Page de titre de l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Archive nationale. (Wikipédia).
Page de titre de l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Archive nationale. (Wikipédia).
Page de titre de l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Archive nationale. (Wikipédia).
Page de titre de l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Archive nationale. (Wikipédia).
Page de titre de l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Archive nationale. (Wikipédia).
Publicité
Résumé

François Ier signe en 1539 « l'Ordonnance générale sur le fait de la justice » dite « de Villers-Cotterêts ». Son article 111 est réputé avoir imposé l’usage de la langue française dans les domaines du droit et de l'administration. Qu'en est-il réellement ?

avec :

Charles Baud (Doctorant en histoire du droit à l’université Paris 2 Panthéon-Assas), Bernard Cerquiligni (Professeur émérite de l’université de Paris, spécialisé sur l’Histoire de la langue française), Paul de Sinety (Délégué général de la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture).

En savoir plus

Été 1539, le roi François Ier signe l’ordonnance de Villers-Cotterêts. La date est connue, le lieu aussi, au nord-est de Paris. Il est présenté dans une œuvre majeure de la littérature française, le guide des environs de Paris, d’Adolphe Joanne. Lisons son édition de  1878 : « Le château a été défiguré par la grande restauration et les embellissements de 1750. Le corps de logis principal offre une façade de 40 mèt. De longueur, décorée de niches et de sculptures. À l’intérieur, qu’on ne peut visiter, nous signalerons surtout un magnifique escalier et la chapelle, ornée d’une frise admirable. "Après avoir retenti des joyeusetés de Rabelais et des accents de Marot, après avoir été le théâtre des fêtes que François Ier offrit à Charles Quint, ce château est occupé par une dépôt de mendicité du département de la Seine" (Lavallée) ». Pourtant, c’est bien ici qu’a été signée un des textes les plus importants de l’histoire de notre langue : au château de Villers-Cotterêts, avons-nous donné notre langue au roi ? Xavier Mauduit

Durant l’été 1539, en son château de Villers-Cotterêts, le roi François Ier édicte une ordonnance composée de 192 articles. Le texte est enregistré au Parlement de Paris le 6 septembre. Il impose des décisions qui réforment la juridiction ecclésiastique, réduisent certaines prérogatives des villes, et rendent obligatoire la tenue des registres des baptêmes et des sépultures par les curés. Seul l’article 111 évoque la question de la langue française.

Publicité

Pourtant, c’est grâce à cet article que l’ordonnance a survécu à douze régimes successifs et a aujourd'hui acquis le statut de mythe fondateur du français comme langue d’État. La langue d’oïl se substitue donc au latin, car elle jugée plus claire, moins ambiguë, et accessible à un plus grand nombre de sujets du Royaume de France.
L’article 111 n’est pas qu’une disposition juridique et administrative. Il inaugure le mariage de ce que l’on appelle encore le "langage maternel françois" et de l’État. Faut-il faire de l’ordonnance de Villers-Cotterêts l’acte de naissance du français comme langue nationale ? Comment expliquer que ce texte ait conservé une telle force jusqu’à aujourd’hui ?

Avec nous, Bernard Cerquiglini, professeur émérite de linguistique française à l'Université de Paris, vice-président de la Fondation des Alliances françaises, et membre de l’OuLiPo. Il a dirigé le laboratoire “Institut National de la Langue Française” au CNRS et occupe le poste de recteur de l'AUF (Agence universitaire de la Francophonie) de 2007 à 2015. Il est l’auteur de très nombreux ouvrages sur la langue, notamment La Naissance du français  (PUF, Que sais-je, 2020), de La Parole médiévale (Édition de Minuit, 1981) et Les langues de France  (PUF, 2003).  

Paul de Sinety a occupé les fonctions de directeur du département du livre et des savoirs à Culturesfrance. Il est actuellement délégué général de la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture. Il a été conseiller culturel adjoint à Rabat de 2013 à 2015 puis commissaire général du pavillon français à la foire du livre de Francfort en 2017. 

Et Charles Baud, doctorant en histoire du droit à l’université Paris 2 Panthéon-Assas. Sa thèse, intitulée L’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) et sa réception jusqu’aux codifications napoléoniennes, est co-dirigée par Franck Roumy (Université Paris II) et Patrick Arabeyre (École des Chartes).

L'ordonnance de Villers-Cotterêts a une place légendaire importante, c'est-à-dire qu'on a là un texte qui impose le français comme langue royale, langue générale. En général, une loi valide un état de fait et donne un léger coup de pouce, c'est ce qui s'est passé. Guillaume Poyet a préparé l'ordonnance pour le roi, qui prenait acte de la généralisation du français dans les actes administratifs même au sud, même en terres d'Oc mais, il y a ajouté une obligation. Bernard Cerquiglini

Je pense que l'article 111 autorise tout à la fois l'usage du français et des idiomes locaux. Après tout, la législation antérieure de Louis XII, la grande ordonnance de 1510, allait dans ce sens et, dans un édit de 1533 François Ier lui-même demande aux notaires du Languedoc de rédiger tous leurs actes dans la langue du pays. Donc si François Ier a voulu exclure une langue, il s'agit du latin et certainement pas des langues régionales. De plus, l'article 111 ne se comprend qu'au regard du regard de l'article 110 qui impose la clarté et l'intelligibilité des actes de justice, autrement dit, les langues régionales ont toute leur place devant les cours de justice. Charles Baud

Le projet de la Cité internationale de la langue française est un lieu dédié à la langue française en référence à l'ordonnance de Villers-Cotterêts, mais aussi à la langue d'aujourd'hui, c'est-à-dire un lieu ouvert sur le monde qui vit en dialogue dans les espaces de la francophonie et également avec toutes les autres langues du monde. Il ne s'agit donc pas d'un espace avec une certaine forme de conservatisme, bien au contraire, c'est un espace ouvert à la pluralité linguistique et qui accueillera l'ensemble des créateurs, des artistes, des intellectuels qui voudront y séjourner pour des travaux de recherche, dans le cadre de résidence, dès que les portes pourront être ouvertes, à partir de la fin 2022, espérons-le. Paul de Sinety

Sons diffusés :

  • Archive - 30/12/1962 - L'art de vivre - Le roi François Ier et sa cour.  
  • Archive - 1969 - ORTF - La vieille cité de Villers-Cotterêts.
  • Archive - 09/1952 - RDF - Un jeune garçon évoque l'ordonnance de de Villers-Cotterêts.
  • Archive - 04/09/1969 - Carte postale de Villers-Cotterêts
  • Archive - 1969 - Extrait d'un discours du Général de Gaulle à Quimper qui lit un vers d'un poème en breton écrit par son grand-oncle.
  • Musique - Jacques Brel - Rosa

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Eric Lancien
Réalisation
Juliette Corbel Vivas
Collaboration
Odile Joëssel
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Milena Aellig
Réalisation
Somaya Dabbech
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée