Portrait de Julie-Victoire Daubié. 1861. Photo de Pierre Petit conservée à la bibliothèque Marguerite Durand, Paris. (Wikipédia)
 Portrait de Julie-Victoire Daubié. 1861. Photo de Pierre Petit conservée à la bibliothèque Marguerite Durand, Paris. (Wikipédia)
Portrait de Julie-Victoire Daubié. 1861. Photo de Pierre Petit conservée à la bibliothèque Marguerite Durand, Paris. (Wikipédia)
Portrait de Julie-Victoire Daubié. 1861. Photo de Pierre Petit conservée à la bibliothèque Marguerite Durand, Paris. (Wikipédia)
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Pour les jeunes femmes, l'accès au système d’enseignement supérieur est le fruit d'un long combat. Confinées au foyer, destinées à la maternité et dévouées à la famille, certaines, à force de persévérance, ont réussi à ouvrir les portes de l’université, jusqu'alors exclusivement masculine.

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Les journaux ont annoncé la nouvelle, mais rarement en première page. Parfois, elle se trouve dans la rubrique « faits divers », parfois dans la rubrique « nouvelles diverses » ou encore dans celle des « nouvelles des départements » : à la fin du mois d’août 1861, le baccalauréat, premier diplôme universitaire, connaît un moment particulier de son histoire. Lisons Le Constitutionnel, le 24 août 1861 : « La Faculté des lettres de Lyon vient de terminer sa session des examens du baccalauréat. Parmi tous les candidats, il en était un surtout qui, plus que tous les autres, attirait l'attention et l'intérêt du public et de la Faculté ; c'était une femme, Mlle Daubié, institutrice à Paris, qui se présentait courageusement devant la Faculté des lettres de Lyon, pour conquérir un grade, dont l'usage et les préjugés semblaient avoir, jusqu'à présent, réservé aux hommes seuls les avantages et les honneurs ». En 1861, l’égalité scolaire entre les hommes et les femmes est loin d’être atteinte, mais la voix est ouverte, celle de Julie-Victoire Daubié. Xavier Mauduit

Julie-Victoire Daubié : ce nom ne vous dit rien ? Il s’agit pourtant de la première bachelière (en 1861) et licenciée ès lettres (en 1871) de France – pardon, il était alors question de “bachelier” et de “licencié”. En 1861, il a même fallu rayer la mention “Sieur” pour la remplacer par “Mademoiselle” sur son diplôme du baccalauréat ! C’est dire à quel point l’institution scolaire ne s’y attendait pas, car les femmes n'avaient pas le droit de mettre le pied à l’université. Toutefois, hasard ou impensé, rien ne leur interdit de se présenter aux examens. 

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Julie-Victoire Daubié ne s’est pas lancée dans les études sur un coup de tête ou par désœuvrement. Il s’agit d’une stratégie très réfléchie pour promouvoir l’enseignement des femmes, à une époque où tant de voix s’élevaient pour les maintenir dans l’ignorance. Le geste de Daubié a pour objectif de créer un précédent, de marquer les consciences et de souligner les contradictions du siècle : l’enseignement primaire est obligatoire pour toutes et tous, mais l’enseignement supérieur est interdit aux femmes ; le suffrage est universel, mais masculin… Comment Julie Victoire Daubié et les premières étudiantes ont-elles surmonté ces difficultés pour se faire une place à l’université ? Rendre hommage à cette pionnière, c’est embrasser les transformations de la société de la deuxième moitié du XIXe siècle et les espoirs – parfois longtemps déçus – qu’elles ont suscités. 

Avec Rebecca Rogers, professeure à l'Université de Paris (Descartes) et spécialiste de l'histoire de l'éducation féminine en France au XIXe siècle. Elle est notamment l'autrice de : Les Bourgeoises au pensionnat. L’éducation féminine au XIXe siècle (Presses universitaires de Rennes, 2007) et, avec Françoise Thébaud, de La Fabrique des filles. L’éducation des filles de Jules Ferry à la pilule (Textuel, 2010).  

Et Amélie Puche, qui a récemment soutenu sa thèse : Les femmes à la conquête de l’université (1870-1940) : les implications sociales et universitaires de la poursuite du cursus scolaire dans l’enseignement supérieur par les femmes sous la Troisième République (Université d’Artois sous la direction de Jean-François Condette).

Julie-Victoire Daubié va dénoncer les inégalités dans l'accès à l'enseignement, dans l'accès aux carrières et au niveau des salaires. Elle est très anticléricale aussi et dénonce les passe-droits des congrégations religieuses face à des femmes laïques comme elle. Elle va aussi jusqu'à revendiquer le suffrage au début des années 1870 alors que cela ne fait pas partie des revendications du mouvement féministe de son enfance. Rebecca Rogers

Les premières femmes peuvent entrer à l'université en 1867 mais le grand tournant c'est 1872. Jusqu'à cette date, elles avaient le droit de s'inscrire, elles avaient le droit de passer les examens - Julie-Victoire Daubié est d'ailleurs licenciée en 1871 - mais elles n'avaient pas le droit d'assister physiquement aux cours. En 1872, Julie-Victoire Daubié et d'autres de ses camarades féminines lancent une pétition demandant à ce qu'elles puissent y assister. Une enquête est ouverte, elle montre qu'elles sont admises au Collège de France, dans les facultés de province. Il en résulte qu'en 1872 elles obtiennent l'autorisation d'assister au cours. Amélie Puche

Sons diffusés :

  • Archive - 28/11/1992 - Journal 20H - FR3 Lorraine - La petite nièce de Julie-Victoire Daubié. 
  • Archive - 20/01/1950 - Extrait de l'émission Heures de culture française - Charles Samaran archiviste et historien français évoque la figure de Victor Duruy. 
  • Lecture par Daniel Koenigsberg d'un extrait de La femme pauvre au XIXe siècle de Julie-Victoire Daubé (1866). 
  • Lecture par Daniel Koenigsberg d'un extrait de L'émancipation de la femme en dix livraisons de Julie-Victoire Daubé (1871). 
  • Archive - 22/11/1990 - Extrait de l'émission À Voix Nues - France Culture - Michelle Perrot. 
  • Archive - 18/06/1973 - Actualités Méditerranée - Portrait d'une bachelière. 

L'équipe

Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Collaboration
Eric Lancien
Réalisation
Odile Joëssel
Collaboration
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Milena Aellig
Réalisation
Maïwenn Guiziou
Production déléguée