Statue de la Mère-Patrie à Kiev en Ukraine, inaugurée en 1981 à l'époque de l'ère soviétique
Statue de la Mère-Patrie à Kiev en Ukraine, inaugurée en 1981 à l'époque de l'ère soviétique
Statue de la Mère-Patrie à Kiev en Ukraine, inaugurée en 1981 à l'époque de l'ère soviétique ©Getty - Tamara Volodina
Statue de la Mère-Patrie à Kiev en Ukraine, inaugurée en 1981 à l'époque de l'ère soviétique ©Getty - Tamara Volodina
Statue de la Mère-Patrie à Kiev en Ukraine, inaugurée en 1981 à l'époque de l'ère soviétique ©Getty - Tamara Volodina
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Résumé

Quels sont les arguments historiques avancés par le pouvoir politique russe sur les liens entre l’Ukraine et la Russie ? Aux côtés d'historiennes et historiens, décryptage des discours des dirigeants russes pour comprendre comment ils lisent l'histoire ukrainienne à l'aune de leur projet politique.

avec :

François-Xavier Nérard (Maître de conférences à l’Université Paris 1.), Alexandra Goujon (maîtresse de conférences à l’université de Bourgogne, rattachée au Centre de recherche et d’étude en droit et science politique (Credespo), spécialiste de la Biélorussie), Anne de Tinguy (Professeur à l'INALCO et chercheur au CERI-Sciences Po).

En savoir plus

Il n’est pas de guerre sans raison, sans prétexte, sans argumentation. Parfois c’est un vol, un affront, un impérialisme de conquête, la réponse à une menace… La crainte que l’Ukraine intègre l’OTAN est une des justifications du Kremlin pour envahir le pays, mais sans cesse, dans ses discours, Vladimir Poutine utilise des arguments historiques, parfois vieux d’un millénaire. L’histoire ne se raconte pas de la même manière vue de Kiev et de Moscou. Quelle est l’histoire de l'Ukraine vue du Kremlin et que dit-elle du présent ?

Le 12 juillet 2021, un long article d’environ 50 000 caractères, signé de la main de Vladimir Poutine, était mis en ligne sur le site internet du Kremlin. Son titre : "Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens". Dans ce texte, le président russe donnait à lire sa vision de l’histoire de ces deux pays, et notamment de leur supposée origine commune, incarnée tant par la principauté slave de la Rus’ de Kiev que par l’unité culturelle, linguistique et religieuse de la région.

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"L'historiographie russe, telle qu’elle est fondée pendant le XIXe siècle par les grands historiens russes Karamzin, Soloviov et Klioutchevski, crée la continuité entre l'entité de la Rus' de Kiev et la Russie du XIXe siècle, au moment où cette Russie se modernise", explique l'historien François-Xavier Nérard. "Soloviov écrit au moment des grandes réformes d'Alexandre II, qui essaye de créer des institutions à l'échelle du pays. Il y a besoin de créer du commun, c'est à ce moment-là qu'apparaissent ces grandes continuités. Mais c'est une construction d'historien."

L’indépendance de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie et la séparation des deux pays était décrite dans l'essai de Vladimir Poutine comme le résultat de mauvais calculs politiques réalisés par les dirigeants soviétiques, et de manœuvres occidentales malveillantes - bref, comme une erreur sans fondements historiques.

Pour Alexandra Goujon, Vladimir Poutine "prend l'Ukraine comme objet et non comme sujet : les Ukrainiens ne sont pas acteurs de leur propre histoire." La politiste ajoute qu'on a le sentiment que "Vladimir Poutine ne supporte pas l'histoire récente où, depuis trente ans, les Ukrainiens se sont emparés de leur propre histoire et racontent aux élèves une histoire de l'Ukraine qui se distingue de l'historiographie russe et soviétique habituelle."

À réécouter : Ukraine : l'histoire au service de l’expansion

C’est de nouveau sur cette vision de l’histoire de l’Ukraine que Vladimir Poutine s’est appuyé, dans son discours du 21 février 2022, pour justifier la reconnaissance des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk - un acte qui précède de peu le début de "l’opération militaire spéciale", lancée contre l’Ukraine le lendemain.

Si l’utilisation de l’histoire pour justifier une déclaration de guerre pose de nombreuses questions, le point de vue développé par Vladimir Poutine intrigue aussi par son contenu. Quels sont les arguments historiques principaux développés lors de ces deux interventions ? Quels rapports ambigus le président russe entretient-il avec la vérité historique ? Et quelles fonctions ces références à l’histoire remplissent-elles ?

À réécouter : Russie éternelle, identité contre histoire

Nos invité·e·s

Anne de Tinguy est politiste et historienne, professeure des universités à l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations orientales) et chercheure rattachée au CERI-Sciences Po. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Anatoli – Territoires, politique, sociétés (CNRS Éditions) et, depuis 2015, elle dirige Regards sur l’Eurasie – L’année politique en… (collection Les Études du CERI, publication annuelle en ligne). Elle a notamment publié :

  • Les Relations soviéto-américaines (Presses universitaires de France, Que-sais-je, 1987)
  • USA-URSS : la détente (Complexe, 1985)
  • L'Ukraine : nouvel acteur du jeu international (sous sa direction, Bruylant, 2001)
  • La Grande migration – La Russie et les Russes depuis l’ouverture du rideau de fer (Plon, 2004, – nouvelle édition remaniée et actualisée, en russe, Moscou, éd. Rosspen, 2012)
  • Moscou et le monde – L’ambition de la grandeur : une illusion ? (sous sa direction, Autrement, 2008)
  • La Russie dans le monde (CNRS Éditions, 2019)

Alexandra Goujon est politiste et spécialiste de l'Ukraine et de la Biélorussie. Elle est maîtresse de conférences en science politique à l'université de Bourgogne et enseigne sur le campus de Sciences Po Paris à Dijon. Elle est membre du Centre de recherche et d’étude en droit et en science politique (Credespo). Elle a notamment publié :

François-Xavier Nérard est historien, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur rattaché à l’UMR SIRICE et au CRHS (Centre de Recherches en Histoire des Slaves). Il a notamment publié :

Pour aller plus loin

François-Xavier Nérard a écrit avec Éric Aunoble, Jean-François Fayet et Sofia Tchouikina De quoi la Guerre civile est-elle le nom ?, introduction du numéro spécial de la revue Connexe. Les usages publics de l’histoire y sont évoqués.

Sons diffusés dans l'émission

  • Lecture par Pierre-Marie Baudoin d'extraits de l’article "Sur l’unité historiques des Russes et des Ukrainiens" rédigé par le président russe Vladimir Poutine et publié sur le site internet du Kremlin le 12 juillet 2021
  • Archive : extrait du discours de Vladimir Poutine du 21 février 2022 diffusé et traduit par France 24
Références

L'équipe

Xavier Mauduit
Production
Anne-Toscane Viudes
Production déléguée
Jeanne Delecroix
Collaboration
Laurence Millet
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Valentine Lauwereins
Collaboration
Maïwenn Guiziou
Production déléguée