La Charette, tableau de Louis Le Nain, 1641
La Charette, tableau de Louis Le Nain, 1641
La Charette, tableau de Louis Le Nain, 1641 ©Getty - DEA / G. Dagli Orti / De Agostini
La Charette, tableau de Louis Le Nain, 1641 ©Getty - DEA / G. Dagli Orti / De Agostini
La Charette, tableau de Louis Le Nain, 1641 ©Getty - DEA / G. Dagli Orti / De Agostini
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Résumé

Sous l'Ancien Régime, neuf Français sur dix vivent dans les campagnes. Intéressons-nous à trois fermiers "capitalistes" avant l'heure et figures de l'élite paysanne. Peut-on considérer leurs exploitations comme des laboratoires de progrès technique, social et culturel ?

avec :

Jean-Marc Moriceau (Historien).

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La phrase a été sans cesse répétée, apprise par des millions d’élèves dans les salles de classe : "Labourage et pastourage sont les deux mamelles de la France, voilà les vrais trésors et mines du Pérou !" Au début du XVIIe siècle, alors que d’autres explorent le monde, Sully, le grand ministre du roi Henri IV, rappelle qu’un pays doit sa richesse au travail de ses paysans. Brassiers, laboureurs, métayers, fermiers : tous ne vivent pas dans le dénuement, loin de là ! Qui sont les entrepreneurs de l’Ancien Régime, ces paysans qui portent le progrès ?

Qui sont les paysans "entrepreneurs" de l'Ancien Régime ?

Nicolas Delacour, Louis Navarre, François Chartier… Ces noms ne vous disent rien ? Il s’agit pourtant de grands entrepreneurs de la région Île-de-France. Leur particularité est d’être paysans, laboureurs, parfois fermiers ; et surtout d’avoir fait leur fortune sous l’Ancien Régime, au XVIIe siècle pour les uns, au XVIIIe siècle pour les autres. L'historien Jean-Marc Moriceau a trouvé leur trace à travers l'impôt : "ils sont au sommet de la hiérarchie fiscale".

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"Près de trois-cent-cinquante actes notariés ou judiciaires signés par Nicolas Delacour éclairent sa trajectoire (…) et permettent de dessiner le portrait d'un homme d'affaires. Il fut à la fois un très grand fermier et un prêteur sur gages et s'est enrichi à l'aide des hypothèques sur les jardins, les maisons et les champs de ses débiteurs (…). C’était un véritable chef de gang", conclut Jean-Marc Moriceau.

À l’inverse, l’historien décrit le fermier François Chartier comme "aux antipodes de Nicolas Delacour". Bon entrepreneur, bon maître et bon laboureur, Jean-Marc Moriceau rapporte qu’il a su se faire aimer de sa famille, de ses domestiques et de son village. "Il était cultivé et ouvert aux idées nouvelles. Il avait notamment les cinq premiers volumes du Traité de la culture des terres de Nicolas Duhamel du Monceau".

"Les femmes des fermiers jouent un rôle important", ajoute Jean-Marc Moriceau. "Elles contrôlent certains domestiques, assurent des livraisons de beurre, de fromage, de volaille, etc. et remplacent leur mari quand ils sont aux affaires et à Paris où ils négocient."

La paysannerie, laboratoire du progrès social, technique et culturel

Loin de vivre dans le dénuement et l’austérité ou de travailler sur de petites parcelles, ces paysans "capitalistes" avant l’heure ont accumulé les terres, les fermes et les exploitations jusqu’à bâtir de véritables empires. Inspirés par le développement de la science agronomique, ces nouveaux maîtres du monde rural s’emploient à maximiser rendements et profits.

"Ces notables ont tissé un réseau de relations familiales régional et même interrégional, avec un pied dans les villes de Pontoise, Senlis, Meaux et surtout Paris", souligne Jean-Marc Moriceau. "Ce réseau leur permettait de placer des enfants dans les voies d'ascension sociale complémentaires à celle de la terre, comme la haute administration, la marchandise, le négoce, la cléricature ou la carrière ecclésiastique."

Par quels mécanismes ces entrepreneurs s’enrichissent-ils ? Quelles sont leurs idées et leurs valeurs ? Quelles relations entretiennent-ils avec leurs voisins et seigneurs féodaux ? Et surtout, comment ces fermiers vont-ils durablement bouleverser l’équilibre de la société d’Ancien Régime ?

Notre invité

Jean-Marc Moriceau est historien spécialiste de l’histoire rurale, professeur d'histoire moderne à l'université de Caen et président de l'Association d'histoire des sociétés rurales. Directeur-fondateur depuis 1994 de la revue internationale Histoire et Sociétés Rurales, il dirige la collection "Bibliothèque d'Histoire Rurale" à la Maison de la recherche en sciences humaines de l'université de Caen. Il a notamment publié :

Références musicales

  • "Air pour les paysans et les paysannes" de Jean-Baptiste Lully, 1660
  • "La chasse donnée à Mazarin par les paysans" par Les Quatre Barbus, 2014
  • "Ouverture", opéra Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, 1735
  • "Pauvre Martin" par Georges Brassens, 1953

Sons diffusés dans l'émission

  • Lecture par Marion Malenfant : épitaphe consacrée au fermier François Chartier, gravée sur sa pierre tombale
  • Archive : Jean-Pierre Santier lit un extrait d'une description d'un paysan au XVIIIe siècle de Nicolas Restif
  • Extrait de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, 1789
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Production déléguée
Jeanne Delecroix
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Maïwenn Guiziou
Production déléguée