La Sainte Trinité envoie un bébé à un couple dans un lit, enluminure, XIV-XVe siècle
La Sainte Trinité envoie un bébé à un couple dans un lit, enluminure, XIV-XVe siècle
La Sainte Trinité envoie un bébé à un couple dans un lit, enluminure, XIV-XVe siècle ©Getty - Apic
La Sainte Trinité envoie un bébé à un couple dans un lit, enluminure, XIV-XVe siècle ©Getty - Apic
La Sainte Trinité envoie un bébé à un couple dans un lit, enluminure, XIV-XVe siècle ©Getty - Apic
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Résumé

Le christianisme a une influence majeure sur l'ordre sexuel au Moyen Âge. Notion de péché, précepte du mariage, valorisation de la procréation président à l'ordonnancement des pratiques sexuelles. Comment l'Église consolide-t-elle ses prescriptions sexuelles ?

avec :

Didier Lett (Professeur d’histoire médiévale à l’Université de Paris), Sylvie Steinberg (Historienne, directrice d'études à l’EHESS).

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Il est des textes incroyables, oubliés puis redécouverts. C’est le cas de Speculum al foder, un écrit catalan du XVe siècle, redécouvert dans les années 1970. Les mots sont crus : "Malaxe-lui bien le con, frotte-le et masse-le jusqu’au moment où elle poussera des cris et des gémissements et où elle tremblera. Elle sera alors excitée et elle aura envie de baiser", ou encore "Malaxe son sexe, frotte-le et masse-le jusqu’à la faire gémir, trembler et crier. Elle désirera alors être pénétrée". Il y a parfois loin des mots à la pratique. Comment s’est construit le discours religieux qui régit les relations sexuelles et impose l'hétérosexualité matrimoniale ?

L’écart entre les normes et les pratiques

Au Moyen Âge, les relations sexuelles entre les fidèles sont régies par les discours ecclésiastiques, qui n’acceptent que "l'hétérosexualité matrimoniale". Autrement dit, la loi religieuse autorise seulement la sexualité entre un homme et une femme mariés, avec pour unique dessein celui de la procréation.

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"Le christianisme crée un monde plus hétéronormé que le monde antique, explique l’historien Didier Lett. À l'origine, il y a Adam et Ève avec une domination masculine extrêmement forte. Ève est née d'Adam et est responsable de la chute. Il faut penser les rapports sexuels entre un homme et une femme comme foncièrement inégalitaires."

Si on trouve de nombreux textes qui condamnent les pratiques sexuelles qui sortent du cadre conjugal hétéronormé, il est utile de rappeler qu’on peut trouver, dans les sources sur les pratiques sexuelles, les traces d’une certaine liberté, éloignées des représentations communes du Moyen Âge.

"Depuis une vingtaine d'années, on scrute les angles morts de l'histoire des sexualités et on s'intéresse au concubinage, à l'adultère, à la bigamie... On se rend compte que tous les gens adultes n'étaient pas mariés, avec parfois 10-20 % des femmes, par exemple, dans certains villages anglais du XIVe-XVe qui faisaient le choix de rester célibataires", précise Didier Lett.

La sacralisation du mariage

Les XIIe et XIIe siècles marquent un tournant avec la réforme grégorienne qui établit le mariage comme septième sacrement en 1181, désormais passage obligé de la vie des laïcs, et l’instauration des vœux de chasteté et de célibat pour les clercs.

"La sexualité illicite est ce qui n'est pas permis parce qu'à l'encontre de la réalisation de la procréation, souligne l’historienne Sylvie Steinberg. En gros, c'est mis sous le terme "sodomie", voulant dire à la fois pénétration anale, mais aussi masturbation et actes inachevés."

À écouter : L'Eglise et la sexualité

Le plaisir, condition de la procréation

Les médecins tentent de comprendre l’acte de procréation et la manière dont se forme le fœtus. Ils se réfèrent à la doctrine antique de Galien, qui conçoit la nécessité d'arriver au plaisir entre les partenaires dans le cadre conjugal, puisque ce plaisir résulterait d'un échange de semence, comme le remarque Sylvie Steinberg : "il est nécessaire d’arriver à ce plaisir coïtal".

Quelles conduites sexuelles étaient permises dans l'Occident médiéval ? Quelles pratiques, licites ou illicites, sont documentées par les sources ? Comment évolue la doctrine religieuse au gré des réformes de l'Église ? Comment le Concile de Trente arrive-t-il à consolider le contrôle de la sexualité ? Nous en discutons avec nos invités, Didier Lett et Sylvie Steinberg.

Nos invité·e·s

Didier Lett est professeur d’histoire médiévale à l’Université de Paris et membre senior honoraire de l’Institut universitaire de France. Il est spécialiste de l’enfance, de la famille et du genre et signe le chapitre consacré au Moyen Âge dans l'ouvrage dirigé par Sylvie Steinberg Une histoire des sexualités (Presses universitaires de France, 2018). Il est notamment l'auteur de :

Sylvie Steinberg est historienne et directrice d'études à l'EHESS. Elle est spécialiste de l'histoire du corps des femmes, de la sexualité et du genre à l'époque moderne. Elle a notamment publié :

Didier Lett et Sylvie Steinberg ont co-dirigé avec Fabrice Virgili la revue Clio : femmes, genre, histoire, n°52 : "Abuser, forcer, violer" (Belin, février 2021).

Sons diffusés dans l'émission

  • Musique : "Croque la pomme" par Sylvie Vartan et Johnny Hallyday dans Le show Smet, 1969
  • Lecture par Sandy Boizard : extrait de De Matricibus d'Antonio Guaineri, médecin du XVe siècle, traduction d'Estela Bonnaffoux
  • Archive : Marie-José Imbaut Huart, professeur d'histoire de la médecine, dans Les Chemins de la connaissance - France Culture, 1982
  • Extrait : série télévisée Kaamelott d'Alexandre Astier et Alain Kappauf
  • Extrait : le Concile de Trente présenté dans L'histoire en son état - La Cinquième, 1996
  • Archive : Françoise Dolto à propos d'un tableau du Greco représentant Marie Madeleine dans Le Jour du Seigneur, 1978