Les écoliers coquins par Théophile Emmanuel Duverger (1821-1898)
Les écoliers coquins par Théophile Emmanuel Duverger (1821-1898)
Les écoliers coquins par Théophile Emmanuel Duverger (1821-1898) ©Getty - Fine Art Photographic Library / Corbis
Les écoliers coquins par Théophile Emmanuel Duverger (1821-1898) ©Getty - Fine Art Photographic Library / Corbis
Les écoliers coquins par Théophile Emmanuel Duverger (1821-1898) ©Getty - Fine Art Photographic Library / Corbis
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Résumé

Lignes d'écriture, bonnet d'âne, fessée ou coups de martinet : les châtiments corporels et l'humiliation ont longtemps appartenu au registre éducatif. Ils reposent sur l'idée du "droit de correction", qui serait un pilier de l'ordre social.

avec :

Elisabeth Lusset (chargée de recherche au CNRS (Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris / Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)).

En savoir plus

En 1839, l’avocat et docteur en droit, mais aussi professeur suppléant à la faculté de Strasbourg, Prosper Eschbach, fait paraître un ouvrage intitulé De la puissance paternelle. Quel titre lourd de sens ! Il y explique que le droit d’éducation comprend le droit de correction : "Le père peut soumettre l’enfant à des sensations plus ou moins douloureuses et le priver de sa liberté pendant un temps plus ou moins long. Quant à la faculté d’infliger des châtiments corporels à l’enfant, le législateur n’a pas cru devoir intervenir pour en régler l’exercice. Il s’en est rapporté à la tendresse des père et mère !" Dès lors, il est possible de s’interroger : puisque le Maître dans sa classe est comme le roi dans ses États ou comme le père dans son foyer, fait-il lui aussi preuve de tendresse au moment d’administrer un châtiment corporel ?

Une lente prise de conscience collective

La question des châtiments corporels dans la sphère domestique a occupé le devant de la scène en 2019 avec la loi contre les violences éducatives ordinaires, surnommée "loi anti-fessée". Déjà au XIXe siècle, les punitions physiques dans la sphère scolaire étaient une préoccupation et l'objet de nombreuses contestations.

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Interdits à l'école en France en 1803, les châtiments corporels ne cessent pour autant. "Ces châtiments continuent de subsister à des fins de maintien de l'ordre, précise l'historienne Élisabeth Lusset, avec l'idée que l'autorité doit s'inculquer par la violence".

S'ils se transforment avec l'école de la Troisième République et deviennent des sanctions dites éducatives - le fouet est remplacé par le bonnet d'âne, la fessée par le renvoi de la classe ou la mise au piquet - les pratiques punitives perdurent jusque dans les années 1970-1980, processus d'une lente prise de conscience collective.

Pour comprendre la persistance de l'idée d'un droit de correction, à l'école ou dans la maison, Élisabeth Lusset souligne que l'exercice de ce droit est pensé en rapport avec ses abus et ses excès. "Le père ou le maître a le droit de corriger ceux qui sont placés sous son autorité, à condition d'être raisonnable. Le problème, c'est que le seuil au-delà duquel on est dans l'excès n'est jamais défini de façon précise."

La domination du père et du maître

L'enfant, considéré comme un être inachevé, devait à tout prix être éduqué et, donc, corrigé. D'ailleurs, l'étymologie du terme illustre l'idée que l'éducation s'incarne dans le corps. "Corriger", c'est redresser l'individu, le remettre droit. Les punitions visent à inculquer les normes sociales et acquièrent ainsi une légitimité. La salle de classe est l’espace où doit régner l’autorité du maître, comme la maison est l’espace où le père assure son autorité.

"Le devoir [de correction] a une tradition scripturaire. Les proverbes incitent les pères, les mères, et tout maître, à corriger leurs inférieurs pour leur permettre d'aller dans le droit chemin", remarque Élisabeth Lusset.

Le concept de protection de l'enfance se forge peu à peu au XIXe siècle. L'historienne Emmanuelle Chapron relève l'apparition de la figure du mauvais parent : "on la retrouve déclinée sous différentes formes dans les romans de la Comtesse de Ségur, avec soit le parent très violent, soit le parent très laxiste, autre forme de mauvais comportement parental épinglé par l'autrice."

Quelle place la punition a-t-elle occupée dans l'histoire de l'éducation ? Comment et sous quelles formes la contestation des violences éducatives s'est-elle manifestée ? Quelles étapes ont permis d'écarter les châtiments corporels et l'humiliation de la panoplie éducative ?

À écouter aussi : La fessée, une violence tolérée ?

Nos invitées

Emmanuelle Chapron est professeur d’histoire moderne à Aix Marseille Université et directrice d’études cumulante à l'École pratique des hautes études. Elle a notamment publié :

Élisabeth Lusset est historienne, chargée de recherche au CNRS.  Elle a notamment publié :

Sons diffusés dans l'émission

  • Extrait : "Le marchand de fessées" raconté par l'écrivain Pierre Gripari d'après Les Contes de la Folie Méricourt, 1983
  • Archive : les Jésuites évoqués à propos de L'Épingle du jeu de Jean Forton dans Inter actualités - RDF, 14 novembre 1960
  • Extrait : Matilda, film de Danny DeVito, 1996
  • Extrait : La Guerre des boutons, film d'Yves Robert, 1960
  • Archive : microtrottoir d'enfants sur la fessée dans Aujourd'hui Madame - RTF, 10 mars 1971