Croissant fertile, cultiver les premiers empires : épisode 1/4 du podcast Histoire des paysans, acteurs de progrès

Détail d'une vignette du Livre des Morts de Dame Cheritwebeshet, Égypte ancienne
Détail d'une vignette du Livre des Morts de Dame Cheritwebeshet, Égypte ancienne ©Getty - Werner Forman / Universal Images Group
Détail d'une vignette du Livre des Morts de Dame Cheritwebeshet, Égypte ancienne ©Getty - Werner Forman / Universal Images Group
Détail d'une vignette du Livre des Morts de Dame Cheritwebeshet, Égypte ancienne ©Getty - Werner Forman / Universal Images Group
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L’essor de l'agriculture au Néolithique a accompagné celui des grands empires du "Croissant fertile". De la Mésopotamie à l'Égypte, quelles révolutions techniques ont accompagné ces progrès ? D'ailleurs, l'idée du "Croissant fertile" comme berceau de l'agriculture est-elle encore pertinente ?

Avec
  • Francis Joannès professeur d’Histoire ancienne à l’Université Paris 1 - Panthéon – Sorbonne, directeur de l’Unité Archéologie et Sciences de l’Antiquité (UMR 7041)

En janvier 1928, Le Monde colonial illustré, revue mensuelle, commerciale, économique, financière et de défense des intérêts coloniaux, s’intéresse au Croissant fertile : "La civilisation grecque, dont la nôtre est fille, n’était pas elle-même autonome. À mesure que l’on connaît mieux les anciennes civilisations qui l’ont précédée, on apprécie à la fois les emprunts nombreux et variés que leur a faits le génie hellène et son exceptionnelle originalité. C’est dans le croissant fertile de l’Égypte, de la Syrie et de la Mésopotamie, où un climat plus heureux, soustrait aux rigueurs des périodes glaciaires, a permis aux hommes de former de grandes agglomérations durables et prospères, puis dans les îles de l’Égée, que sont nées les grandes civilisations dont la jeune Grèce s’est nourrie." L’histoire des paysans, acteurs du progrès et de l’évolution du monde, trouve ses racines dans le Croissant fertile.

Le développement de l'agriculture dans le Croissant fertile

Au Proche-Orient, entre le Tigre et l'Euphrate, un long processus de domestication des céréales et de mise en place de procédés de culture permettent l’essor de l’agriculture à l'ère néolithique. Après cinq mille ans d’optimisation des connaissances et le développement de techniques d'irrigation, l’activité agricole se diffuse dans l’Égypte ancienne et permet la culture de l’orge et de l’amidonnier, deux céréales adaptées au sol égyptien et aux crues du Nil.

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"Les Égyptiens essayent d'avoir un outillage qui permet de maintenir un maximum d'humidité dans le sol, de façon à ce que ces céréales poussent sans apport d'eau extérieur", explique l'égyptologue Adeline Bats. "Ils essayent de capitaliser sur l'eau engorgée dans les terres lors de la crue du Nil, d'autant plus que la nappe phréatique sous-jacente est encore gonflée d'eau dans les périodes d'hiver, au moment des semis (…). Les crues importantes du Nil sont favorables à l'agriculture et, au contraire, une mauvaise crue est synonyme de disette ou de famine."

"L'agriculture irriguée, par rapport à l'agriculture sèche, permet des rendements plus importants et l'accumulation de surplus. On peut mettre en réserve ses récoltes pour le reste de l'année et nourrir une population (...) qui se consacre à d'autres activités", précise le professeur d'histoire ancienne Francis Joannès. "On voit se développer les premières agglomérations urbaines dans le sud de la Mésopotamie, avec une société qui est déjà hiérarchisée verticalement, avec des pauvres et des personnes ayant plus de ressources, et une diversification horizontale par des activités différenciées : des agriculteurs, des artisans et des activités administratives ou culturelles."

Qu’est-ce qui fait l’innovation de l’agriculture mésopotamienne ? Comment les techniques d’irrigation se sont-elles développées ? Que cultive-t-on en Mésopotamie puis en Égypte ? Une fois les récoltes faites, que devient la production ? Comment l'activité agricole a-t-elle servi de moteur économique et accompagné l'essor démographique, politique et culturel de ces empires ? Le terme de "Croissant fertile" est-il encore une dénomination pertinente ?

Nos invité·e·s

Adeline Bats est égyptologue, chercheuse associée à l'UMR 8167 Orient & Méditerranée de l’Université Paris-Sorbonne. Elle a soutenu en 2019 sa thèse de doctorat intitulée "Les céréales et les produits céréaliers au Moyen Empire. Histoire technique et économique" sous la direction de Pierre Tallet et Juan Carlos Moreno Garcia.

Francis Joannès est professeur émérite d’histoire ancienne à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a notamment publié :

Sons diffusés dans l'émission

  • Extrait : Le Sacre de l'homme, film documentaire de Jacques Malaterre - France 2, 10 avril 2007
  • Archive : le Nil dans l'Égypte ancienne présenté dans l'émission Terre des arts - RTF, 21 décembre 1961
  • Lecture par Marion Malenfant : extrait du premier "almanach du fermier" datant du IIe millénaire avant J.-C., tiré de L’histoire commence à Sumer, Samuel Noah Kramer (Arthaud, 1986)
  • Archive : extrait de l'émission Les piliers de la sagesse - TF1, 10 juillet 1979
  • Lecture par Marion Malenfant : lignes 309 à 334 du poème sumérien "Enki et l'ordre du monde"
  • Extrait : Les Dix Commandements, film de Cecil B. DeMille, 1956

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