Chimie à la ferme, naissance d’une pollution intensive : épisode • 4/4 du podcast Histoire de pollutions

Des jardiniers arrosent des arbres fruitiers avec de l'arsenic pour éviter les parasites, en Normandie, le 10 mai 1930.
Des jardiniers arrosent des arbres fruitiers avec de l'arsenic pour éviter les parasites, en Normandie, le 10 mai 1930. ©Getty - Keystone-France\Gamma-Rapho
Des jardiniers arrosent des arbres fruitiers avec de l'arsenic pour éviter les parasites, en Normandie, le 10 mai 1930. ©Getty - Keystone-France\Gamma-Rapho
Des jardiniers arrosent des arbres fruitiers avec de l'arsenic pour éviter les parasites, en Normandie, le 10 mai 1930. ©Getty - Keystone-France\Gamma-Rapho
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Après la Seconde Guerre mondiale, les engrais de synthèse s'imposent en France et en Grande-Bretagne. De même, des antibiotiques sont introduits dans l'alimentation des élevages intensifs. Quel est l'impact sur l'environnement de ce nouveau modèle agricole ?

Avec
  • Valérie Hannin Directrice de la rédaction du magazine L'Histoire
  • Delphine Berdah Historienne des sciences, maîtresse de conférences à l'Université Paris-Saclay

En 1869, le Journal d’agriculture pratique publie un "Premier aperçu sur les résultats de la campagne de 1868 au moyen d’engrais chimiques", une étude rurale par Georges Ville, botaniste, professeur de physique végétale au Muséum d'histoire naturelle de Paris, et précurseur de l’utilisation des engrais chimiques. Il constate l’efficacité de ces engrais, mais il émet quelques réserves : "C’est que l’épuisement du sol en phosphate de chaux et en potasse, provoqué par l’abus des engrais azotés, peut avoir des conséquences extrêmement graves, favoriser l’envahissement des plantes par des parasites d’origine végétale ou animale, dont la multiplication leur est toujours très préjudiciables." Partons à la ferme, en passant par l’usine !

La chimie au service de l'agriculture intensive

Après 1945, le modèle de l’agriculture intensive triomphe en France et au Royaume-Uni. La peur des pénuries après les années de guerre, les progrès techniques accomplis et la nécessité de remettre à flots une économie profondément déstabilisée encouragent les pouvoirs publics à subventionner et accompagner une transition qui se prépare depuis la fin du siècle dernier.

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L’azote, perçu comme essentiel à la sécurité de la nation depuis la guerre, est la substance phare de cette révolution agricole. Les engrais azotés s’imposent dans les exploitations agricoles et permettent aux pouvoirs publics d’anticiper et de planifier les rendements. Ils évitent ainsi les pénuries et les pertes économiques.

"Ce qui prévaut, c'est l'idée que l'on peut améliorer toutes les terres et que, peut-être un jour, toutes les terres se vaudront, quelle que soit leur fertilité originelle. Les engrais jouent un rôle majeur dans l'idée qu'on peut améliorer tout le territoire", souligne Arnaud Page, spécialiste de l'histoire des sciences en Grande-Bretagne.

Sur les docks | 14-15
52 min

L'enjeu de l'alimentation des animaux d'élevage

Dans le même temps, les antibiotiques se taillent une part de choix dans l’alimentation des animaux d’élevage et redéfinissent le fonctionnement des secteurs pharmaceutiques britannique et français.

"L'usage thérapeutique des antibiotiques suscite assez peu de controverses. En revanche, l'introduction des antibiotiques comme accélérateur de croissance, qui apparaît au début des années 1950, est discuté. Contrairement à ce qu'on pourrait attendre, (ces controverses) arrivent de façon assez tardives dans le débat public, vers la fin des années 1960", explique l'historienne des sciences Delphine Berdah.

Comment le modèle de l’agriculture intensive s’est il imposé ? Quelles pollutions découlent de l’usage récurrent d’engrais azotés et d’antibiotiques ? À quelles réticences cette évolution du modèle agricole s'est-elle heurtée ?

Entendez-vous l'éco ?
58 min

Pour en parler

Delphine Berdah est historienne des sciences, maîtresse de conférences à l'Université Paris-Saclay.

Elle a publié Abattre ou vacciner ? La France et le Royaume-Uni en lutte contre la tuberculose et la fièvre aphteuse (1900-1960) (Éditions de l’EHESS, 2018).

Arnaud Page est maître de conférences en civilisation britannique à Sorbonne Université.

Il a publié de nombreux articles et participé à des ouvrages collectifs, dont "Guerres et fertilisation. Essor des engrais azotés en France et en Grande-Bretagne, 1918-1960" dans Histoire des modernisations agricoles au XXe siècle (sous la direction de Margot Lyautey, Léna Humbert et Christophe Bonneuil, Presses universitaires de Rennes, 2021).

En fin d’émission

Valérie Hannin, directrice du magazine L’Histoire, présente le dossier de juin intitulé La Saint-Barthélemy. Le massacre des voisins.

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive d'un reportage sur la Lozère dans le Journal des Actualités Françaises le 27 septembre 1961
  • Archive sur l'alimentation des porcs dans l'élevage sur la RTF en 1947
  • Archive de Tommy Franklin et du docteur Pech sur l'usage des antibiotiques pour les poulets, interrogés dans Le monde est à vous sur la RDF le 17 mai 1961
  • Extrait du film L'Aile ou la cuisse de Claude Zidi avec Louis de Funès et Coluche, 1976

Générique de l'émission : Origami de Rone

L'équipe