Illustration de « Comment Kinu est revenu de la tombe » de Madame Yukio Ozaki [Simpkin, Marshall, Hamilton, Kent & Co. Ltd, Londres, 1919]. Artiste inconnu ©Getty - The Print Collector
Illustration de « Comment Kinu est revenu de la tombe » de Madame Yukio Ozaki [Simpkin, Marshall, Hamilton, Kent & Co. Ltd, Londres, 1919]. Artiste inconnu ©Getty - The Print Collector
Illustration de « Comment Kinu est revenu de la tombe » de Madame Yukio Ozaki [Simpkin, Marshall, Hamilton, Kent & Co. Ltd, Londres, 1919]. Artiste inconnu ©Getty - The Print Collector
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Résumé

Apparitions spectrales aux significations ambiguës et plurielles, les fantômes hantent hommes et femmes par-delà les continents et les cultures. Des yokai japonais aux dorlis afro-caribéens, panorama des représentations de cette figure surnaturelle.

avec :

Philippe Charlier (Médecin légiste, archéologue et anthropologue, directeur de la recherche et de l’enseignement au musée du quai Branly Jacques Chirac).

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Histoire de fantômes, d’ici et d’ailleurs ! En 1931, Michel Leiris participe, en tant que secrétaire archiviste, à une mission ethnographique en Afrique. Il en revient avec des carnets plein les poches. Pour les éditer, il s’adresse à André Malraux, qui lui conseille de choisir un titre qui claque. Leiris choisit L’Afrique fantôme.

Il explique que "l’Afrique fantôme me parut s’imposer, allusion certes aux réponses apportées à mon goût du merveilleux par tels spectacles qui avaient capté mon regard ou telles institutions que j’avais étudiées, mais expression surtout de ma déception d’Occidental mal dans sa peau qui avait follement espéré que ce long voyage dans des contrées alors plus ou moins retirées et, à travers l’observation scientifique, un contact vrai avec leurs habitants feraient de lui un autre homme". En revenant d’Afrique, Michel Leiris n’a pas trouvé la délivrance qu’il cherchait, mais il nous a offert l’Afrique fantôme… Alors, partons à la rencontre de ces revenants, en Afrique et ailleurs.

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Les fantômes ont une fonction sociale

Présents sous différentes formes dans pratiquement toutes les sociétés humaines, les fantômes sont avant tout l’expression d’un rejet instinctif de la mort. Ces apparitions spectrales permettent aux mortels d’être rassurés quant à la possibilité d’une vie après la mort. Les fantômes sont parfois bienveillants et continuent à veiller sur les mortels depuis l’au-delà. Ce sont souvent les spectres de nos ancêtres ou d’un proche disparu. Les fantômes peuvent aussi être des apparitions terrifiantes, des entités bloquées entre deux mondes qu’une mort brutale ou injuste empêche de trouver le repos. 

Philippe Charlier, médecin légiste, anthropologue et archéologue, met en relief la fonction sociale des fantômes. "Ils ont un rôle rituel, souligne-t-il. Ils permettent d'organiser le chaos où, face à la mort, on est totalement désemparé." Dans son ouvrage Comment faire l'amour avec un fantôme ? Anthropologie de l'invisible (Éditions du Cerf, 2021), il observe des objets, des mythes ou des légendes d'Afrique, des Caraïbes et d'Extrême-Orient pour comprendre ce qu'ont mis en place les humains pour que les morts leur soient profitables. Pour lui, "réfléchir aux fantômes, c'est réfléchir à notre définition de la mort et des morts".

 À chaque culture ses fantômes

"Les fantômes sont toujours vivants, appuie Philippe Charlier. Ils agissent avec la communauté des humains et provoquent une chaîne de réalité." L'ambivalence des figures spectrales est avant tout un reflet des peurs, des règles, des traditions et des récits fondateurs de chaque société. En Occident, le spiritisme passe pour une distraction souvent dénuée de fondement religieux ou scientifique. Dans d’autres cultures, cependant, ces croyances sont encore vivaces et font partie intégrante des récits mythologiques. C’est notamment le cas au Japon, où les terrifiants yokai hantent les imaginaires et les lieux isolés à la tombée de la nuit.

Philippe Charlier décrit une autre manifestation des extra-humains au Japon, dans le théâtre nô: "À chaque représentation, les fantômes sont sur scène et s'incarnent à travers le masque et les costumes fixes et rigides. Ils sont là pour rejouer une scène fatidique, un moment dramatique et essayer de réparer une injustice. Le but étant qu'au bout des centaines de représentations, la vérité éclate, l'esprit pardonne et laisse en paix les vivants".

En Afrique subsaharienne, les esprits des défunts continuent d’habiter le monde des vivants, voire de l’influencer. Philippe Charlier prend l'exemple des fantômes chez les Dogons dont le rituel s'organise autour de masques. Ces fantômes sont dispensateurs d'une énergie positive et permettent la réussite des récoltes, des mariages, la fertilité ou encore la prospérité. "Si on les désacralise, la chaîne de bienveillance s'effondre. Les catastrophes finissent par arriver." Voyage dans le monde invisible avec l'auteur d'Autopsie des fantômes. Une histoire du surnaturel (Tallandier, 2021), qui nous parle des modes de représentation, de communication et d’interaction avec les fantômes par-delà le monde et les cultures.

Intervenant

Philippe Charlier est médecin légiste, anthropologue et archéologue. Il est directeur du Département de la recherche et de l’enseignement au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac et maître de conférences HDR en médecine légale à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est l'auteur d'Autopsie des fantômes. Une histoire du surnaturel (Tallandier, 2021), Comment faire l'amour avec un fantôme ? Anthropologie de l'invisible (Éditions du Cerf, 2021), Vaudou : les hommes, la nature et les dieux (Bénin) (Plon, 2020), Autopsie des morts célèbres (avec David Alliot, Tallandier, 2019) et Zombis. Enquête sur les morts-vivants (Tallandier, 2018).

Références sonores

  • Archive de l'émission Afrique noire, terre des arts - RTF, 1966
  • Archive sur les Dogons présentés dans l'émission Civilisations - ORTF, 1970
  • Extrait du film Sylvie et le fantôme de Claude Autant-Lara, 1946
  • Lecture d'un extrait de Magia Sexualis de Pascal Bewerly Randolph, 1931, par Marion Malenfant
  • Archive du documentaire Vie à O'Hara diffusé dans Caméra en Asie - ORTF, 1962
  • Lecture de « Sadako et les fantômes japonais », propos d'Hiroshi Takahashi, créateur de manga, recueillis à Tokyo le 14 août 2016 par Stéphane du Mesnildot et Julien Rousseau, traduction par Marie-Noëlle Beauvieux, lu par Marion Malenfant
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Production
Milena Aellig
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée
Marion Dupont
Collaboration
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Anna Grumbach
Collaboration