Le faussaire Han van Meegeren (1889-1947) peint "Jésus en conversation avec les scribes", toile qu'il a fait passer pour un authentique Vermeer. Photo : Koos Raucamp / Anefo. (Wikimédia)
Le faussaire Han van Meegeren (1889-1947) peint "Jésus en conversation avec les scribes", toile qu'il a fait passer pour un authentique Vermeer. Photo : Koos Raucamp / Anefo. (Wikimédia)
Le faussaire Han van Meegeren (1889-1947) peint "Jésus en conversation avec les scribes", toile qu'il a fait passer pour un authentique Vermeer. Photo : Koos Raucamp / Anefo. (Wikimédia)
Le faussaire Han van Meegeren (1889-1947) peint "Jésus en conversation avec les scribes", toile qu'il a fait passer pour un authentique Vermeer. Photo : Koos Raucamp / Anefo. (Wikimédia)
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En peinture, contrairement à la copie, le faux s'affirme comme authentique. Pour le faussaire, duper les experts permet de profiter des failles du marché de l'art. Pour l’historien, le faux dépeint l’évolution du regard.

Avec
  • Charlotte Guichard Historienne de l'art, directrice de recherche au CNRS et professeure attachée à l’École normale supérieure
  • Jean-Louis Gaillemin Maître de conférences à l'Université Paris Sorbonne

Avez-vous déjà tenté de copier le tableau d’un grand maître ? Pendant les vacances, vous ressortez vos tubes et vos pinceaux pour reproduire, je ne sais pas moi… la Joconde ! Vous vous appliquez sur le visage, les mains, les cheveux. Vous vous acharnez sur la forme des lèvres. Ah, ce sourire... Puis, pour juger du résultat, vous vous adressez à un expert reconnu. Si vous n’en avez pas un sous la main, votre mère, votre épouse, votre mari feront l’affaire. Ils vous diront : « Oui, c’est la Joconde, mais, euh, bon... ce n’est pas la Joconde, la vraie ». Alors, mieux que simple copiste, vous pouvez devenir faussaire. Il ne s’agit plus de copier, mais d’inventer un tableau dans le style du maître. Choisissez un beau modèle, tenez, belle-mère, que vous représentez dans le style de Vermeer. Il y a peu de chances que l’on vous dise que votre œuvre ne ressemble à rien. Au pire, vous serez félicité pour votre maîtrise de la touche, de la couleur, de l’originalité et la vivacité… de Picasso ! Xavier Mauduit

À partir de quand les faussaires sont-ils devenus des criminels ? De l’Antiquité à la Renaissance, copier une œuvre d’art faisait partie de l’apprentissage des jeunes artistes dans les ateliers de peinture. Au fil de l’histoire, la définition de l’authenticité d’une œuvre évolue avec celle du statut de l’artiste. À partir du XVIIIe siècle, les artistes commencent à exposer hors de leurs cercles d’amis et à signer leurs œuvres. La griffe, comme l’appelle Charlotte Guichard, est alors érigée comme l’élément principal pour déterminer l’authenticité d’une œuvre. L’association du génie artistique au geste du peintre pousse les faussaires à imiter les plus grands maîtres.

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Le Cours de l’histoire part sur les traces des menteurs de l’histoire de l’art. Comment Van Meegeren a-t-il dupé les conservateurs de musées avec sa série de faux Vermeer ? Quels stratagèmes les époux Beltracchi, véritables Bonnie and Clyde de l’art, ont-t-ils mis en place pour faire croire à l’authenticité de leurs Ernst, Léger ou Van Dongen ?

Ces artistes faussaires nous permettent de retracer l’évolution du regard des spectateurs et donc une histoire du goût. 

Avec Jean-Louis Gaillemin, historien de l'art, maître de conférences à l'Université Paris Sorbonne, auteur de Trop beau pour être vrai. Le faux dans l’art, de la tiare du Louvre aux chaises de Versailles (Éditions Le Passage, 2019). 

Et Charlotte Guichard, directrice de recherche au CNRS et historienne de l’art. Elle est notamment autrice de La Griffe du peintre. La valeur de l'art 1730-1820 (Seuil, 2019) et a dirigé l'ouvrage De l'authenticité, Une histoire des valeurs de l'art (XVIe-XXe siècle) (Éditions de la Sorbonne, 2014). 

Je dirais que le faussaire apparaît au moment où l'artiste devient un personnage génial. L'artiste est un intermédiaire entre le spectateur et l'absolu, il devient un génie, un personnage très important. Il devient une sorte de reliques. C'est lui qui sera le médium avec le nouveau sacré qui est à partir du début XIXe le sacré esthétique et qui va prendre la place du sacré religieux dans le monde occidental. Jean-Louis Gaillemin

La signature est un nom qui renvoie à l'artiste, à sa valeur sur le marché mais aussi à sa valeur esthétique et elle est aussi une trace, celle de la présence de l'artiste. En fait la signature renvoie au corps de l'artiste et c'est pour cela qu'il y a une sorte de "fétichisation" de la signature, c'est ce sur quoi vont jouer les faussaires : ils vont reproduire le nom mais sans que la signature reste la trace. C'est cette disjonction entre le nom et la trace avec laquelle jouent les faussaires à partir du XVIIIe et surtout au XIXe et au XXe siècle lorsque la fascination pour l'autographe et la présence se déploie sur le marché de l'art et dans les musées. Charlotte Guichard

Sons diffusés :

  • Lecture par Nathalie Kanoui d'un extrait de Vies de Giorgio Vasari.
  • Lecture par Nathalie Kanoui d'un extrait de l'ouvrage de d'Hélène et Wolfgang Beltracchi, Faussaires de génie : autoportrait (L'Arche Éditions, 2015). 
  • Archive - 24/06/1948 - Extrait de l'émission L'art et la vie - Monsieur de Vries, conservateur du Musée royal de Hollande. 
  • Archive - 24/06/1955 - L_es Actualités françaises_ - Le Comité des salons artistiques de la police présente le Salon international de la police et l'exposition mondiale "le Faux dans l'art et dans l'histoire" au Grand palais des Champs-Elysées, du 17 juin au 16 juillet 1955. 
  • Archive - 10/01/1963 - La conservatrice Madeleine Hours. La signature de Corot. 
  • Archive - 26/02/1980 - France Culture - Les Nuits magnétiques - Fernand Legros, marchand d'art. 
  • Extrait la série télévisée Arsène Lupin, Les tableaux de Tornbüll (épisode 12 de la saison 1, 1971)

L'équipe

Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Eric Lancien
Réalisation
Odile Joëssel
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Milena Aellig
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée