Sur les routes du nord de la France, des civils fuient l'arrivée des troupes allemandes en juin 1940 ©Getty - Keystone-France / Gamma-Keystone
Sur les routes du nord de la France, des civils fuient l'arrivée des troupes allemandes en juin 1940 ©Getty - Keystone-France / Gamma-Keystone
Sur les routes du nord de la France, des civils fuient l'arrivée des troupes allemandes en juin 1940 ©Getty - Keystone-France / Gamma-Keystone
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Résumé

Le 10 mai 1940, le bruit des sirènes retentit dans vingt-quatre villes françaises pour annoncer l’offensive d’envergure lancée par les Allemands. Des millions de réfugiés prennent la route vers le sud pour fuir le déferlement de feu. Retour sur cet exode massif qui a marqué les mémoires.

avec :

Eric Alary (Historien, professeur de Chaire supérieure à Tours).

En savoir plus

Le 25 juin 1940, le journal Paris-Soir s’intéresse aux chiens : "Pauvres toutous ! Braves toutous ! pourrait-on dire. Quelles preuves de sincère attachement, de fidélité extrême, n’ont-il pas, une fois encore, donnés au cours des événements qui viennent de se produire ? Dans le lamentable exode auquel nous venons d’assister, n’avons-nous pas remarqué des chiens de toutes races ? Y en avait-il de ces pauvres bêtes, fortes ou frêles, qui ont partagé les fatigues et les privations imposées à leurs maîtres ?"

L’article imagine que "ceux qui arrivèrent à destination… quelque part en France… comme ceux qui durent, hélas ! rebrousser leur chemin, ne manqueront pas de mentionner les qualités de leurs chiens lorsqu’ils exposeront les péripéties plus ou moins tragiques qu’ils éprouvèrent au cours de leur exode." L’animal est présent dans cette histoire douloureuse, restée dans les mémoires selon plusieurs points de vue, et qui doit être aussi racontée à hauteur d’enfant.

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Mai-juin 1940. Les civils fuient le feu

Les départs empressés du mois de mars 2020, alors que la pandémie de coronavirus commençait à toucher la France, a sonné comme l'écho d'un lointain passé. Quatre-vingts ans auparavant, aux mois de mai et de juin 1940, des millions de Français s'étaient jetés sur les routes, effrayés par la rumeur, les bombardements et l'avancée des armées allemandes. "La République semble plutôt bien diriger l'exode des Luxembourgeois, Hollandais, Belges et Français au mois de mai 1940. Les tableaux à la craie avec les lieux des points de chute sont mis dans les arrondissements de Paris", raconte l'historien Éric Alary.

Massés sur les quais des gares, entassés dans leurs automobiles, épuisés par leur traversée à pied ou à vélo, les Français - qui savent depuis les bombardements de Guernica que leur statut de civils ne les protègera pas - abandonnent tout par peur de mourir et pour passer la Loire.

"Pour faire plier les hommes politiques ou les autorités locales, les Allemands pensent qu'il faut faire quelques exemples et faire tuer des civils, de temps à autre, en jouant sur l'opinion. On s'aperçoit que l'action sur l'opinion devient une arme fatale pour les civils", explique Éric Alary.

Au Royaume-Uni, les évacuations des enfants pendant le blitz ont été très mal vécues. En France, les colonies de vacances, développées depuis la fin du XIXe siècle, étaient déjà une première expérience de séparation familiale. Avec la mémoire de la Première Guerre mondiale, l'évacuation des enfants s'organise. "Logiquement, les parents consentent à envoyer leurs enfants pour les protéger", constate l'historienne Camille Mahé.

Des expériences multiples de l'exode

L'exode de 1940 n'est pas le même pour tous : les Hollandais, les Belges, les Luxembourgeois et les Français du nord ont commencé leur périple bien plus tôt ; les plus riches ont des points de chute arrangés ; les plus jeunes seront à jamais marqués par la vue des colonnes de réfugiés et par l'expérience du feu des avions allemands qui les prennent pour cible.

Les dessins des enfants témoignent de la violence de la guerre. "On retrouve la présence des destructions et de la mort. On voit, par exemple, des petites croix sur le bord de la route", décrit Camille Mahé. "Quand on s'intéresse un peu plus aux détails des dessins, on se rend compte de corps allongés sur le sol, représentés avec des taches de sang, démembrés, avec des bras ou des jambes à côté du corps. Des personnages ont le visage effacé ou raturé".

Pourquoi cet exode est-il transnational ? Pourquoi la panique s'est-elle si bien propagée ? Quelle mémoire les populations ont-elles gardé de cet événement ? Nous en discutons avec nos invités, Éric Alary et Camille Mahé.

21 min

Nos invité·e·s

Éric Alary est historien spécialiste de Seconde Guerre mondiale et de la vie quotidienne des Français au XXe, enseignant en classes préparatoires supérieures au lycée Descartes de Tours et à Sciences Po. Il a notamment publié :

Camille Mahé est docteure en histoire contemporaine, enseignante à l’Université de Picardie Jules Verne d’Amiens, chercheuse associée au Centre d’histoire de Sciences Po. Sa thèse, sous la direction de Guillaume Piketty et Pierre Purseigle, est réalisée en cotutelle avec l'Université de Warwick. Elle s'intitule "Les expériences enfantines de la sortie de guerre en Europe de l'Ouest : Allemagne - France - Italie (1943-1949)".

Sons diffusés dans l'émission

  • Archive d'un reportage de propagande sur l'exode des Belges de 1940 dans les Actualités françaises de 1943
  • Archive d'un reportage de propagande sur l'entraide et la solidarité pendant l'exode de mai 1940 dans les Actualités françaises du 31 juillet 1944
  • Extrait du film Jeux interdits de René Clément, sorti en 1952
  • Lecture par Pierre-Marie Baudoin d'un extrait de Pilote de guerre d'Antoine de Saint-Exupéry
  • Archive du cinéaste René Clément qui s'exprime au sujet de l'exode de 1940 qu'il a vécu à vingt-sept ans dans Les Archives sonores du cinéma français en 1981
  • Archive de la RTF qui décrit Monique, une enfant disparue, dans l'émission À la recherche des enfants perdus du 27 juin 1941
  • Archive des Actualités françaises de 1945 sur la vie des enfants dans les ruines
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Production déléguée
Jeanne Delecroix
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Maïwenn Guiziou
Production déléguée