Il n'y avait pas que des poilus, les femmes sur tous les fronts : épisode 2/4 du podcast Vivre en temps de guerre, une histoire

Des Françaises travaillent dans une usine de munitions à la finition d'étuis d’obus pendant la Première Guerre mondiale. Avril 1916.
Des Françaises travaillent dans une usine de munitions à la finition d'étuis d’obus pendant la Première Guerre mondiale. Avril 1916. ©Getty - Culture Club
Des Françaises travaillent dans une usine de munitions à la finition d'étuis d’obus pendant la Première Guerre mondiale. Avril 1916. ©Getty - Culture Club
Des Françaises travaillent dans une usine de munitions à la finition d'étuis d’obus pendant la Première Guerre mondiale. Avril 1916. ©Getty - Culture Club
Publicité

S’intéresser aux femmes pendant la Grande Guerre, c’est travailler sur la question des rôles sociaux qui leur étaient dévolus et leur évolution. C’est aussi appréhender les rapports hommes-femmes au sein du cercle privé jusque dans l’intimité et se poser la question de l’émancipation des femmes.

Avec
  • Françoise Thébaud Professeure émérite d’histoire contemporaine à l’université d’Avignon, spécialiste de l’histoire des femmes et du genre
  • Jean-Yves Le Naour Historien, spécialiste de la Première Guerre mondiale, scénariste de bandes dessinées et de films documentaires

Quand la grande historienne Michelle Perrot donne une préface pour Les Femmes au temps de la guerre de 14 de Françoise Thébaud, elle sait trouver les mots justes : "Des femmes de la guerre, que savons-nous, au-delà des stéréotypes : la munitionnette aussi experte qu’une grisette à sa couture, l’infirmière ange blanc, la religieuse compatissante, la cantinière facile et courageuse, l’épouse fidèle ou volage, celle qui attend et celle qui profite : la maman et la putain, toujours ?"

La guerre éclate : les femmes deviennent "remplaçantes"

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Les hommes sont appelés à se battre au front et les femmes demeurent à l’arrière. Les autorités et la population s'attendent à ce que la guerre soit courte. Le 6 août 1914, le président du Conseil René Viviani appelle les femmes à suppléer les hommes au champ afin de continuer la production et de nourrir la population française. Les femmes salariées, elles, sont mises au chômage.

Publicité

Alors que les combats perdurent, les femmes remplissent les postes vacants et intègrent des corps de métier jusqu'alors majoritairement masculins. Les mères au foyer conjuguent leur travail domestique à une nouvelle activité professionnelle. Certaines deviennent serveuses de cafés, d'autres chauffeurs de transport, les "munitionnettes" travaillent dans les usines d’armement et contribuent à l’effort de guerre. Françoise Thébaud, spécialiste de l'histoire des femmes et du genre, souligne que les munitionnettes "vont dans les usines de guerre par nécessité, parce qu'elles ont besoin de travailler, de gagner leur vie et parce que le travail de guerre est mieux rémunéré que le travail traditionnellement féminin. Elles vont travailler quotidiennement jusqu'à douze heures, de jour comme de nuit, sans repos hebdomadaire. Certaines femmes vont contracter la tuberculose et en mourir. D'autres sont victimes d'accidents du travail, notamment dans les cartoucheries où le travail est dangereux". Absentes de l'administration avant la guerre, des femmes accèdent à ces fonctions en complément du poste qu'elles occupent déjà, à l'instar de nombreuses institutrices qui assurent le rôle de maires et de conseillers municipaux. Les religieuses recueillent les orphelins, s’occupent des écoles et des ambulances.

Les femmes sur tous les fronts

De nouvelles figures féminines apparaissent durant la Première Guerre mondiale. Les marraines de guerre se portent volontaires pour écrire des lettres aux soldats du front. Les prostituées sont mobilisées en 1918 dans des "bordels militaires" dans la perspective de redonner le moral aux troupes et de protéger les femmes dites honnêtes des viols. Cette mesure vise également à encadrer la sexualité des hommes et à contrôler les venues, interdites, de leurs épouses au front. Jean-Yves le Naour, spécialiste de la Première Guerre mondiale, évoquent la souffrance des soldats et leur sentiment de dévirilisation en raison de "l'inversion des rapports de domination et des rapports de genre. Les femmes sont en situation de pouvoir, elles sont autonomes et gagnent leur vie, tandis que les hommes dépendent des femmes, ils dépendent affectivement de l'arrière, des lettres et colis qu'on leur envoie. (...) Ils sont partis comme des héros à la guerre, persuadés qu'ils allaient mener une guerre héroïque, mais c'est une désillusion".

L'expérience de la guerre n'est pas homogène selon que les femmes sont issues d'un milieu bourgeois ou populaire, mariées ou célibataires, ou si elles vivent en territoire occupé ou non. Engagées par devoir patriotique, les femmes ne perdent pas de vue l'obtention du droit de vote, revendication féministe mise en suspens par le conflit et l'effort national.

La fin de la guerre : repeupler la France

Au sortir de la guerre, la première préoccupation de l'État est de repeupler le pays. De nombreuses affiches de propagande représentent des mères aux foyers auprès de leurs enfants pour souligner l'urgence démographique, et l'angoisse qu'elle suscite.

Dans quelle mesure la Grande Guerre a-t-elle contribué à faire évoluer les rapports de genre en France ? Pourquoi l'émancipation des femmes en France au lendemain de la guerre est-elle à nuancer ?

Pour en parler

Françoise Thébaud est professeure émérite d’histoire contemporaine à l’université d’Avignon, spécialiste de l’histoire des femmes et du genre, ancienne co-directrice de la revue Clio. Femmes, Genre, Histoire.
Elle a notamment publié :

Jean-Yves Le Naour est historien, spécialiste de la Première Guerre mondiale et du XXe siècle. Il est scénariste de bandes dessinées et de films documentaires.
Il a notamment publié :

Références sonores

  • Archive de Nina Companeez dans Être femme c'est quoi, France 2, 1975
  • Archive de Marcelle Kramer Bach sur les ouvrières pendant la Grande Guerre, France 2, 1984
  • Archive de la suffragette Louise Weiss, RTF, 1965
  • Archive de Jeanne-Yves Blanc, marraine de guerre de Guillaume Apollinaire, RTF, 1983
  • Archive de Lucien Neuwirth dans l'émission Pour les femmes et pour les hommes, ORTF, 1966

Générique de l'émission : Origami de Rone

L'équipe