Portrait de l'historien François Hartog, auteur de "À la rencontre de Chronos", ouvrage dans lequel il questionne notre rapport au temps. - ©Didier Goupy
Portrait de l'historien François Hartog, auteur de "À la rencontre de Chronos", ouvrage dans lequel il questionne notre rapport au temps. - ©Didier Goupy
Portrait de l'historien François Hartog, auteur de "À la rencontre de Chronos", ouvrage dans lequel il questionne notre rapport au temps. - ©Didier Goupy
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Résumé

Dans "À la rencontre de Chronos", François Hartog revient sur son parcours intellectuel, ses années de formation, ses lectures et ses voyages, autant d'étapes qui l’ont mené à élaborer une théorie des régimes d’historicité. Comment un historien peut-il faire l'histoire des rapports au temps ?

avec :

François Hartog (Historien, directeur d'études à l'EHESS).

En savoir plus

C’est une histoire de voyages et de rencontres : de voyages, de Tahiti à Hawaï, mais aussi dans la cité grecque antique ou au pied du mur de Berlin ; ce sont des rencontres, avec des étudiants, devenus grands penseurs, avec des historiens du passé, avec Hérodote, mais aussi avec Chronos et Kronos. C’est une histoire du temps, sans être une histoire du temps qui passe et de ce qui nous lie au temps. Mettons-nous au régime… au régime d’historicité !

La recherche sur la Grèce

Né en 1946, François Hartog étudie l’histoire à l’École normale supérieure, où il rencontre Pierre Vidal-Naquet, avec lequel il mène ses travaux de recherche dès la maîtrise. Spécialiste d’histoire grecque, il travaille sur Homère puis, pendant ses années de thèse, sur Hérodote.

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En 1973, il fait un grand voyage qui le conduit jusqu’en Indonésie, et notamment sur l’île de Célèbes, où il se passionne pour l’anthropologie. Cette expérience fondatrice, qui le fait hésiter un moment entre littérature, histoire et anthropologie, ne le détourne néanmoins pas de l’histoire, puisqu’il entame à son retour une thèse sur l’écriture de l’autre dans les Histoires d’Hérodote, nourrie de ce qu’il a appris lors de son voyage et d’un intérêt grandissant pour la construction de l’altérité. Pour François Hartog, l'étude de l'anthropologie est fondatrice, y compris pour aborder les textes historiques de la Grèce antique : "Hérodote est une espèce de Lévi-Strauss de l'Antiquité, c'est-à-dire qu'il a essayé de penser l’ensemble des cultures de la terre habitée, du monde, et de trouver des principes d’ordonnancement, avec des oppositions entre le haut et le bas, le chaud et le froid, le jeune et le vieux…" Élève de Jean-Pierre Vernant et de Pierre Vidal-Naquet, il soutient sa thèse d’histoire grecque en 1979.

Après avoir enseigné l’histoire grecque à l’Université de Strasbourg et à l’Université de Metz, il est nommé en 1987 directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, où il occupe la chaire "Historiographies anciennes et modernes".

32 min

L'étude des rapports au temps

De l’histoire de la Grèce antique, François Hartog passe peu à peu à l’étude de l’historiographie, pour se concentrer finalement sur l’étude des rapports au temps. Le chercheur souligne un paradoxe : "L’historien, par définition, travaille avec le temps, c’est une seconde nature, mais il ne s’interroge pas forcément sur le temps lui-même et sa transformation au fil des siècles. Le temps a été l’impensé de la discipline historique."

François Hartog conceptualise au fil de ses ouvrages une théorie centrale, celle des régimes d’historicité. À travers cette notion, l'historien s’intéresse à l’expérience du temps et au rapport au temps des sociétés humaines, qui prennent plusieurs formes selon les lieux et les périodes. Il distingue ainsi plusieurs régimes d’historicité, articulés autour de moments de basculement et de crise. Il s'agit alors pour l'historien de travailler sur "la façon d’articuler les trois catégories du passé, du présent et du futur".

L’ancien régime d’historicité, qui a prévalu jusqu’à la Révolution française, fait appel aux lumières du passé, dans lequel on trouve force modèles, pour éclairer le présent et l’avenir. Le régime moderne d’historicité, qui apparaît à partir de 1789, se construit lui par rapport au futur, qui éclaire désormais le présent, puisque l’émergence de la notion de progrès invite à faire advenir au plus vite un avenir radieux. Enfin, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous sommes entrés dans ce que François Hartog appelle le "présentisme", une omniprésence du présent, qui enferme nos sociétés dans l’horizon limité de l’immédiateté et de l’urgence. Le numérique, la crise environnementale ou la pandémie ont encore accru ce présentisme, tout en le renouvelant. L’anthropocène introduit en effet dans nos quotidiens une temporalité plus longue, celle de la Terre et de ses évolutions millénaires, mais aussi un futur inquiétant, qui se rapproche de plus en plus rapidement et éclaire de sa menace notre présent fragilisé.

52 min

Dans cette quête d’un système du temps, plusieurs lectures ont été déterminantes pour François Hartog : Claude Lévi-Strauss, Marshall Sahlins, du côté de l’anthropologie, mais aussi, du côté de la littérature, L’Odyssée d’Homère (les larmes d’Ulysse auxquelles François Hartog fait un sort), Chateaubriand et ses Mémoires d’outre-tombe, ou encore Alexis de Tocqueville. De ces influences diverses, François Hartog a tiré une pensée propre, et invite ses lecteurs à réfléchir à la fonction de l’histoire, qui apparaît comme une tentative toujours recommencée de domestiquer le temps, concept insaisissable par excellence, de le définir et, peut-être, de le maîtriser.

Notre invité

François Hartog est historien et directeur d'études émérite à l'EHESS.

Pour aller plus loin

Rencontrer François Hartog au festival Allez savoir, festival des sciences sociales de l'EHESS qui se tient du 21 au 25 septembre 2022 à Marseille sur le thème "À contre-temps".

Bibliographie

Références sonores

  • Archive de Jean-Pierre Vernant, France Culture, 1967
  • Chanson Vahine nui (Îles Marquises) par Saloman & Kapuhia Aparima, album Aparima légendaires des mers du Sud, 1992
  • Archive de Pierre Vidal-Naquet, ORTF, 1972
  • Chanson "J’attendrai" par Joséphine Baker, 1959
  • Extrait du téléfilm L'Odyssée de Franco Rossi, Piero Schivazappa et Mario Bava, 1968
  • Extrait de l'adaptation radiophonique de Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert, réalisée par Georges Godebert, avec Michel Galabru et Jacques Duby, France Culture, 1971

Générique de l'émission : Origami de Rone

Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Production
Maïwenn Guiziou
Production déléguée
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Jeanne Delecroix
Collaboration
Jeanne Coppey
Collaboration
Violette Ruiz
Stagiaire
Sam Baquiast
Stagiaire