La voie balte, manifestation sous forme de chaîne humaine en faveur de l’indépendance des pays baltes, le 23 août 1989
La voie balte, manifestation sous forme de chaîne humaine en faveur de l’indépendance des pays baltes, le 23 août 1989 - Kusurija, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
La voie balte, manifestation sous forme de chaîne humaine en faveur de l’indépendance des pays baltes, le 23 août 1989 - Kusurija, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
La voie balte, manifestation sous forme de chaîne humaine en faveur de l’indépendance des pays baltes, le 23 août 1989 - Kusurija, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
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Élections libres en Pologne, révolution de velours à Prague, brèches dans le rideau de fer... Le fond de l’air est à la contestation dans le bloc soviétique, en 1989. L'année suivante, les quinze républiques soviétiques déclarent tour à tour leur indépendance et précipitent la chute de l'URSS.

Avec
  • Alain Blum Historien, démographe et statisticien. Directeur de recherche de l’INED et directeur d’études associé à l’EHESS
  • Claire Mouradian Historienne

Le vendredi 10 novembre 1989, le quotidien Le Parisien titre à sa une : "La fin du Mur", mais il est aussi question de la Chine, où Deng Xiaoping "passe la main mais garde le manche".  Quant au Monde, il annonce que "les Allemands se déplacent désormais librement de l’Est à l’Ouest". Pour Sud-Ouest, c’est "l’adieu au mur". Dans son édition pour le week-end, le 10 novembre 1989, le quotidien Ouest-France titre : "Allemagnes. Frontière ouverte, les citoyens de RDA libres d’émigrés en RFA". République démocratique allemande, République fédérale d’Allemagne, mais à la une de Ouest-France ce jour-là, il est aussi question des anciens poilus attendus à l’Arc de Triomphe pour la cérémonie du 11 novembre. Écho à la Première Guerre mondiale quand prend fin la guerre froide.

La politique de la perestroïka et la réforme constitutionnelle de 1988 permettent un assouplissement idéologique et politique en URSS. "Gorbatchev met en place ces réformes parce qu’il y a une sorte d’épuisement du pouvoir soviétique et un vieillissement des dirigeants, rappelle l’historien Alain Blum. Il perçoit la nécessité de renouvellement." Les premières élections libres ont lieu et, dans plusieurs républiques, se forment des gouvernements réformateurs, voire ouvertement opposés au régime socialiste. 

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51 min

"Petit à petit, déconstruire les briques du système"

En Hongrie, Miklós Németh prend la direction du pays. Sous son impulsion, le Parti communiste hongrois accepte le principe d’une transition graduelle vers le multipartisme. Le 10 septembre 1989, une brèche s’ouvre dans le rideau de fer au niveau de la frontière austro-hongroise. Cet exemple d’ouverture inspire les autres républiques socialistes. "Les populations s'observent et savent ce qui se passe ailleurs. On regarde ce qu’un mouvement a obtenu, on part de là et on fait un pas de plus pour, petit à petit, déconstruire les différentes briques du système", explique l'historienne Claire Mouradian.

Des révolutions par les urnes en Pologne à la révolution non-violente de Prague en passant par la violence du soulèvement du peuple roumain contre Ceaucescu, les différentes républiques d’URSS sont traversées par une vague contestataire. De leur côté, les trois états baltes manifestent leur volonté d’indépendance en créant une chaîne humaine sur plus de six-cents kilomètres le 23 août 1989, date anniversaire du pacte germano-soviétique. "La voie balte est un moment assez extraordinaire qui montre à quel point ces populations étaient déjà organisées", rapporte Alain Blum.

"La foule devient peuple." Claire Mouradian reprend ainsi l’expression d’un leader du Karabakh pour qualifier ce qui se catalyse dans les mobilisations de 1988-1989. "Les gens se rendent compte qu’ils représentent une force et qu’ils peuvent demander quelque chose. Ce qui est surmonté, c’est la peur et le sentiment d’être impuissant face au régime."

L'effervescence des indépendances

Le 11 mars 1990, la Lituanie est la première des quinze républiques soviétiques à déclarer son indépendance. Peu à peu, les chars de l’Armée rouge se retirent et les anciens bastions soviétiques ne tardent pas à rejoindre l’OTAN. Comme dans un jeu de domino, les républiques tombent les unes après les autres : entre le 11 mars 1990 et le 16 décembre 1991, elles déclarent toutes leur indépendance. Le 25 décembre, Mikhaïl Gorbatchev démissionne. C’en est fini de l’URSS. 

Comment expliquer la rapidité avec laquelle l'URSS s'est disloquée ? Par quels moyens les différentes républiques ont-elles réussi à faire valoir leur souveraineté ? Nos invités, Alain Blum et Claire Mouradian, reviennent sur les mobilisations qui annoncent l'éclatement de l'Union soviétique.

Intervenant·e·s

Alain Blum est historien, démographe et statisticien. Directeur de recherche de l’INED et directeur d’études associé à l’EHESS, il est spécialiste d’histoire soviétique. Il a publié :

Claire Mouradian est historienne, directrice de recherche émérite au CNRS. Spécialiste de l’histoire de l’Arménie, ses recherches portent sur les politiques et les pratiques impériales en Russie, en URSS et dans l’empire ottoman ainsi que sur les sorties d’empires. Elle est l'auteure de :

  • Que sais-je ? L’Arménie (Presses universitaires de France, réedition 2013)
  • De Staline à Gorbatchev : histoire d'une république soviétique, l'Arménie (Ramsay, 1990)

Références sonores

  • Archive sur la contestation dans les pays de l'Est dans Le Journal de 20H - A2, 9 juin 1987
  • Lecture de la Déclaration d’indépendance de l’Arménie, 23 août 1990, par Vanda Benes
  • Archive d'un reportage sur la voie balte - RFI, 23 août 2019
  • Musique "Michail, Michail, Gorbatchev Rap" par Nina Hagen, 1989
  • Archive sur la manifestation à Vilnius à l'occasion de la visite de Gorbatchev en Lituanie - France Inter, 11 janvier 1990
  • Lecture des Vœux pour la Tchécoslovaquie, discours de Vaclav Havel du 1er janvier 1990, lu par Vanda Benes