Portrait d'Émile Zola peint par Manet, 1868
Portrait d'Émile Zola peint par Manet, 1868 ©Getty - DeAgostini
Portrait d'Émile Zola peint par Manet, 1868 ©Getty - DeAgostini
Portrait d'Émile Zola peint par Manet, 1868 ©Getty - DeAgostini
Publicité

Habile défenseur des impressionnistes, critique mordant de l'art officiel, romancier au regard de peintre, Émile Zola est un écrivain aux multiples facettes. Également librettiste et photographe, comment l'auteur a-t-il contribué à l'effervescence artistique de la fin du XIXe siècle ?

Avec
  • Émilie Piton-Foucault Enseignante en lettres, histoire de l'art et esthétique, spécialiste de l'œuvre d'Émile Zola
  • Jean-Sébastien Macke Ingénieur codicologue à l'Institut des textes et manuscrits modernes du CNRS

De la plume au pinceau, et pourquoi pas du pinceau à la plume, c’est Zola et les artistes ! L’art est partout dans l’œuvre d’Émile Zola qui écrit à un moment où les débats et autres querelles artistiques ne sont pas des préoccupations périphériques : parler d’art, c’est aussi parler de la société, de l’avenir, voire de la politique. Peinture, musique, photographie, pour Zola, la démarche artistique est une manière d’appréhender la vie, au risque du scandale. Voici sur les cimaises, des femmes nues sous le pinceau de Manet, c’est le Déjeuner sur l’herbe ou Olympia.

Zola et ses débuts en tant que critique

Émile Zola est assis à son bureau, de trois quarts, une histoire de l'art à la main. Sur le mur face à lui se distinguent une estampe japonaise, un dessin de Titien et une reproduction d'Olympia. Derrière sa plume, qui repose dans son encrier, le nom de Manet est apposé à la couverture d’un livre. C’est ainsi que le peintre signe sa toile, en une citation de l’ouvrage que l’écrivain et journaliste lui a consacré pour prendre sa défense face aux critiques académiques. En un jeu de regards, Édouard Manet illustre avec son portrait d'Émile Zola ce qui lie les deux artistes, un esprit d'avant-garde au diapason.

Publicité

Ami d’enfance de Cézanne, Émile Zola fréquente les cercles d’artistes à son arrivée à Paris en 1858. D’abord journaliste et critique d’art, il se fait le fervent porte-parole des peintres modernes, qui bousculent les codes de l'art pictural et se voient recalés du Salon officiel. Chroniqueur de la vie culturelle, Zola glisse dans ses appréciations esthétiques une critique du Second Empire. La connivence intellectuelle et artistique des peintres et de l'écrivain dépasse les colonnes de presse et imprègne son œuvre romanesque. Par le choix de ses sujets, le travail des couleurs, des traits et de la lumière, l’ auteur écrit en peintreÉmilie Piton-Foucault, spécialiste d'histoire de l'art et d'esthétique, nous rappelle que "lorsque Zola est arrivé chez Hachette, il a tissé des liens avec des artistes et des journalistes. Très tôt, il s'est mis à écrire des chroniques et était d'abord connu en tant que journaliste. (...) Il a également participé aux autres arts et est aussi un artiste : il est proche de la peinture dans ses descriptions, il crée des livrets dans la musique, il pratique la photographie..."

L'intérêt pour les différentes formes d'art

En 1888, une fois la somme des Rougon-Macquart achevée, l’écrivain entame une troisième période artistique. Émile Zola rencontre le compositeur Alfred Bruneau et entame avec lui une collaboration artistique. Lui qui dédaignait l’art musical trouve dans le théâtre lyrique l’opportunité d’une nouvelle tribune pour le naturalisme. Avec ses livrets en prose et le mélange du symbolisme au réalisme, l'écrivain fraîchement librettiste bouscule les codes du genre opératique si conservateur. Jean-Sébastien Macke, spécialiste des rapports entre littérature et musique, évoque le fait que "la musique est très présente dans les romans de Zola. Il est très soucieux du phrasé, de la musicalité. Dans L'Œuvre, Zola consacre plusieurs pages à la musique et essaie de comprendre la filiation existante dans la musique européenne. (...) Il soutient les compositeurs qui sont décriés et qui font scandale, et critique les genres musicaux les plus en vue comme l'opérette". Ce renouvellement coïncide avec une troisième passion, la photographie. Parallèlement, aux progrès technologiques, l’écrivain s’équipe et embarque sur sa bicyclette son appareil photo. Paysages, scènes de vie, clichés qui immortalisent sa maîtresse et ses enfants, Zola photographe est un expérimentateur.

Dans quelle mesure Zola œuvre-t-il, tant comme journaliste que romancier, à la révolution esthétique que constitue l'impressionnisme ? Comment Zola, en fustigeant l'art officiel, opère-t-il une critique du Second Empire ? Comment la musique et la photographie apportent-elles de nouveaux éclairages sur l'œuvre de l'écrivain ?

Pour en parler

Émilie Piton-Foucault est enseignante en lettres, histoire de l'art et esthétique au lycée Bertrand-d'Argentré de Vitré et au LAAB de Rennes. Ses travaux de recherche portent essentiellement sur l'œuvre d'Émile Zola, et son rapport au signe et à l'image.
Elle a notamment publié :

Jean-Sébastien Macke est ingénieur codicologue à l'Institut des textes et manuscrits modernes du CNRS. Spécialiste des rapports entre littérature et musique, il s'intéresse également au prolongement du naturalisme dans les domaines de la photographie et du cinéma.
Il a notamment publié :

Références sonores

  • Extraits du film Cézanne et moi de Danièle Thompson, 2016
  • Archive de l'historienne de l’art Magdeleine Hours à propos de Manet dans Les secrets des chefs d'œuvre,1963
  • Lecture par Daniel Kenigsberg d'un extrait de Nos peintres au Champ-de-Mars, Émile Zola, 1867
  • Archive de Maurice Utrillo sur la peinture de Cézanne, 1952
  • Archive du drame lyrique Messidor, musique d'Alfred Bruneau et livret d'Émile Zola, ORTF,1948
  • Lecture par Daniel Kenigsberg d'un extrait des propos d'Émile Zola dans L 'Écho de Paris, 7 juin 1891
  • Archive sur Daguerre ou la naissance de la photographie dans Un certain regard L'invention, 1965

Générique de l'émission : Origami de Rone