Utilisation du sextant en navigation, 1583 ©Getty - Dea Picture Library/De Agostini
Utilisation du sextant en navigation, 1583 ©Getty - Dea Picture Library/De Agostini
Utilisation du sextant en navigation, 1583 ©Getty - Dea Picture Library/De Agostini
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Résumé

Vastes étendues porteuses de promesses et de dangers, les mers sont à la fois des espaces commerciaux et la voie vers un monde à explorer. À partir du XIIIe siècle, les navigateurs tracent des cartes marines et racontent leur monde. Cap sur le Moyen Âge et la Renaissance !

avec :

Frank Lestringant (Professeur de littérature française à l'université Paris-Sorbonne, spécialiste de la Renaissance), Emmanuelle Vagnon (Historienne et médiéviste, chargée de recherches au CNRS dans le Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris (LAMOP)).

En savoir plus

"Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Dans ce morne horizon se sont évanouis !"

Ces marins n’avaient-ils pas de carte ? En 1840, Victor Hugo nous embarque dans Oceano Nox :

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"Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !"

Les marins ont disparu, mais il nous reste leurs cartes…

À quoi ressemblaient les cartes de navigation au Moyen Âge et à la Renaissance ?

Carte marine ou portulan, compas et sextant, lignes de rhumbs et rose des vents : les mots des cartes de navigation médiévales font rêver. Au XIIIe siècle, alors que cette nouvelle forme de représentation du monde centrée sur la Méditerranée apparaît, la carte marine est un complément de la mappemonde, plus symbolique. Né de la superposition d’un schéma en étoile (formé par les lignes partant des roses des vents) et de la ligne de côte, ce nouveau format cartographique tantôt s’épure et tantôt se charge de toponymes, d’indications commerciales et de références bibliques ou historiques.

"Les cartes marines sont dessinées sur une peau de parchemin entière, une peau d'animal dont on conserve à peu près la forme. On voit souvent le cou, les pattes de l'animal. Elles mesurent à peu près un mètre de long et sont parfois assemblées en plusieurs feuilles de parchemin. Ce sont des cartes de différentes dimensions, dont la matrice représente la Méditerranée, ses côtes et quelques espaces autour", décrit l'historienne Emmanuelle Vagnon.

Quels rapports ces cartes marines entretiennent-elles avec l’espace géographique et topographique réel ? Sont-elles utilisées par les marins, par les marchands, par les souverains ? Reflètent-elles les bouleversements provoqués par la découverte des nouveaux mondes à la Renaissance ?

"Les cartes actuelles ne sont pas non plus forcément exactes ni réelles. Il y a des cartes fictives", explique Frank Lestringant, spécialiste de la Renaissance. "Dans l'atlas de Guillaume Le Testu, constitué de cinquante-six cartes et terminé en 1556, des cartes ont été faites par imagination. Le Testu le dit dans la légende sur la page opposée à la carte. Le terme imagination revient trois ou quatre fois. Il y a donc une dizaine de cartes qui représentent la terre australe, qui n'est pas l'Australie actuelle, mais une terre beaucoup plus grande qui joindrait la terre de Feu à Java (...). Pourquoi cette terre australe ? Parce que la France rêve de construire un empire et qu'il faut de la place pour faire un empire."

"Du point de vue artistique, on distingue des styles, mais qui sont quand même très perméables. On peut avoir une carte de Majorque très sobre et une carte vénitienne, au contraire, très ornée. Globalement, les cartes majorquines sont des cartes de prestige, avec des éléments à l'intérieur des terres, tandis que les cartes vénitiennes sont souvent des atlas sobres. Ce sont deux grandes familles avec des circulations de personnes et de styles qui dépendent de la commande", observe Emmanuelle Vagnon.

Pour en parler

  • Emmanuelle Vagnon, historienne et médiéviste, chargée de recherches au CNRS dans le Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris (LAMOP)
  • Frank Lestringant, professeur émérite de littérature française à Sorbonne Université, spécialiste de la Renaissance

Sons diffusés dans l'émission

  • Lecture par Daniel Kenigsberg d’un extrait de La Carte générale et les cartes particulières des costes de la mer Méditerranée, traité du géographe Pierre Duval,1664
  • Archive du documentaire Christophe Colomb ou la découverte de Daniel Costelle diffusé sur France 2 le 29 avril 1992
  • Archive d'Edmond Pognon, conservateur à la Bibliothèque nationale, dans Une mémoire bien rangée sur TF1 le 17 octobre 1979
  • Extrait de la mini-série Le Nom de la rose de Giacomo Battiatto, 2019
  • Chanson Corsaires par François Deguelt d'après la bande originale de la série Corsaires et flibustiers, 1966
  • Extrait du film 1492 : Christophe Colomb de Ridley Scott avec Gérard Depardieu, 1992
  • Archive d'Alain Bombard, médecin et biologiste, à propos du trésor de Francis Brake dans Il était une fois l'homme sur France 3 le 13 janvier 1979
  • Lecture par Daniel Kenigsberg d'un extrait de Les singularitez de la France antarctique d'André Thevet (1516-1590), nouvelle édition de 1878

Générique de l'émission : Origami de Rone

Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Laurence Millet
Réalisation
Anna Grumbach
Collaboration
Maïwenn Guiziou
Production déléguée
Jeanne Delecroix
Collaboration
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration