avec Chantal Delsol, Éditions du Cerf, 2021), L’Autre Francophonie (co-écrit avec Catherine Mayaux, Éditions Honoré Champion, 2012) et La Cohabitation culturelle (ouvrage collectif, Éditions du CNRS, 2010).

Références sonores

  • Archive du premier reportage sur la révolution en Hongrie dans le Journal - Les Actualités françaises, 31 octobre 1956
  • Lecture de l'allocution du cardinal Mindszenty radiodiffusée le 3 novembre 1956, lue par Marc Henri Boisse

L'équipe

Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Milena Aellig
Réalisation
Sophie-Catherine Gallet
Production déléguée
Maïwenn Guiziou
Production déléguée
Anna Grumbach
Collaboration